
Confrontation troublée au Conseil de sécurité… La Russie laisse miroiter son droit de véto et le représentant du Soudan encombre Washington
Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les couloirs du Conseil de sécurité des Nations unies ont été le théâtre d’une confrontation diplomatique de haut niveau lors de la séance d’information consacrée à la situation au Soudan.
Les divergences internationales y ont éclaté autour d’un projet de résolution américain visant à élargir la portée de l’embargo sur les armes et à imposer une zone d’exclusion aérienne couvrant l’ensemble du territoire soudanais, au lieu de se limiter à la région du Darfour.
Cette initiative s’est heurtée à une opposition féroce de Moscou et de Pékin, ainsi qu’à une contre-offensive virulente menée par le représentant permanent du Soudan auprès des Nations unies, l’ambassadeur Al-Harith Idriss.
La Russie a adopté une posture très critique à l’égard des démarches occidentales, qualifiant les sanctions américaines et européennes imposées au Soudan d’« inacceptables » et les considérants comme des instruments visant à atteindre des objectifs politiques étroits, tout en laissant fortement entendre qu’elle pourrait recourir à son droit de veto pour faire échouer la proposition américaine.
Pour sa part, la Chine a invité le Conseil de sécurité à éviter l’imposition de sanctions aveugles susceptibles de compliquer la situation humanitaire, insistant sur la nécessité d’accorder la priorité au réexamen des sanctions antérieures édictées par Washington et l’Europe plutôt qu’à l’extension de nouvelles restrictions, et affirmant que la priorité doit être donnée au dialogue politique inclusif et non à davantage de pressions internationales.
En contrepartie, le représentant du Soudan, Al-Harith Idriss, a réfuté le projet américain, s’adressant fermement à la partie américaine et à ses alliés en ces termes : « Nul d’entre vous n’osera demander des comptes aux parties qui ont violé l’embargo au Darfour et approvisionné les groupes rebelles en armes, alors qu’elles vous sont parfaitement connues. »
Idriss a explicité le piège sous-jacent à cette proposition en déclarant : « Le projet de résolution américain mentionne dans ses dispositions l’extension de l’embargo sur les armes au-delà du Darfour, alors qu’ils savent pertinemment que la milice est présente dans ce périmètre géographique. Cela signifie que l’armée soudanaise est la véritable cible, et non la milice terroriste. »
Il s’est interrogé avec indignation : « Comment le projet américain présenté peut-il mettre sur un pied d’égalité une armée nationale qui défend ses citoyens et son territoire et une milice rebelle ? », confirmant que les forces armées, qu’on cherche à nuire pour des motifs malveillants, participent directement à la protection des civils.
Le représentant du Soudan a lancé une attaque directe contre les États impliqués dans l’attisement du conflit, affirmant que le groupe d’experts a clairement condamné l’alimentation de la guerre dans son pays par l’État des Émirats arabes unis à travers son soutien à la milice rebelle, se disant surpris que le rapport du groupe n’ait pas encore été débattu.
Il a ajouté : « L’absence de demande de comptes au Tchad, au Soudan du Sud, à l’Éthiopie et à Haftar en Libye pour leur soutien à la milice des Forces de soutien rapide prolonge la durée de la guerre », précisant que cette guerre d’agression a alimenté le discours de haine au sein de la société.
Idriss a réitéré l’engagement du gouvernement du Soudan à remplir ses devoirs de protection des civils, révélant que la milice des Forces de soutien rapide et le Mouvement populaire de libération du Soudan (aile Al-Hilu) ont commis des crimes de violence sexuelle, des mariages de mineures et le recrutement délibéré d’enfants au préjudice des civils.
L’ambassadeur a exposé les conditions de Khartoum pour traiter avec les propositions de cessez-le-feu, lesquelles comprennent le retrait total de la milice rebelle des villes et des habitations des citoyens, la formation d’un comité comprenant (l’Égypte, l’Arabie saoudite et les États-Unis) pour superviser le désarmement de la milice, la réévaluation du statut juridique de la milice durant la période de cessez-le-feu, ainsi que le parrainage d’un dialogue national de propriété purement soudanaise et le soutien au dialogue (soudano-soudanais).
Le représentant a annoncé que le président du Conseil de souveraineté a officiellement donné des instructions pour délivrer et renouveler les passeports des hommes politiques se trouvant à l’étranger, affirmant que les forces armées opèrent selon un plan rigoureux pour maintenir la sécurité dans les zones fragiles.
La séance a été marquée par une voix arabe forte en soutien au Soudan, le représentant du Royaume d’Arabie saoudite ayant confirmé que la milice des Forces de soutien rapide persiste dans les exactions et le massacre inacceptables du peuple soudanais.
Dans le même ordre d’idées, le représentant de la République arabe d’Égypte a critiqué la position internationale tiède, affirmant que l’hésitation de la communauté internationale à traiter de manière ferme et catégorique les violations des Forces de soutien rapide à l’égard du peuple soudanais constitue une cause directe et immédiate de la situation tragique à laquelle le pays est aujourd’hui confronté.