Au-delà de l’embargo total sur les armes au Soudan… Affaiblissement de l’armée, porte ouverte à l’attrition ou fin du conflit ?

 

 

Amr Khan – Écrivain, journaliste égyptien  et chercheur en affaires africaines

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

La demande américaine lors de la session du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Soudan, tenue le 24 août 2026, ne constituait pas une simple initiative de procédure visant à modifier la portée de l’embargo sur les armes imposé au pays. Elle s’inscrivait plutôt dans un contexte plus large dépassant la dimension juridique directe de la résolution proposée, pour toucher à la nature de l’environnement international régissant le conflit soudanais, ainsi qu’à l’avenir des équilibres de forces militaires et politiques à l’intérieur du pays.

En effet, la proposition américaine, qui pousse vers l’extension de la portée de l’embargo sur les armes de la région du Darfour à l’ensemble du territoire soudanais, ouvre la voie à une nouvelle phase de la gestion internationale de la guerre.

Le passage d’un embargo géographique limité à un embargo total représente un changement qualitatif dans les mécanismes de pression internationale, et repose des questions fondamentales sur les parties qui seront touchées par la décision, ses modalités d’application, et sur le point de savoir si elle deviendra un outil pour limiter le flux d’armes et mettre fin à la guerre, ou un moyen de reconfigurer les rapports de force entre les parties au conflit.

L’importance de cette évolution réside dans la nécessité de distinguer entre le contenu de la demande américaine telle qu’elle a été présentée officiellement devant le Conseil de sécurité, et les répercussions potentielles au cas où elle se transformerait en une résolution contraignante émanant du Conseil.

La question ne concerne pas seulement le fait d’empêcher l’arrivée des armes dans les zones de conflit, mais elle est liée à des impacts directs sur la capacité des différentes parties militaires à mener les opérations, ainsi que sur l’avenir des institutions sécuritaires et militaires soudanaises, au premier rang desquelles figurent les Forces armées soudanaises et les Forces conjointes qui les soutiennent, tout comme les Forces de soutien rapide avec lesquelles elles mènent une guerre ouverte depuis avril 2023.

Dès lors, l’analyse de cette proposition exige de dépasser la lecture juridique étroite et de la considérer comme faisant partie d’une trajectoire internationale plus vaste visant à redéfinir les règles de gestion de la crise soudanaise.

L’adoption d’un embargo total sur les armes, dans le contexte de la continuation de la guerre et de l’absence d’un règlement politique définitif, pourrait imposer une nouvelle réalité sur le terrain et affecter la capacité des parties belligérantes à poursuivre le combat ou à progresser sur le plan militaire. De même, elle pourrait reconfigurer les positions des puissances régionales et internationales impliquées directement ou indirectement dans le dossier soudanais.

Dans ce cadre, la compréhension des positions des cinq membres permanents du Conseil de sécurité devient un facteur décisif pour anticiper l’avenir de la résolution potentielle. Les divergences de vues entre les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France concernant la nature du conflit soudanais, les priorités de résolution et les limites de l’intervention internationale constitueront un déterminant majeur dans la trajectoire du projet américain, entre acceptation, modification ou rejet.

Par conséquent, l’étude des scénarios liés à cette demande ne devrait pas se limiter à la question : une résolution instaurant un embargo sur les armes sera-t-elle adoptée ou non ? Elle s’étend à une question plus profonde : comment une nouvelle résolution internationale pourrait-elle redessiner la carte du conflit soudanais, et quelles en seraient les répercussions sur l’avenir de l’État soudanais, sur la nature de la relation entre l’institution militaire et les autres forces armées, ainsi que sur les chances de parvenir à un règlement politique mettant fin à la guerre ?

Premièrement : Les répercussions de la décision du Conseil de sécurité sur la position des cinq membres permanents :

Les positions des cinq membres permanents du Conseil de sécurité vis-à-vis de la guerre au Soudan divergent. Ce groupe est composé des États-Unis d’Amérique, de la Russie, de la Chine, de la France et du Royaume-Uni, qui sont les pays disposant du droit de veto au sein du Conseil.

