
La vérité sur l’argent sale de l’empire de la famille Dagalo (1)
Enquête : Al-Taj Osman
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
• Le décret constitutionnel n° 6 : une grande étape pour récupérer la fortune pillée du peuple
• 300 millions de dollars : la fortune de Hemedti issue uniquement des chameaux
• Une source : les chameaux et le bétail de Hemedti ne sont pas une simple fortune, mais une banque mobile
• La plupart des biens immobiliers résidentiels et commerciaux à Khartoum sont enregistrés au nom des épouses de Hemedti


Le président du Conseil de souveraineté de transition, commandant en chef des forces armées soudanaises, le général d’armée Abdel Fattah al-Burhan, a promulgué le décret constitutionnel n° (6) de l’année 2026 ordonnant la confiscation des biens et possessions du chef des Forces de soutien rapide, Mohammed Hamdan Dagalo Hemedti, et de sa famille. Selon le texte du décret constitutionnel, les confiscations englobent les biens immobiliers, les terrains, les véhicules, les actions, les obligations, les liquidités, les métaux précieux, les sociétés, les entreprises et activités dans le secteur minier, ainsi que tous les biens enregistrés au nom de ses épouses, de ses fils, de ses filles, de ses frères, de ses proches, d’un certain nombre de beaux-parents, d’oncles paternels et maternels et de leurs enfants.
En résumé, le décret constitutionnel n° (6) englobe la confiscation de l’ensemble des biens de la famille Dagalo. La question se pose ici : quelle est la nature des biens de la famille Dagalo ? À combien s’élève le montant de leur fortune ? Et quels sont le volume et le type de biens immobiliers achetés par Hemedti à l’intérieur du Soudan et à l’étranger, en particulier à Dubaï ? « Asdaa Soudania » révèle la vérité sur l’argent sale de la famille Dagalo à travers cette enquête journalistique d’investigation.
Un empire immobilier : Le volume et les types d’actifs détenus par la famille Dagalo à l’intérieur du Soudan sont innombrables, au point d’être devenus un empire immobilier autonome à part entière. Selon les informations obtenues par le journal, la plupart de ces actifs auxquels fait référence le décret constitutionnel n° (6) ne sont pas enregistrés directement au nom de Hemetti, mais plutôt aux noms de ses épouses, de ses frères et des membres de sa famille. En s’appuyant sur des sources locales et des rapports de l’ONU ainsi que d’organisations de recherche internationales crédibles et fiables, le volume et les types d’actifs de l’empire de la famille Dagalo à l’intérieur du Soudan jusqu’en février 2026 peuvent être classés comme suit :
• Les terres agricoles et pastorales : il s’agit de terres vastes et de superficie immense, situées au nord du Darfour, au nord du Kordofan et au Nil Blanc. Ce sont de grands terrains pastoraux et des projets agricoles dont la superficie est estimée à des milliers de feddans, décrits par un rapport de l’ONU comme des « grandes possessions foncières utilisées par Hemedti et sa famille pour l’élevage de chameaux et de bétail ». Malgré mes efforts et mes tentatives assidues, je n’ai pas réussi à obtenir la valeur monétaire officielle des terres agricoles et pastorales détenues par la famille Dagalo, mais on peut mesurer leur valeur si l’on sait que le prix du feddan dans les terres agricoles du nord du Darfour avant la guerre oscillait entre 500 et 2 000 dollars selon l’emplacement.
• Les biens immobiliers résidentiels et commerciaux à Khartoum : la plupart d’entre eux se situent dans des quartiers huppés de la capitale Khartoum, comme Al-Riyad, la rue de l’Aéroport et la banlieue de Kafouri à Khartoum Bahri. Ce sont des maisons, des villas, des immeubles luxueux et des complexes résidentiels réservés aux dirigeants des Forces de soutien rapide, dont beaucoup ont été endommagés ou pillés pendant les combats de Khartoum. Il existe également des bâtiments administratifs et des sièges à Nyala et El Fasher appartenant aux sociétés Al-Junaid et Taradif dépendant de l’empire de la famille Dagalo.
• Mines et terres d’exploitation aurifère : elles comprennent le gisement d’or du Jabal Amer dans la localité d’Al-Sereif au nord du Darfour, considéré comme la plus grande mine d’or artisanale du Soudan. Selon certains rapports de l’ONU fiables, les revenus des mines du Jabal Amer avant la guerre de 2023 étaient de l’ordre de (2 à 4 millions) de dollars par mois, allant directement dans les poches de l’empire de la famille Dagalo.
• Depuis l’année 2025, le Jabal Amer est passé sous le contrôle total de Hemedti et constitue la principale source de financement des Forces de soutien rapide. Certaines sources économiques locales ont estimé l’ensemble des actifs immobiliers et miniers de la famille Dagalo au Soudan avant la guerre à plus de 500 millions de dollars, en comptant les mines d’or du Jabal Amer dans la localité d’Al-Sereif au nord du Darfour comme des actifs productifs et non de simples terrains.
