
La Classification… et ses objectifs réels à l’intérieur du Soudan (1)
À mon avis
Par : Adel Al-Baz
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
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Lorsque j’ai lu la décision de classification, il m’a semblé évident qu’il était nécessaire de chercher ce qui se cache derrière. En politique, les grandes décisions sont rarement de simples mesures juridiques ou procédurales ; derrière chaque décision se cachent des couches de calculs politiques, d’intérêts et de conflits. La décision de classifier le “Mouvement Islamique” ne déroge pas à cette règle. Il était connu et déclaré que les Émirats arabes unis et les groupes de l’axe « Somoud » (Fermeté), avec leurs agendas identifiés, travaillaient depuis des mois, voire des années, pour pousser l’Amérique à prendre cette décision. Comme l’a souligné Cameron Hudson, le lobby émirato-sioniste a réussi à inciter les États-Unis à franchir ce pas.
Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi avec une telle rapidité ? Et quel est l’objectif final ?
Pour répondre à cela et comprendre les dessous de la décision, lisons attentivement les sanctions habituellement imposées suite à la classification de toute entité comme organisation terroriste :
Le gel de tous les avoirs situés aux États-Unis ou transitant par le système financier américain.
L’interdiction de toute transaction financière ou commerciale entre les citoyens ou entreprises américains et l’entité inscrite. Le blocage de l’accès au système bancaire international dans une large mesure, car la plupart des transferts s’effectuent en dollars ou via des banques liées au système américain.
La criminalisation de tout soutien matériel ou financier à l’organisation. La possibilité de ne poursuivre toute personne ou institution lui fournissant un soutien, même en dehors des États-Unis. La restriction des voyages et des visas pour toute personne liée à l’organisation.
Il ne fait aucun doute que l’Amérique, et ceux qui l’ont poussée à prendre cette décision, savent pertinemment que le Mouvement Islamique soudanais ne possède pas de fonds aux États-Unis ou à l’étranger transitant par le système bancaire mondial. De plus, il n’entretient aucune relation commerciale avec une entité ou un citoyen américain, et aucune partie n’annonce officiellement son soutien. En d’autres termes, toutes les sanctions découlant de cette décision sont, à l’origine, sans effet pratique, ce qui suggère que cette décision semble — en apparence — être un pur non-sens.
Pourtant, la vérité est que cette décision porte d’autres objectifs bien plus dangereux pour le Soudan que pour le Mouvement Islamique lui-même, et elle pourrait avoir des répercussions majeures si son concept réussit et que ses objectifs se réalisent.
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Le message le plus important de cette décision est adressé au gouvernement soudanais, ou à l’État lui-même, pour le placer sous pression américaine. Comment ? Et pourquoi ?
Parce que l’Amérique et les parties qui ont œuvré pour cette classification visent à provoquer une sédition au sein du camp de l’armée, ou camp de la « Dignité » (Al-Karama). Cibler spécifiquement le bataillon « Al-Baraa » n’est pas une coïncidence. Le message envoyé à l’armée est qu’elle doit se distancier des groupes islamiques opérant sous ses ordres… ce qui signifie retiré du champ de bataille des milliers de combattants aguerris.
Suite à cette classification, des groupes combattants de « Justice et Égalité » pourraient également être écartés car, selon la vision émiratie, il s’agit d’un groupe islamique. Ainsi, l’armée se retrouverait contrainte d’affaiblir son propre camp, si les choses ne tournent pas carrément à la confrontation entre ces groupes et l’armée elle-même.
L’objectif ici n’est pas le Mouvement Islamique en soi, mais le démantèlement de l’environnement militaire et social qui combat aux côtés de l’armée. Il s’agit de faire pression sur l’armée pour vider son camp de ses forces de soutien et la priver de l’appui de milliers de jeunes qui combattent avec elle, à un moment où le recrutement et la préparation de substituts sont difficiles, alors que ses adversaires mobilisent des milliers d’hommes de l’intérieur et de l’extérieur du Soudan.
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Si cela se produit, le premier objectif aura été atteint : démanteler le camp de l’armée pour l’affaiblir et l’isoler. Lorsqu’une armée est forcée de mener sa bataille seule, privée de ses alliés naturels, le rapport de force sur le terrain bascule progressivement en faveur de ses adversaires. Par la suite, l’armée est poussée à affronter des forces politiques et sociales non négligeables qui la soutenaient. En résumé, ce qui est recherché est une armée faible, sans base populaire, afin qu’elle devienne plus encline à accepter l’agenda préparé à l’avance.
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Maintenant, si l’armée répond favorablement et s’aligne sur la décision de classification, le démantèlement ne s’arrêtera pas là. L’armée elle-même est décrite par les forces derrière cette décision comme étant une « armée de Kezan » (islamistes) ou « l’armée du Mouvement Islamique ». Par conséquent, la deuxième étape requise sera le retour au plan de démantèlement de l’institution militaire elle-même.
C’est l’un des non-dits de cette classification. Si l’armée accepte la décision et démobilise les forces de soutien, il lui sera demandé plus tard de démanteler l’institution militaire sous des prétextes tels que la « restructuration » et la « réforme ». La même idée s’applique aux services de renseignement et aux autres appareils de l’État.
Tout cela vise finalement à faire pression sur l’armée et à vider son camp pour mettre en œuvre l’agenda de l’envoyé américain, Mossad Boulos, qui n’a pas manqué de réitérer avec insistance, immédiatement après l’annonce de la classification : « Il est temps d’arrêter la guerre et de conclure un accord de trêve ».
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Par conséquent, la décision n’est pas, dans son essence, un outil juridique autant qu’un instrument politique pour remodeler l’équilibre des forces au Soudan. L’enjeu actuel n’est pas la classification du Mouvement Islamique, quelle qu’elle soit. La vraie question n’est pas : pourquoi le Mouvement Islamique a-t-il été classifié ? Mais plutôt : que cherche-t-on à faire au sein du Soudan, et spécifiquement au sein du camp de l’armée, à travers cette classification ? C’est là que commence la véritable histoire… et non dans le texte de la décision.
Le véritable enjeu n’est pas la décision elle-même, mais la manière dont l’État va la gérer, et si elle modifiera l’équilibre des forces au sein du camp de l’armée. C’est ce que les jours à venir révéleront. Et si tels sont certains des objectifs que la décision cherche à atteindre, il existe également d’autres visées politiques ciblées par cette décision.
À suivre.