Depuis le déclenchement de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide en avril 2023, les positions de ces pays ont été marquées par la divergence, malgré l’existence d’un dénominateur commun représenté par l’appel à l’arrêt des combats, la protection des civils et l’autorisation de l’accès de l’aide humanitaire.

1- Les États-Unis d’Amérique :

  • La position à l’égard de l’armée soudanaise : Washington traite avec l’armée soudanaise en tant que partie au conflit, et non comme l’unique institution de l’État dans l’équation politique. Elle estime que l’armée porte la responsabilité de la poursuite de la guerre et des violations qui y sont liées.
  • Cependant, dans le même temps, les États-Unis ne placent pas toujours l’armée et les Forces de soutien rapide sur un pied d’égalité ; leurs sanctions se sont concentrées, à différentes périodes, sur des figures et des réseaux liés aux deux parties, avec une attention particulière portée à l’interdiction du flux d’armes et du financement de la guerre.
  • La position à l’égard des Forces de soutien rapide : Washington a exprimé une grande inquiétude face aux violations attribuées aux Forces de soutien rapide, en particulier au Darfour, et a imposé des sanctions à des dirigeants et réseaux qui leur sont liés.
  •  Les États-Unis estiment que la poursuite de la guerre est également liée à l’afflux de soutien extérieur et d’armes ; c’est pourquoi ils poussent vers l’extension du régime de sanctions et de l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan, y compris les drones et les réseaux de financement.
  • La vision américaine : Cessez-le-feu, processus politique non dominé par les militaires, exclusion des islamistes de tout processus politique d’après-guerre, demande de comptes aux auteurs des violations, et assèchement des sources de financement et d’armement de la guerre.

La position de Washington montre qu’elle ne considère pas l’armée comme un ennemi, mais qu’elle ne lui accorde pas pour autant le statut de « gouvernement légitime absolu » dans la gestion de la crise, tout comme elle considère les Forces de soutien rapide comme une force armée responsable de violations à grande échelle.

2- La Russie :

  • La position à l’égard de l’armée soudanaise : Moscou est l’une des grandes puissances les plus enclines à traiter avec l’armée soudanaise en tant qu’institution officielle de l’État soudanais, et elle insiste habituellement sur le principe de souveraineté et de non-ingérence extérieure.
  • Elle estime que la résolution de la crise doit se faire par le biais d’un dialogue soudano-soudanais interne, dans le respect des institutions de l’État.
  • La position à l’égard des Forces de soutien rapide : La Russie traite avec les Forces de soutien rapide comme une partie à la guerre, mais elle n’adopte pas le discours occidental qui se concentre sur son isolement international complet.
  • La vision russe : Rejet de l’internationalisation de la crise d’une manière qui accroîtrait la division, soutien à la souveraineté du Soudan, opposition aux sanctions qu’elle estime susceptibles de compliquer la crise, et incitation à un règlement politique par la négociation.

Des estimations au sein du Conseil de sécurité indiquent que la Russie et la Chine ont davantage tendance à insister sur la souveraineté du gouvernement soudanais, en comparaison avec les positions des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni.

3- La Chine:

  • La position à l’égard de l’armée soudanaise : Historiquement, la Chine se concentre sur les relations avec les gouvernements en place et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. C’est pourquoi elle traite avec les institutions de l’État soudanais en tant que partie officielle.
  • La position à l’égard des Forces de soutien rapide : Pékin appelle à l’arrêt des combats entre les deux parties, mais n’adopte généralement pas une politique de sanctions ou d’isolement brutal de l’une des parties.
  • La vision chinoise : Préservation de l’unité du Soudan, protection des intérêts économiques et des investissements, soutien à la solution politique, et rejet des interventions extérieures.
  • La Chine émet souvent des réserves quant à l’extension des sanctions internationales si elle estime qu’elles pourraient affecter la stabilité de l’État ou accroître les souffrances des civils.

