
Le Sommet d’El-Alamein et la sécurité de la Corne de l’Afrique face aux témérités éthiopiennes
Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Il ne fait l’ombre d’un doute que ce sommet est, selon mon appréciation, un sommet exceptionnel, dans la mesure où il réunit les dirigeants de quatre pays : l’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie, dans un contexte géostratégique extrêmement critique dans la région de la Corne de l’Afrique. Cela se déroule sur fond d’aggravation des crises internes en Éthiopie et d’accusations portées par cette dernière contre l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée concernant un soi-disant soutien à la rébellion interne.
En réalité, ce sommet revêt plusieurs dimensions qui doivent, à mon sens, être prises en considération :
La première dimension : Il s’agit de la dimension liée à la sécurité de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique. Nous constatons que cette question est d’une importance capitale, car l’Éthiopie est un État enclavé qui cherche à se frayer un accès maritime sur la côte de la mer Rouge. Cependant, il semble que les dirigeants éthiopiens aient choisi la mauvaise voie pour aller dans cette direction ; au lieu de s’entendre sur la création d’un couloir garantissant leur développement économique, ils se sont empressés de se livrer à des agressions et d’émettre des accusations à l’encontre des États riverains de la mer Rouge. On décèle ici un danger pour l’ensemble de ces États riverains, car une présence éthiopienne directe sur le littoral de la mer Rouge implique nécessairement une présence israélienne.
Or, une présence israélienne, au sens d’une présence militaire ou diplomatique manifeste dans la région de la Corne de l’Afrique et de la mer Rouge, menace très lourdement tous les États riverains de la mer Rouge, en particulier le Royaume d’Arabie saoudite, l’Égypte et le Soudan.
Par conséquent, c’est là la première dimension sous laquelle nous devons analyser la situation.
La seconde dimension : C’est une dimension non moins dangereuse que la première, à savoir la situation interne éthiopienne extrêmement explosive, qui cherche à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien. Et ce, pour plusieurs raisons d’ordre interne en premier lieu. Toutefois, le point essentiel en la matière est que cette rébellion est une rébellion interne que l’administration d’Abiy Ahmed cherche par tous les moyens à placer dans des cadres régionaux et internationaux, afin de façonner une sorte de récit vers lequel s’oriente cette administration.
Nous constatons ainsi que toutes les déclarations émanant du gouvernement éthiopien ces jours-ci indiquent que le Soudan soutient les rebelles tigréens, tout comme l’Érythrée. Concernant l’Érythrée, une forme d’escalade diplomatique a eu lieu, de même qu’à l’égard de l’Égypte. Nous notons les déclarations successives du ministre éthiopien de l’Irrigation au sujet du barrage de la Renaissance et la tentative d’y impliquer l’Égypte, ainsi que le communiqué émis par l’Union africaine affirmant que l’Égypte joue un rôle dans ce conflit. Il ne fait aucun doute que l’administration éthiopienne a œuvré pour que tous ces rapports paraissent sous cette forme afin d’entraîner ces pays dans la violence.
C’est pourquoi nous constatons que le sommet qui se tient demain dans la ville d’El-Alamein, en République arabe d’Égypte, revêt une importance capitale pour la concertation ; car l’agression éthiopienne est désormais commune. L’Éthiopie, au lieu de résoudre ses problèmes par les voies diplomatiques, a cherché l’escalade diplomatique en expulsant des diplomates égyptiens, en rompant ses relations avec l’Érythrée, et en adressant des accusations au Soudan, à l’Égypte et à l’Érythrée.
Ainsi, cette rencontre sera différente des précédentes en raison des dilemmes majeurs qui entourent la région du fait de la guerre éthiopienne. Si les causes internes de cette guerre ne sont pas traitées et si le gouvernement éthiopien ne reconnaît pas que ces conflits sont des conflits internes, cette situation s’étendra indubitablement et aura des répercussions sur l’ensemble des pays de la région, ainsi que sur la sécurité de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique.
Il convient également de prendre en compte les déclarations de M. le Président somalien, selon lesquelles la Somalie ne voit pas d’inconvénient à ce que l’Éthiopie emprunte des corridors à travers le territoire somalien vers la mer Rouge. On constate à cet égard que le Président somalien a peut-être tenté, à travers ces déclarations, d’apporter une solution au problème principal. Mais le problème découle, selon moi, des divergences internes éthiopiennes au sein du statut fondamental, de la constitution éthiopienne, etc. Tout cela a conduit à un conflit, et Abiy Ahmed tente d’internationaliser ce conflit interne et de lui donner des couleurs internationales et régionales en se posant comme une Éthiopie ciblée.
