Le Comité d’experts internationaux et les pressions américano-émiraties

 

Avant le crépuscule

Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

  • À la suite des événements du Darfour, dont l’étincelle s’est allumée en 2003 par l’intermédiaire des mouvements armés du Darfour qui se sont rebellés contre le gouvernement du Salut national — dont certains sont aujourd’hui partenaires au pouvoir et dans la « bataille de la dignité », à l’instar de Jibril, qui a succédé à son frère Khalil après sa mort, Minni Minnawi, Tambour, Agar et le défunt Khamis Abakar, tandis que d’autres demeurent rebelles à travers différentes époques politiques, comme Abdel Wahid Mohamed Nour et Abdel Aziz Al-Hilu —, ces mouvements ont été frappés par les divisions et la fragmentation, de gré ou de force, à l’image des partis politiques soudanais fragiles dont le nombre dépasse les cent vingt jusqu’à présent.
  • Ces mouvements armés ont émergé sous des appellations telles que (Libération du Soudan), alors qu’ils ne le sont nullement, car la majorité de leurs composantes étaient régionales et tribales. Il s’agit là d’un autre sujet qui mérite d’être traité, en particulier après les mutations récentes survenues au Soudan en raison de cette guerre imposée.
  • À la suite de ces événements, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1591 en mars 2005, qui stipulait l’embargo et le contrôle de l’entrée des armes dans la région du Darfour, ainsi que l’interdiction de survol dans le périmètre de la région afin d’arrêter la guerre civile qui y sévirait à l’époque… Si seulement cela avait réussi, la situation aurait été différente. Mais cela demeure l’une des manifestations de l’incapacité des instances, qu’elles soient régionales ou internationales, à exécuter ne serait-ce que les résolutions émanant de leurs plus hautes institutions. Si tel est leur état, comment pourraient-elles protéger les autres ?
  • Le texte de la résolution elle-même a disposé la création d’un comité d’experts de l’ONU — qui fait l’objet de notre propos d’aujourd’hui — et a défini ses missions comme suit : surveiller l’application de l’embargo sur les armes, quelle qu’en soit la provenance ; enquêter sur les violations commises par les mouvements armés susceptibles d’entraver les efforts de réalisation de la paix et d’arrêt des conflits armés ; stopper le financement qui alimente les mouvements armés et identifier les parties de finances, qu’il s’agisse d’États, d’individus ou d’institutions.
  •  Telles sont les missions du Comité d’experts qui œuvre depuis cette date et qui a bénéficié de toutes les facilités et de l’aide du gouvernement soudanais. Le voilà, en cette année 2026, qui annonce l’achèvement de sa mission et la rédaction de son rapport final qu’il doit soumettre au Comité des sanctions du Conseil de sécurité, l’entité qui l’a créé et chargé de la mission conformément au droit international. Mais que s’est-il passé ? Ce qui s’est produit raconte la tragédie du deux poids, deux mesures dans l’obligation de rendre des comptes, incarne le traitement à géométrie variable dans l’examen des questions internationales, et met clairement en évidence la violation par l’institution internationale elle-même de ses propres lois sous la pression de pays disposant d’une influence tant politique que financière.
  • Le rapport du Comité d’experts des Nations unies, qui a également couvert la période de la guerre actuelle, a inclus des points importants :

Premièrement… La présence de mercenaires colombiens connus sous le nom de « Loups du désert », opérant au sein des mercenaires et de la milice dans des opérations techniques d’exploitation et de gestion des drones qui continuent de bombarder des installations civiles, des centres de services et des habitations de citoyens.

Deuxièmement… L’existence de preuves documentées concernant les voies d’acheminement et d’entrée du matériel militaire et des combattants dans la région du Darfour.

Troisièmement… La désignation de pays précis ayant participé à l’introduction de matériel de guerre et de mercenaires dans la région du Darfour.

  • Ce qui se passe actuellement, c’est que les États-Unis — à travers la présidence de session du Conseil de sécurité assurée par le ministre des Affaires étrangères du Danemark, et selon les évaluations toujours erronées de l’envoyé de Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient chargé du dossier soudanais, Mossad Boulos, et dans le but d’accentuer la punition du Soudan sous le prétexte fallacieux de l’utilisation d’armes chimiques par l’armée — ont tenu une séance du Conseil de sécurité lundi dernier pour examiner la situation humanitaire au Soudan.
  • Cependant, le plus important résidait dans la présentation d’une proposition visant à étendre la portée de la résolution d’embargo (1591) à l’ensemble du Soudan, incluant une interdiction aérienne et sur les armes. L’objectif est clair : stopper la progression de l’armée et restreindre ses victoires sur le champ de bataille, en exécution des volontés des Émirats, auxquels Mossad Boulos ne refuse aucun ordre ni aucune demande, tant que tout cela a un prix perçu d’avance.
  • La déclaration du représentant permanent du Soudan auprès des Nations unies, l’ambassadeur Al-Harith Idriss, la menace russe d’utiliser le droit de veto contre la résolution, ainsi que la position de la Chine et de l’Égypte — par l’intermédiaire de leurs représentants — soutenant le Soudan et rejetant toute sanction : toutes ces positions ont mis en échec le plan des États-Unis, de Boulos et des Émirats visant à faire passer le projet.
  • Néanmoins, le sujet demeure sur la table des discussions, car le vote sur la résolution aura lieu le 12 septembre prochain. Selon mon évaluation, les options de Boulos à cet égard sont étroites : soit un triomphe pour le Comité d’experts et une défaite pour les Émirats — ce qu’il ne souhaite pas —, soit l’extension de la portée de l’embargo, et par conséquent, les Émirats poursuivront leur soutien à la rébellion… Mais…
  • Actuellement, le Comité international d’experts fait face à de fortes pressions de la part des Émirats et des États-Unis pour ne pas présenter ce rapport devant le Comité des sanctions, en raison des points précis qu’il contient et qui condamnent nommément les Émirats, condamnent la milice et les mercenaires, et confirment qu’il s’agit d’une guerre préméditée et planifiée à l’échelle internationale et régionale.
  • La question qui se pose est donc la suivante : les Émirats réussiront-ils à entraver la présentation du rapport au Comité des sanctions, réduisant ainsi à néant le travail du Comité d’experts accompli pendant toutes ces années ? Ou bien le Conseil sera-t-il capable de vaincre les États-Unis et les Émirats, de soumettre le rapport, puis de punir le criminel quel qu’il soit ?
  • En conclusion, nous disons que le défi qui s’impose aujourd’hui au Conseil de sécurité et au Comité d’experts est d’être plus soucieux de préserver le droit international et les droits de l’homme, de faire régner la justice et de ne pas appliquer le deux poids, deux mesures ; bien que tout cela ne soit ni espéré ni attendu, non pas par mauvaise foi ou pessimisme, mais plutôt en se basant sur des pratiques et des positions déclarées et connues, en particulier concernant la question soudanaise.