4- Le Royaume-Uni :

  • La position à l’égard de l’armée soudanaise : Londres considère l’armée comme un acteur majeur de la guerre et la tient pour responsable de la poursuite des combats, mais elle se concentre également sur le comportement des dirigeants et des individus, plutôt que sur l’institution militaire dans son ensemble.
  • La position à l’égard des Forces de soutien rapide : Le Royaume-Uni compte parmi les pays les plus critiques à l’égard des Forces de soutien rapide en raison des violations qui leur sont associées, en particulier au Darfour et dans les zones ayant connu des tueries et des déplacements de populations.
  • Londres a appelé les Forces de soutien rapide à cesser leurs attaques dans des régions comme le Kordofan, et a souligné la nécessité de demander des comptes aux responsables des violations.
  • La vision britannique : Arrêt de l’afflux d’armes, demande de comptes aux auteurs de crimes, protection des civils, et soutien à une transition politique civile.

5- La France:

  • La position à l’égard de l’armée soudanaise : Paris traite avec l’armée en tant que partie militaire au conflit, et critique la poursuite des opérations militaires qui affectent les civils.
  • La position à l’égard des Forces de soutien rapide : La France critique vivement les violations attribuées aux Forces de soutien rapide, en particulier au Darfour.
  • La vision française : Priorité à la protection des civils, soutien au droit international humanitaire, pression pour l’arrêt de la guerre, et soutien au rôle des Nations Unies et de l’Union africaine.

Comment cette divergence affecte-t-elle la décision d’étendre les sanctions ?

Si les États-Unis proposent d’étendre la résolution 1591 à l’ensemble du Soudan, son succès au sein du Conseil de sécurité dépendra dans une large mesure des positions de la Russie et de la Chine. En effet, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France tendent à renforcer le contrôle et les sanctions et à lier la guerre aux réseaux d’armement et de financement, tandis que la Russie et la Chine pourraient exiger une formulation qui préserve la souveraineté de l’État soudanais et empêche de mettre sur un pied d’égalité le gouvernement soudanais et les forces armées non régulières.

Ainsi, la bataille diplomatique à venir au sein du Conseil de sécurité ne portera pas uniquement sur l’embargo sur les armes, mais sur une question plus vaste :

La guerre soudanaise est-elle perçue comme un conflit entre deux parties égales, ou comme une agression menée par une force armée contre les institutions de l’État ?

C’est cette divergence qui déterminera la forme de toute nouvelle résolution concernant le Soudan.

Deuxièmement : La décision inclura-t-elle les Forces armées soudanaises ?

Oui, en principe, l’armée soudanaise sera soumise aux restrictions si le Conseil de sécurité adopte un embargo général sur l’ensemble du territoire soudanais. Toutefois, cela dépendra de la rédaction finale de la résolution et des exceptions qu’elle contiendra.

La résolution 1591, dans sa version actuelle, est liée géographiquement au Darfour, et l’embargo sur les armes vise les parties et entités armées opérant là-bas, tandis qu’il existe un mécanisme permettant au gouvernement du Soudan de demander des dérogations pour le transfert d’équipements militaires vers  Darfour.

Le point important ici est que le gouvernement soudanais n’est pas juridiquement à égalité avec toutes les parties armées selon le régime actuel de la résolution 1591 ; le gouvernement peut en effet soumettre des demandes de dérogation au Comité des sanctions.

Cependant, si la formulation passe d’un « embargo sur les armes au Darfour » à un « embargo sur les armes sur l’ensemble du Soudan », la capacité de l’armée à obtenir des armes, des munitions ou des équipements militaires de l’étranger deviendra directement liée au texte de la nouvelle résolution et aux exceptions qu’elle approuvera.

C’est là que résidera peut-être la véritable bataille diplomatique : y aura-t-il une exception claire pour le gouvernement soudanais en tant qu’État, ou l’embargo sera-t-il général pour toutes les parties ?

Troisièmement : Qu’en est-il des Forces conjointes ?

Ici, la question devient plus complexe. Si les « Forces conjointes » opèrent en tant que force militaire de soutien à l’armée, l’embargo ne se mesure pas au nom de la force, mais à la nature de l’entité bénéficiaire des armes et à la portée de la nouvelle résolution.

C’est-à-dire que leur présence sous le parapluie de l’État ou leur coopération avec les Forces armées ne signifie pas automatiquement qu’elles sont exemptées de l’embargo, tout comme leur description en tant que force de soutien ne signifie pas automatiquement qu’elles sont visées par des sanctions individuelles.

