L’Amérique et la question du Soudan : Perte de boussole ou réalisation du projet sioniste ?

Avant le crépuscule

Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Nous ne nous laisserons jamais de répéter que quiconque compte sur l’Amérique ou sur ce qu’on appelle par abus de langage la communauté internationale pour résoudre les problèmes du Soudan ne récoltera assurément que des mirages.
Cela ne relève ni du alarmisme ni d’un désintérêt pour la communication, qu’elle soit engagée avec l’Amérique ou d’autres nations, mais constitue plutôt un avertissement pour que toute relation ou contact repose sur des intérêts mutuels et sur les bénéfices tangibles que le Soudan peut tirer de ses relations avec n’importe quel pays du monde, y compris les pays amis et frères. Les relations internationales se bâtissent en effet sur des intérêts, et non sur des sentiments ou des concessions sans contrepartie concrète.
Il s’agit là d’une introduction indispensable à la compréhension du comportement américain et de sa politique envers le Soudan, non seulement aujourd’hui ou sous ce second mandat de Donald Trump, mais à travers différentes époques et sous la succession de nombreux présidents, qu’ils soient républicains ou démocrates.
Il est inutile de passer en revue ou de répéter la liste des sanctions économiques imposées au Soudan depuis le début des années 1990, puis l’inscription du pays sur la liste des États soutenant le terrorisme et les restrictions à la circulation de ses citoyens aux États-Unis, allant jusqu’à priver ses dirigeants de participer aux travaux de l’Assemblée générale des Nations unies, pourtant hébergée dans la capitale américaine — un droit que Washington s’approprie arbitrairement au mépris de la légalité, incarnant ainsi la loi de la jungle.
Quiconque observe la manière dont les États-Unis ont traité le Soudan lors de la crise du Darfour, dont la guerre a éclaté en 2003, constate de nombreuses contradictions et paradoxes. L’administration américaine avait alors promulgué ce qu’elle a appelé la « Loi sur la paix au Soudan » (Sudan Peace Act), qui n’était nullement une loi visant à instaurer la paix, mais plutôt un texte destiné à « mettre à genoux » le peuple soudanais et ses dirigeants en leur imposant les volontés de l’administration américaine.
En l’espace de quelques années seulement, elle a contraint le Conseil de sécurité à adopter près de dix résolutions sur le Darfour — un chiffre inédit dans l’histoire des conflits tribaux de la région depuis les années 1960, illustrant une politique flagrante de deux poids, deux mesures.
L’occasion des propos d’aujourd’hui réside dans les politiques menées par l’administration américaine, les décisions qu’elle prend et les sanctions qu’elle impose au Soudan au cours de cette guerre qui est entrée dans sa quatrième année, sans tenir compte des propositions de solution présentées par le gouvernement soudanais ni de sa participation à l’ensemble des rencontres, depuis Djeddah en 2023 jusqu’à Manama, puis Al-Alamein il y a moins de deux mois, sans oublier les contributions de l’Égypte et de l’Arabie saoudite lors de réunions avec ce qu’on a appelé le quatuor — toutes tenues en présence et avec la participation de l’envoyé du président américain pour le Moyen-Orient et l’Afrique, Mossad Boulos, mais en vain.
L’Amérique n’a pas manqué, dans la feuille de route qu’elle a dressée, de réitérer ses accusations contre l’armée soudanaise quant à l’utilisation d’armes chimiques interdites, sans fournir la moindre preuve. Elle décide des sanctions sur les exportations d’or soudanais afin d’asphyxier le pays économiquement… Et elle prépare actuellement, par l’entremise de Mossad Boulos, la présentation d’un projet de résolution au Conseil de sécurité visant à interdire les fournitures d’armes aux « deux parties au conflit » et à instaurer une interdiction de survol dans les zones contrôlées par l’armée et la rébellion… sans préciser où se situent les zones exclues de cette interdiction de survol ! Voilà que l’Amérique souhaite faire tourner la roue des déchets politiques au Soudan en accueillant Dr. Hamdok, leader de « Sumoud », soutien de la rébellion et aile politique de la milice, dans l’enceinte de la Maison-Blanche — une récompense pour avoir versé 375 millions de dollars d’indemnisations aux familles des victimes du destroyer USS Cole, prélevés sur les deniers du peuple soudanais alors même que les tribunaux américains avaient blanchi le Soudan, lorsqu’il était Premier ministre du gouvernement post-changement, pensant naïvement que cette compensation indue adoucirait la position américaine et la convaincrait de lever les sanctions économiques, ce qui ne s’est toujours pas produit jusqu’à ce jour.
Il ne s’agit là que d’un extrait d’un long registre dans la gestion américaine des dossiers soudanais, en dépit de l’aveu de l’ancien secrétaire d’État Colin Powell lors de sa visite au Soudan, reconnaissant que le gouvernement soudanais s’était montré plus coopératif que d’autres dans la lutte contre le terrorisme, le trafic d’êtres humains et le contrôle des migrations transcontinentales.
C’est pourquoi le récent discours du général de corps d’armée Abdel Fattah al-Burhan, prononcé dans les régions de Managl et de Shakiniba dans l’État de Al-Jazira, indiquant qu’il s’attendait au pire de la part de l’Amérique, ne vient pas de nulle part ni d’un simple procès d’intention, mais s’appuie sur ces dérapages répétés et ces décisions américaines qui méprisent le droit international et les droits de l’homme, tout en exigeant des autres qu’ils s’y conforment et en les punissant s’ils ne le font pas, voire en les châtiant même s’ils s’y soumettent.
De même, la déclaration du général Malik Agar à la chaîne Al Jazeera, confirmant la poursuite de la guerre jusqu’à la libération totale du pays de la rébellion et des mercenaires tant que l’Amérique et la rébellion ne se conforment pas à la feuille de route présentée par le gouvernement — laquelle fixe les étapes d’une résolution paisible de la guerre —, s’inscrit dans cette même logique.
En conclusion, nous affirmons que toute confiance accordée à l’Amérique ou à Mossad Boulos, serviteur des Émirats et exécuteur de leur politique, demeure un pari hors du temps et du lieu dont on ne peut rien espérer. Par conséquent, compter sur les capacités et les ressources du pays, sur la puissance de son armée et de ses partenaires dans la bataille, sur le soutien total de son peuple et sur l’unité de ses forces politiques et sociales face à la cause nationale — en élevant son drapeau au-dessus de tout autre fanion, qu’il soit partisan, régional ou idéologique — constitue le seul soupape de sécurité pour sortir le pays de cette guerre imposée, dont les concepteurs cherchent à effacer le Soudan de la carte. Mais il est bien peu probable qu’ils parviennent à leurs fins.