Dégradation de l’économie et du taux de change… La multiplicité des comités : des sédatifs ou un traitement ?

Avant le crépuscule

Dr.Abdelmalek Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

L’observateur de la détérioration que connaît l’économie nationale soudanaise — dont les effets négatifs ont été dédoublés par la guerre imposée et le recul que subit le marché des changes officiel et parallèle —, et qui voit le nombre de comités formés pour stopper cette dégradation et sauver l’économie de sa longue chute (lesquels n’ont malheureusement eu aucun impact positif sur le terrain), ne peut que se questionner sur la nature de ces multiples comités et leur utilité.

S’agit-il de comités formés pour prescrire des sédatifs temporaires qui ne réduisent même pas l’intensité de la douleur dont se plaint le patient ? Ou de comités créés selon une vision et une étude menées par des experts et des spécialistes, dont les objectifs et les mécanismes de travail ont été définis avec précision, et auxquels un calendrier d’exécution a été imparti afin d’évaluer et de récompenser en cas de succès, ou de demander des comptes en cas d’échec dans l’accomplissement de leurs missions ? La réalité que vit l’économie soudanaise actuellement est la seule à répondre à cette question pivotale.

Parmi les comités constitués pour gérer les affaires économiques à l’époque du gouvernement d’après le changement, figure un comité économique présidé par le défunt Hemedti et comptant parmi ses membres le premier ministre d’alors, Dr. Hamdok. Le seul examen de cette composition vous renvoie au tâtonnement administratif et au déséquilibre des critères dans le mode de sélection des membres des comités, sans même parler des autres mécanismes de traitement.

Après le gouvernement du Dr Kamel, le flux de création de comités pour gérer les affaires économiques ne s’est pas arrêté : il y a eu un comité présidé par le ministre des Finances, le Dr Jibril Ibrahim, un autre comité présidé par le général de corps d’armée Hassan Kabron, ministre de la Défense, puis un comité au sein de la Banque centrale.

Récemment, ces comités ont été développés tout en étant maintenus tels quels, par la création d’un comité sous une appellation plus vaste, à savoir le Comité national pour la gestion de l’économie, présidé par le Dr Kamel Idris, Premier ministre. Et le voilà qui tenait sa troisième réunion avant-hier, décidant de former une « cellule urgente » pour gérer les questions du taux de change et leurs impacts, sous la présidence du ministre des Finances lui-même et avec la participation de plusieurs parties concernées.

On remarque ici le remplacement du terme « comité » par « cellule urgente » : pourquoi, et quelle en est la compréhension si ce n’est un facteur psychologique dû à la multiplicité des comités et au nom lui-même ? La deuxième remarque est de lui avoir attribué le caractère « d’urgente », en référence à la lenteur des performances des comités qui l’ont précédée. La troisième remarque est le confinement de ses missions aux « questions du taux de change ». La quatrième remarque est sa présidence par le ministre des Finances lui-même, qui préside toujours plusieurs comités de gestion des affaires économiques.

Enfin, toutes ces missions relèvent au cœur du travail des comités déjà formés auparavant… Quelle est donc l’utilité de sa création si ce n’est une confirmation de l’incapacité des comités précédents d’une part, et le prolongement de la durée du traitement par des sédatifs supplémentaires du type de cette cellule d’autre part ?

Les mesures économiques au cours de la période récente écoulée — à laquelle j’ai choisi de donner le nom de « sédatifs inefficaces contre la douleur » — ont débuté par une décision en date du 12 avril basée sur la recommandation du comité de traitement de la dépréciation de la monnaie, relative à l’interdiction d’importer (48) marchandises.

Elle a été modifiée le 28 avril par une décision de la ministre du Commerce et de l’Industrie, Mahasin Yacoub, réduisant le nombre de marchandises interdites à (34). La décision est entrée en vigueur le (10) mai, et le regret est qu’après (4) jours seulement du début de l’application de la décision, non seulement elle n’a pas atteint de résultats positifs — ce qui est en soi un échec —, mais elle a engendré de nombreux résultats négatifs tels que la contrebande, l’entrée de marchandises non conformes aux spécifications, l’entrée de certains produits prohibés, et le Trésor public a perdu des recettes douanières considérables sur ces marchandises.

L’objectif de la décision d’interdiction était de contenir le taux de change de la monnaie nationale, mais l’inverse s’est produit : le dollar était aux alentours de (5) mille livres, alors qu’aujourd’hui, malgré tous les comités et toutes les mesures, il est monté à (6.850) livres soudanaises… Il est également connu que la décision d’interdiction n’a pas pris en considération le fait que la guerre a détruit 80 % des usines qui produisaient ces marchandises prohibées sous prétexte qu’il s’agissait de produits de luxe, alors qu’elles ne le sont pas du tout et que certaines sont nécessaires aux enfants avant les adultes. Cela a entraîné la hausse de leur prix sur le marché parce que l’industrie locale ne couvre que le besoin réel, ce qui a constitué un fardeau supplémentaire pour le citoyen qui se retrouve, malheureusement, au bas de la liste des préoccupations du gouvernement.

Selon mon appréciation — et ce sera certainement l’avis de beaucoup d’autres —, la gestion de l’économie ne se fait pas par la multiplicité des comités et la fréquence de leurs réunions, et le traitement des problèmes économiques ne se réalise pas par des décisions non étudiées s’il n’y a pas un travail effectif sur le terrain. Les décisions administratives, les mesures de contrôle et les sanctions viennent en appui à un travail tangible dans le domaine économique et le complètent, mais elles ne s’y substituent absolument pas.

Ce qui est requis, c’est le soutien aux intrants de l’industrie, de l’agriculture et du commerce en les exonérant de toutes les taxes, du moins dans la phase actuelle, afin que les industries locales puissent rivaliser avec les marchandises importées.

Le soutien à la production locale sous toutes ses formes est le seul garant pour combler le déficit budgétaire, fournir les devises étrangères, faire baisser le taux de change et diminuer les prix.

Quant à la formation des comités, la multiplicité de leurs présidences, la répétition de leurs réunions, la multiplication de leurs décisions, les mesures administratives de contrôle et même les sanctions, elles restent toutes, malgré leur importance, des sédatifs temporaires dont l’effet prend fin — si tant est qu’ils aient eu un effet — à l’expiration de leur durée de validité, comme nous le raconte la réalité de l’économie actuelle.

Mais elles n’ont pas traité et ne traiteront pas la détérioration économique que vit le pays aujourd’hui. Pouvons-nous espérer une révision de tout ce que fait le gouvernement actuellement, une révision et une évaluation, et non un recul ?