Par conséquent, si la résolution est promulguée sous une forme interdisant la fourniture d’armes et d’équipements militaires à toute partie soudanaise, les Forces conjointes seront pratiquement confrontées aux mêmes restrictions, notamment en ce qui concerne les armes, les munitions, les drones et les équipements à usage militaire.

En revanche, si la résolution accorde au gouvernement des exceptions spécifiques, les Forces conjointes pourraient en bénéficier indirectement si elles sont considérées comme faisant partie du système de sécurité gouvernemental et que les dérogations leur sont étendues.

Quatrièmement : Que se passera-t-il pour la trajectoire de la guerre ?

Ici, il convient de se garder d’assumer qu’un embargo sur les armes arrêtera automatiquement la guerre. Si l’embargo est effectivement appliqué aux deux parties, son premier effet sera de ralentir la capacité à compenser les pertes et à introduire de nouveaux équipements, et non pas nécessairement d’arrêter les combats.

  • Pour l’armée : Elle possède un avantage important représenté par l’existence d’institutions d’État et de capacités militaires établies, en plus d’un stock, d’un armement et d’une infrastructure logistique différents de ceux des forces non régulières. Par conséquent, l’embargo pourrait ne pas conduire à un effondrement rapide de sa capacité militaire, mais il pourrait affecter progressivement : l’importation de munitions, les pièces de rechange, les avions et les drones, les systèmes de reconnaissance, les équipements de guerre électronique, le soutien technique et l’entraînement, ainsi que le remplacement des équipements consommés pendant la guerre.

Le point le plus important concerne les drones, car le responsable américain les a mentionnés explicitement, ce qui signifie que Washington considère la technologie militaire moderne comme faisant partie du système d’armement qui doit être régulé.

  • Pour les Forces de soutien rapide : L’impact potentiel pourrait être différent. Si la décision conduit à un renforcement du contrôle des frontières et des voies d’approvisionnement, à l’assèchement du financement et à l’imposition de sanctions contre les réseaux d’achat d’armes, les intermédiaires, les entreprises et les individus, les dommages causés aux Forces de soutien rapide pourraient être plus importants que la simple interdiction d’acheter directement des armes.

Cinquièmement : Parlons-nous d’un « assèchement des sources de soutien » ?

Oui, mais il faut distinguer entre l’embargo sur les armes et l’assèchement des sources de soutien. La résolution 1591 actuelle ne constitue pas, dans son essence, un blocus financier global sur le Soudan ; elle comprend un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et le gel des avoirs des personnes et entités figurant sur la liste des sanctions. La liste actuelle des sanctions comprend 14 personnes, selon les données du Conseil de sécurité publiées en avril 2026.

Cependant, les déclarations du responsable américain indiquent une orientation plus large : Washington souhaite augmenter le nombre de membres du groupe d’experts, renforcer la coopération avec d’autres équipes concernant les violations, geler les avoirs, interdire les déplacements et imposer un embargo sur les armes. C’est un point très important et extrêmement dangereux s’il venait à être mis en œuvre.

Conformément à la liste du Comité des sanctions du Conseil de sécurité concernant le Soudan au titre de la résolution 1591 (2005), le nombre de personnes inscrites sur la liste des sanctions s’élève à 14 individus après la dernière mise à jour du 28 avril 2026.

Les sanctions qui leur sont imposées comprennent : l’interdiction de voyager et le gel des avoirs, en plus des restrictions d’embargo sur les armes liées au régime de sanctions propre au Soudan.

