
La pensée stratégique dans l’approche soudanaise à Moscou
Professeur Hashem Badri
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Ce qu’Al-Burhan a présenté à Moscou n’est ni une vente ni un troc (une base contre du blé). C’est un passage de la logique de la base militaire à la logique de la base économique, et cela est plus dangereux et plus intelligent que ce que prévoient les stratégistes. *Pourquoi la zone franche est-elle plus grande que la base militaire ?… Que signifie la zone franche proposée par Al-Burhan ?… Selon ce qu’ont rapporté l’agence TASS et l’agence de presse russe Sputnik, Al-Burhan a proposé à Putin : la création d’une zone économique franche sur la côte de la mer Rouge que la Russie peut utiliser pour établir des entrepôts de stockage de carburant et de blé, sachant que nous avons une forte demande pour ces deux produits au Soudan et dans toute l’Afrique, et nous disposons d’un chemin de fer de Port-Soudan au Tchad qui peut être transformé en chaînes d’approvisionnement auxquelles la Russie participe… C’est-à-dire : le Soudan donne à la Russie un terrain exonéré de douanes et d’impôts à Port-Soudan – Suakin, la Russie y construit des silos à blé et des entrepôts de carburant géants, et de là, elle distribue au Soudan et à toute l’Afrique, en échange de carrés d’or et de cuivre prêts à l’exploitation. *Est-ce en échange de la base navale ? Non. Et c’est là toute l’intelligence du « prêtre ». La base navale russe qui était proposée depuis l’époque d’Al-Bashir était : 300 soldats seulement – 4 navires de guerre seulement, dont des navires nucléaires, pour une période de 25 ans renouvelable 10 ans, dont la fonction était uniquement un soutien logistique… Cette base, si elle avait eu lieu, aurait été une catastrophe stratégique. 1- Pourquoi la base est-elle une menace pour la sécurité du Soudan ? : 12 % du commerce mondial passe par la mer Rouge via Bab el-Mandeb et le canal de Suez… L’Amérique a une base à Djibouti, la France, la Chine, le Japon, ils sont tous à Djibouti… L’existence d’une base russe déclarée à Port-Soudan signifie la transformation du Soudan en une arène de confrontation directe entre Moscou, Washington et Tel-Aviv… Le Soudan d’aujourd’hui ne supporte pas la réaction de nouvelles sanctions, de frappes ou d’un nouveau blocus maritime… La Russie elle-même a admis que le projet est (actuellement suspendu en raison de la guerre), selon son ambassadeur Andrei Chernovol. 2- Pourquoi ? Ce dont le Soudan a besoin, c’est de nourriture et d’énergie, et pas seulement d’armes ! En chiffres :
- La consommation de blé du Soudan : de 2,5 à 2,9 millions de tonnes par an.
- La production locale a chuté à seulement 410 000 tonnes en 2026, ce qui signifie que nous ne produisons que 15 % et que nous en importons plus de 80 %.
- La facture des importations de blé : 1,1 milliard de dollars en 2019, et elle atteindra 1,58 milliard de dollars avec le fret et l’assurance pour combler le déficit actuel.
- Le carburant : nous raffinions 70 % localement, aujourd’hui 80 à 90 % est importé. En neuf mois de 2025, nous avons importé pour 975 millions de dollars de carburant, soit une moyenne de 1,3 milliard par an, et cela engloutit la totalité des revenus officiels de l’or (1,5 milliard).
- Le nombre de personnes affamées : environ 19,5 millions de Soudanais souffrent d’une insécurité alimentaire aiguë. *3- La grande idée stratégique que les analystes n’ont pas comprise… L’alternative au détroit d’Ormuz et à Bab el-Mandeb… C’est le coup de grâce… Le monde d’aujourd’hui est terrifié par la fermeture du détroit d’Ormuz (Iran) et de Bab el-Mandeb (les Houthis)… La Russie veut une route sûre pour exporter son blé et son carburant vers l’Afrique, qui est un marché de 1,4 milliard d’habitants. *Qu’a proposé Al-Burhan ?… Une ligne de chemin de fer Port-Soudan – Tchad (1300 km) s’étendant au Niger, au Mali et à la République centrafricaine… Une zone franche où la Russie stocke le blé et le carburant… De Port-Soudan par train jusqu’au cœur de l’Afrique, sans passer par Bab el-Mandeb ou Ormuz. Cela signifie que le Soudan se transforme d’un État marginal en un centre logistique mondial, la porte d’entrée de la Russie et de l’Afrique. Ainsi, le commerce russo-soudanais doublera par rapport à 2025 et augmentera de 25 % en 2027, et leur objectif est que le Soudan figure parmi les 10 premiers partenaires de la Russie en Afrique. *4 – Ouvrir la porte à l’investissement réel et non à la contrebande : le Soudan possède la troisième plus grande réserve d’or en Afrique, il en produit officiellement 100 tonnes, et ce qui est caché est encore plus grand… Al-Burhan a déclaré : nous avons des carrés prêts pour l’or et le cuivre que nous remettrons à la Russie… Le cuivre est le métal du futur pour les voitures électriques ; au lieu qu’il soit pris par Wagner en contrebande, il est pris par des entreprises russes officielles par le biais de contrats via le ministère des Minéraux. *En résumé : le coup de maître La base militaire vous donne 300 Russes et vous attire 3 000 sanctions américaines… La zone franche vous donne la sécurité alimentaire (2,5 millions de tonnes de blé sécurisées), la sécurité énergétique (1,3 milliard de dollars de carburant sécurisé en rouble et non en dollar)… Une infrastructure (chemin de fer Port-Soudan – Tchad financé par la Russie)… La souveraineté : un accord économique qui ne provoque personne, ouvert sur la Chine, la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite. *C’est pourquoi Al-Burhan a dit à Poutine : nous voulons élargir la coopération sur des bases acceptables pour les deux parties, et il n’a pas dit que nous voulions une base… Il ne s’agit pas d’un troc de blé contre une base… Il s’agit du remplacement de la logique de la base par la logique du corridor mondial. Dieu est le plus grand, et la victoire est proche.