• La fortune de Hemedti : La question se pose ici : d’où Hemedti a-t-il obtenu toute cette fortune qui a fait de lui l’un des hommes les plus riches du Soudan et un rival des riches de la région arabe ? Des sources tribales liées à la famille Dagalo ont révélé que la source principale de la fortune de Hemedti ne provenait pas, comme certains le croient, de l’or du Jabal Amer, mais d’autres sources que nous résumons comme suit :
• L’héritage tribal : Hemedti appartient à la tribu des Rizeigat Maharia au sud Darfour, une tribu historiquement célèbre pour l’élevage de chameaux, où il a commencé sa fortune avec un petit troupeau hérité par la famille qu’il a réussi à agrandir par la suite.
• Le commerce frontalier : il a travaillé au cours des années 2000 à 2013 en tant que grand marchand de chameaux très connu dans tout le Darfour. Selon les récits de sources proches de lui, il rassemble les chameaux auprès des éleveurs ; certains ont même indiqué clairement qu’il pillait les chameaux par l’intermédiaire de ses partisans parmi les premiers Janjaweed dont les mains étaient tachées de sang, auprès des éleveurs du Darfour, pour les vendre sur les marchés de chameaux en Libye en dollars. Cette information a été confirmée par des rapports de l’ONU qui ont souligné que Hemedti était l’un des trois plus grands marchands de chameaux de l’ouest du Soudan avant l’année 2013.
• La mainmise sur les zones de pâturage et les mines d’or au cours de la période 2014-2023.
• L’imposition d’extorsions aux marchands de bétail : après que Hemedti est devenu commandant des Forces de soutien rapide, il a utilisé son influence pour élargir ses propres zones de pâturage au nord du Darfour et nord du Kordofan sous la menace des armes. Il imposait également des taxes d’extorsion aux marchands de bétail et de chameaux pour les protéger et les sécuriser contre les bandes de pillards de bétail disséminées sur les routes d’exportation.
• L’achat de troupeaux de chameaux : certaines sources ont indiqué que Hemedti achetait des troupeaux de chameaux et de bétail grâce aux profits de l’or du Jabal Amer, affirmant que sa fortune en chameaux, bovins et caprins se comptait par milliers de têtes. Ces troupeaux au nombre immense sillonnaient les pâturages du nord – Darfour dans la zone du Wadi Howar, Kutum et Al-Sereif, ce dernier étant considéré comme le principal pâturage des chameaux de Hemedti, à côté des pâturages du nord – Kordofan dans les zones de Bara et Om Ruwaba, qui sont des pâturages pour bovins et ovins. Il possédait également des pâturages d’hiver dans l’État du Nil Blanc, ainsi que d’autres pâturages hors du Soudan à la frontière occidentale du Darfour, qu’il utilisait comme dépôts sécurisés en période de combats. Ses pâturages privés s’étendaient même jusqu’au sud de la Libye d’où il exportait des chameaux. Les troupeaux de Hemedti se concentraient au nord du Darfour dans le Wadi Howar, au nord du Kordofan à Bara, et hors du Soudan dans l’est du Tchad et le sud de la Libye.
• Une banque mobile : Signalons ici que certains proches de Hemedti qui se sont séparés de lui ont décrit sa fortune en chameaux et bétail en disant : « Les chameaux et le bétail de Hemedti ne sont pas une simple fortune, mais une banque mobile », expliquant qu’il gagnait des millions de dollars grâce à l’exportation ou la contrebande de chameaux vers certains pays du Golfe. Il hypothéquait également les troupeaux de chameaux et de bétail auprès de commerçants et obtenait d’eux des prêts pour acheter des armes. Il imposait en outre des redevances et des taxes aux éleveurs et autres propriétaires de troupeaux ne lui appartenant pas lorsque leurs troupeaux traversaient ses zones de contrôle.
• Malgré les divergences sur le montant de la fortune de Hemedti en chameaux, bovins et caprins, des récits tribaux et des rapports de l’ONU l’ont estimée à des milliers de dollars. Toutefois, un rapport de l’organisation Global Witness paru en 2019 a indiqué que la famille Dagalo possédait 200.000 têtes de chameaux avant le déclenchement de la guerre, et la valeur d’une seule tête tournait alors autour de 1.500 à 4.000 dollars selon la catégorie, ce qui signifie que la fortune de Hemedti issue uniquement des chameaux s’élevait à environ 300 millions de dollars. Mais après le déclenchement de la guerre, il a perdu de nombreux troupeaux, soit à cause de la faim et de la soif, soit par le pillage des bandes de vol de bétail ; il en a vendu une partie au Tchad et en Libye pour financer la solde et les armes des mercenaires, et en a fait passer une grande partie en contrebande vers ses refuges sûrs au Tchad et en Libye.
• Hemedti a utilisé les bénéfices des chameaux et de l’or pour acheter des véhicules de combat à quatre roues motrices, armer ses forces et faire venir des mercenaires, sachant que son revenu tiré du seul or était de 2 à 4 millions de dollars par mois qui lui étaient versés en espèces, outre le blanchiment de l’or en le faisant passer en contrebande à Dubaï pour en acheter avec les bénéfices des véhicules de combat et des armes.
• Selon les informations précédentes, ce sont les chameaux qui ont financé l’achat des premières armes et véhicules de combat des Forces de soutien rapide, tandis que l’or du Jabal Amer a transformé Hemedti d’un marchand de milices et de Janjaweed pillant autrui en un chef militaire doté d’un réseau financier mondial.
À suivre…