Voici les noms des personnes inscrites sur la liste actuelle :

  1. Ahmed Haroun : Ancien responsable politique, inscrit dans le cadre des sanctions liées aux violations au Darfour.
  2. Abdel Rahim Mohamed Hussein : Ancien ministre soudanais de la Défense.
  3. Ali Koshayb (Ali Mohamed Ali Abdel Rahman) : Ancien chef de la milice Janjaweed, lié à des crimes au Darfour.
  4. Abdallah Banda Abakhar Nourain : Chef d’un mouvement armé au Darfour.
  5. Moussa Hilal : Chef tribal et ancien commandant des forces Janjaweed.
  6. Abdel Rahman Juma Barkallah : Commandant au sein des Forces de soutien rapide.
  7. Jeddou Hamdan Ahmed (Abou Nashouk) : Commandant du secteur du Nord-Darfour au sein des Forces de soutien rapide.
  8. Abdel Rahim Hamdan Dagalo : Commandant en second des Forces de soutien rapide.
  9. El Fateh Abdallah Idriss (Abou Loulou) : Général de brigade au sein des Forces de soutien rapide.
  10. Tijani Ibrahim Moussa Mohamed (El Zir Salem) : Commandant sur le terrain au sein des Forces de soutien rapide.
  11. Algoney Hamdan Dagalo : Responsable des achats au sein des Forces de soutien rapide et frère de Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti).
  12. Álvaro Andrés Quijano Becerra : Fondateur de l’agence de services internationaux A4SI.
  13. Claudia Viviana Oliveros Forero : Liée à l’agence A4SI.
  14. Mateo Andrés Duque Botero : Lié à l’agence A4SI.

On remarque dans cette liste :

  1. La majorité des nouveaux noms est liée aux Forces de soutien rapide : L’année 2026 a connu une expansion notable des sanctions, le Comité des sanctions ayant ajouté en février 2026 quatre noms liés aux dirigeants des Forces de soutien rapide, parmi lesquels Abdel Rahim Dagalo, Jeddou Hamdan, El Fateh Abdallah Idriss et Tijani Ibrahim Moussa. En avril 2026, Algoney Hamdan Dagalo et trois personnes de nationalité colombienne liées à l’agence A4SI ont été ajoutés, sur la base d’accusations liées à la fourniture de soutien ou de services aux Forces de soutien rapide.
  2. La liste ne signifie pas que tous les inscrits appartiennent à une seule partie : La liste historique de la résolution 1591 a débuté en 2005 en raison de la guerre du Darfour et comprenait des personnalités liées à l’ancien gouvernement et à des mouvements armés au Darfour, puis s’est élargie après le déclenchement de la guerre actuelle pour inclure des figures liées aux Forces de soutien rapide et à leurs réseaux d’approvisionnement.

Que signifie l’inscription d’une personne sur la liste des sanctions ?

L’inscription signifie généralement l’interdiction de voyager à l’international dans les États membres de l’Organisation des Nations Unies, le gel des avoirs et des fonds situés dans la juridiction des pays appliquant les sanctions, l’interdiction de fournir un soutien financier ou des services économiques à la personne inscrite, ainsi que la soumission au contrôle du Comité des sanctions et du groupe d’experts.

  • Signification politique liée à la liste : Si la résolution 1591 s’étend à l’ensemble du Soudan, l’importance ne résidera pas seulement dans les noms actuels, mais dans la possibilité d’inscrire de nouvelles personnalités ou entités liées au financement de la guerre, à l’achat d’armes ou à l’exploitation de réseaux d’approvisionnement, que ces personnes ou entités soutiennent l’armée ou les Forces de soutien rapide.

En d’autres termes : le passage de sanctions visant des individus spécifiques au Darfour à un système de contrôle plus large sur les drones, le financement, les sociétés écrans, les intermédiaires et les réseaux d’approvisionnement pourrait modifier la nature de la pression internationale sur les deux parties à la guerre.

Dans un autre contexte, si la résolution s’étend pour inclure (les armes + les drones + le financement + les intermédiaires + les entreprises + les avoirs + les réseaux d’approvisionnement + l’entraînement et l’assistance technique), nous ne parlons pas seulement d’un « embargo sur les armes », mais d’une tentative de resserrer le système d’approvisionnement de l’armée soudanaise, ne lui permettant pas de poursuivre ses avancées dans la guerre.

Cependant, on ne peut affirmer avec certitude, sur la simple base de la demande de Washington, qu’il existe une proposition concernant un blocus financier global sur tous ceux qui financent la guerre ; cela nécessiterait un texte explicite dans la nouvelle résolution ou un élargissement clair des critères d’inscription et des sanctions.