En conséquence, nous constatons que ce sommet revêt des dimensions géopolitiques considérables qui, je le pense, conduiront naturellement à la prise de nouvelles décisions susceptibles de mettre fin à l’état de chaos vers lequel est entraînée la Corne de l’Afrique. Cet état de chaos a débuté au Soudan par la rébellion des Forces de soutien rapide, ainsi que par la reconnaissance du Somaliland par Israël afin d’établir une présence israélienne dans la région de la Corne de l’Afrique. On note également les attaques houthistes sur Bab el-Mandeb et les migrations très massives de Yéménites vers Djibouti.
Toutes ces approches doivent donc être prises en considération, étant donné que tout déséquilibre démographique ou géopolitique dans la région de la Corne de l’Afrique est de nature à affecter la sécurité de tous ces États riverains de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique.
À présent, les attaques houthistes sur Bab el-Mandeb affectent très lourdement l’économie égyptienne ; car la perturbation de la navigation en mer Rouge nuit incontestablement à la situation économique égyptienne à travers le canal de Suez. Cela est également lié à la sécurité du Royaume d’Arabie saoudite. De même, nous constatons que le Soudan, avec les vastes étendues qu’il englobe (853 kilomètres sur la côte de la mer Rouge), doit voir ses côtes très bien sécurisées par crainte d’éventuelles attaques que l’administration éthiopienne pourrait mener pour créer la confusion et militariser la mer Rouge.
En effet, l’Éthiopie (bras fonctionnel des puissances impérialistes mondiales dans la région de la Corne de l’Afrique) cherche, à travers le soutien de l’État des Émirats arabes unis, à imposer une nouvelle réalité géopolitique dans la région de la Corne de l’Afrique et dans la région de la mer Rouge en général. C’est pourquoi ce sommet doit accoucher de résultats réels face à cette ambition éthiopienne, laquelle pourrait être naturelle en ce qui concerne la création d’un accès maritime en raison du rôle économique qu’il joue, mais non de la manière adoptée par l’administration éthiopienne dans cette affaire.
Aujourd’hui, en raison de ses politiques erronées, l’Éthiopie s’achemine très largement vers l’isolement et vers la création de problèmes majeurs avec tous ses voisins, ce qui constitue l’une des très grandes erreurs stratégico-politiques qui aura des conséquences ultérieures. Il est vrai que la situation interne en Éthiopie est marquée par l’union de ces sept groupes pour renverser le régime d’Abiy Ahmed sachant que ces groupes souffrent de divergences internes très importantes entre eux et ne sont pas d’accord, mais ils se sont unis aujourd’hui autour d’un seul objectif. Il est certain qu’après la réalisation de cet objectif, ces groupes reviendront à leurs problèmes internes, ce qui implique nécessairement d’inscrire tous ces scénarios à l’ordre du jour du sommet d’El-Alamein, car le chaos armé en Éthiopie, combiné à sa forte population, constituera une crise humanitaire pour tous les pays de la région.
C’est pourquoi nous constatons que le problème principal en Éthiopie est un problème interne, mais l’administration d’Abiy Ahmed cherche à l’internationaliser et à lui donner des formules et des aspects régionaux concernant un prétendu soutien de l’Égypte, du Soudan et de l’Érythrée à ces groupes armés. Or, c’est l’Éthiopie qui a pris l’initiative de créer des problèmes avec tous ces pays : avec l’Érythrée en hébergeant l’opposition érythréenne en Éthiopie ; avec le Soudan en soutenant la rébellion de la milice des Forces de soutien rapide, ainsi qu’en ouvrant les territoires et les camps éthiopiens et en fournissant aux Forces de soutien rapide des combattants et du matériel militaire éthiopiens ; et avec l’Égypte concernant le barrage de la Renaissance, en tentant de sortir le sujet du barrage de son axe principal et naturel de résolution à savoir la gestion conjointe du barrage et en créant des crises à travers les déclarations du ministre éthiopien de l’Irrigation ces derniers jours.