
Derrière le veto
Dr. Abdel Nassir Salam Hamed
Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Avant que le dossier du Soudan n’arrive sur la table de vote du Conseil de sécurité ce mois-ci, une autre bataille aura eu lieu loin des caméras : autour de la rédaction de la résolution, des limites de l’embargo sur les armes, des drones, des capacités du groupe d’experts, et le plus important, autour des voix qui peuvent être rassemblées avant que le veto ne devienne l’information principale.
Le 12 septembre prend fin le régime de sanctions actuel propre au Soudan, et à New York, les États-Unis poussent vers ce qui va au-delà du renouvellement traditionnel. La proposition américaine repose sur quatre éléments : l’extension de l’embargo sur les armes actuellement imposé au Darfour à l’ensemble du Soudan, la confirmation que les drones, leurs systèmes et les technologies associées entrent dans le champ de l’embargo, l’augmentation du nombre d’experts soutenant le comité des sanctions, et le renforcement de leur coopération avec les groupes d’experts qui surveillent d’autres régimes de sanctions dans la région.
Sur le papier, cela ressemble à des amendements à un régime de sanctions existant, mais leur lecture sous l’angle de la guerre mène à quelque chose de plus grand : une tentative d’atteindre le réseau qui rend la poursuite des combats possible, et non pas seulement les armes présentes sur le terrain.
Car les guerres longues ne se poursuivent pas parce que les parties possèdent un stock inépuisable d’armes, mais parce qu’il y a derrière elles une capacité d’en acheter davantage, de les transporter, de les financer, de les entretenir et de remplacer ce qui en est perdu. Et plus ce réseau est rapide à compenser, moins les pertes militaires sont capables de pousser la guerre vers sa fin.
C’est ce qui place les drones au cœur du débat actuel, lors de son briefing devant le Conseil de sécurité le 24 août, la sous-secrétaire générale aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Rosemary Dicarlo, a déclaré qu’environ 13 millions de personnes ont été contraintes de quitter leurs foyers, dont environ 8,7 millions de déplacés internes au Soudan. Et au cours des six premiers mois de cette année, l’ONU a documenté environ 1 400 décès de civils, dont environ 1100 étaient le résultat d’attaques par des drones.
Le drone n’est donc plus une simple arme supplémentaire dans la guerre du Soudan. Il a changé la géographie militaire elle-même, la distance entre le front et la cible est devenue moins importante, et les installations et les villes situées loin des lignes de combat ne jouissent plus du même degré de protection qu’offrait l’éloignement géographique. Mais l’outil que les gens voient dans le ciel n’est que le dernier maillon d’une histoire qui a commencé bien avant cela.
Avant le veto : derrière chaque drone se trouve une chaîne complète : composants électroniques, moteurs, systèmes de navigation et de communication, logiciels, pièces de rechange, financement, intermédiaires, compagnies de transport et routes de transit. Et si la focalisation est mise uniquement sur l’arme après son arrivée au Soudan, l’action internationale aura alors commencé par la fin de l’histoire.
Le vrai problème est la capacité de réapprovisionnement. Si dix appareils sont perdus et qu’il est possible d’en acheter dix autres, si une route est fermée et qu’une route alternative apparaît, si un intermédiaire est sanctionné et qu’un autre le remplace, la guerre peut continuer même sous un régime de sanctions qui semble strict sur le papier.
De là, on peut comprendre la démarche américaine comme une tentative de cibler le cycle de production de la guerre lui-même : l’argent permet d’acheter, l’achat nécessite le transport, le transport nécessite des intermédiaires et des routes, et l’utilisation crée un nouveau besoin de compensation, puis le cycle recommence. En ce sens, la bataille pour le ciel soudanais peut commencer au sol, avant même que le drone ne décolle.
Cela explique l’intérêt porté au groupe d’experts relevant du comité des sanctions, son importance ne réside pas dans l’arrêt d’une cargaison à la frontière, car ce n’est pas sa fonction, mais dans l’aide apportée au Conseil pour tracer la carte qui n’apparaît pas sur le champ de bataille : d’où sont venues les armes ? Comment se sont-elles déplacées ? Qui les a financées ? Et quels sont les entreprises, les intermédiaires et les itinéraires qui ont été utilisés ?
La tâche n’est pas facile, les réseaux d’approvisionnement s’adaptent rapidement, certains composants de drones sont à double usage, et les entreprises, les intermédiaires ainsi que les routes de transport sont susceptibles de changer. C’est pourquoi le véritable test pour toute nouvelle mesure ne sera pas le nombre d’articles que contient la résolution, mais plutôt si le réapprovisionnement devient après elle plus lent, plus coûteux et plus risqué.
Et c’est sur ce point qu’apparaît l’importance de ce qui se passe dans les couloirs du Conseil avant la séance de vote, le rapport final du groupe d’experts est arrivé aux membres du Conseil de sécurité le 13 juillet. Le comité des sanctions devait le discuter, mais parvenir à la réunion elle-même n’a pas été fluide.
Le Bahreïn a demandé plus de temps pour obtenir des clarifications supplémentaires de la part du groupe, et le Liberia a soutenu la demande d’ajournement ; après plusieurs reportements, la réunion s’est tenue le 20 août. En revanche, le Danemark, la France, le Panama, la Somalie, le Royaume-Uni et les États-Unis ont soutenu la tenue de la réunion pour discuter du rapport final.
Ces détails peuvent sembler petits par rapport à l’ampleur de la guerre, mais ils en disent long sur la manière dont sont élaborées les résolutions du Conseil de sécurité. Le désaccord ne commence pas lors du vote sur les sanctions, mais avant cela, lorsqu’on s’interroge sur les preuves qui les justifieront, sur la manière dont les informations sont lues, et sur les conclusions qui peuvent se transformer ultérieurement en un langage au sein d’un projet de résolution.