Sixièmement : Le scénario le plus dangereux pour l’armée et les Forces de soutien rapide :

Si une résolution globale est adoptée sans dérogations larges pour le gouvernement soudanais, une chose extrêmement sensible pourrait se produire : le facteur externe passerait du statut de source de renforcement des capacités militaires à celui de facteur de pression sur l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide. Cela pourrait pousser la guerre vers l’une des trois trajectoires suivantes :

  1. Une guerre d’usure plus longue : Si l’armée et les Forces de soutien rapide se voient empêcher d’obtenir de nouvelles armes, mais qu’elles conservent d’importants stocks, la guerre pourrait se poursuivre à un rythme moindre et se transformer davantage en une guerre d’usure.
  2. L’augmentation de l’importance de la fabrication locale : L’embargo pourrait pousser l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide à s’appuyer davantage sur la maintenance des équipements existants, la réutilisation des armes, la fabrication locale de certaines munitions et équipements, la guerre électronique, ainsi que sur des drones fabriqués ou modifiés localement. Cela signifie que l’embargo pourrait modifier la nature de la guerre au lieu d’y mettre fin.
  3. Pression vers un règlement politique : C’est l’objectif politique potentiel derrière l’assèchement des sources d’armement et de financement : rendre la poursuite de la guerre plus coûteuse et moins viable, et ainsi pousser les parties vers la négociation.

Cependant, le succès de ce scénario dépend d’une question fondamentale : l’embargo sera-t-il effectif sur toutes les voies d’approvisionnement, ou restera-t-il perméable à travers les frontières et les réseaux informels ?

Septièmement : Qui bénéficiera militairement si l’embargo est appliqué ?

L’équation n’est pas simple. Si l’embargo est appliqué de manière égale et assorti d’un contrôle rigoureux, toutes les parties pourraient en subir les dommages, mais la partie qui saura s’appuyer sur son stock actuel, sa production locale et ses réseaux internes sera dans une meilleure position. En revanche, si l’embargo est théorique pour tous mais qu’il coupe dans les faits les lignes d’approvisionnement d’une partie plus que de l’autre, la résolution elle-même pourrait se transformer en un facteur modifiant le rapport de forces.

C’est précisément là que gît l’importance du groupe d’experts que Washington souhaite élargir ; car sa fonction n’est pas seulement de rédiger des rapports, mais de suivre les modalités d’exécution des sanctions, les circuits d’armement et de financement, ainsi que les parties impliquées. Le Conseil de sécurité précise d’ailleurs que le groupe d’experts aide le Comité des sanctions à surveiller l’application des mesures et à se coordonner à leur sujet.

Conclusion:

Je considère que le point le plus important dans la déclaration américaine n’est pas simplement la phrase : « extension de l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan », mais plutôt la combinaison de quatre éléments : (extension géographique + drones + augmentation du groupe d’experts + renforcement de la traçabilité des avoirs et du financement).

Cela signifie que Washington semble passer de sanctions liées à la région du Darfour à une tentative de construction d’un système de contrôle et de sanctions plus large, lié à la guerre soudanaise elle-même.

Cependant, il existe une différence cruciale : la demande des États-Unis ne constitue pas encore une résolution du Conseil de sécurité. Pour devenir contraignante, le Conseil doit adopter un amendement ou une nouvelle résolution, et la rédaction des exceptions ainsi que la position des membres du Conseil, en particulier les membres permanents, seront des facteurs décisifs pour en déterminer le contenu.

Sur le plan militaire, l’application stricte d’un embargo total ne signifiera pas nécessairement que l’armée sera vaincue ou que les Forces de soutien rapide s’effondreront ; elle signifiera plus vraisemblablement le passage d’une guerre d’afflux d’armes à une guerre de gestion des stocks, des ressources, du financement et de la production locale.

Les questions les plus importantes à observer à présent est la suivante : L’embargo inclura-t-il l’armée ? À qui les exceptions seront-elles accordées ? Et quelles seront les personnes dont les réseaux de financement et d’armement seront traqués ? La réponse à ces questions pourrait avoir une influence plus déterminante sur le cours de la guerre que la simple annonce de l’élargissement de la portée de la résolution.