
Notre histoire politique entre passé et présent
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Dimension et distance…
Par : Mustafa Abou el-Azaem
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Je m’intéresse — à l’instar d’un grand nombre de professionnels de la presse, des médias et de la politique, cela va sans dire — à l’étude de l’histoire, et plus particulièrement à l’histoire ancienne et contemporaine du Soudan. C’est pourquoi j’ai un penchant marqué pour le suivi des débats liés à notre histoire politique contemporaine, qu’il s’agisse d’entretiens radiophoniques, télévisés, d’articles de presse, de magazines ou de publications sur les supports modernes.
Tout le monde est aujourd’hui absorbé par de multiples préoccupations, et certains sont peut-être passés rapidement sur une enquête journalistique de notre confrère, Monsieur Adel Al-Shouya, publiée il y a des années dans les anciennes éditions du prestigieux journal Al-Rai Al-Aam. L’article arborait des titres attrayants, menés par « À l’ombre de la politique », suivis d’autres titres de la même veine : « Le commandant Farouk Hamadallah… une biographie qui n’a pas vu le jour… Avant le décollage de l’avion britannique, il a recommandé de prendre soin de Bothaina Khalil… Il fut le premier à proposer Nimeiry pour diriger le coup d’État de Mai… Puis il a permis à Al-Azhari d’assister aux obsèques de son frère et l’a raccompagné dans sa propre voiture »… et ainsi de suite.
L’auteur de cette enquête journalistique a fourni un effort colossal qui mérite d’être salué et loué. Cependant, notre réserve réside dans le fait qu’il a présenté un aspect exclusivement radieux et lumineux de la vie du regretté commandant Farouk Othman Hamadallah. C’est un aspect que nous ne contestons pas, car l’homme était un patriote à sa manière — une manière qui ne fait pas nécessairement l’unanimité. Il est classé à la gauche soudanaise, et plus précisément parmi les nationalistes arabes, bien que personne n’ait prouvé son appartenance au Parti communiste soudanais, lequel s’est retourné contre le régime du président Nimeiry le 19 juillet 1971, après que Hamadallah en eut été l’un des piliers en tant que membre du Conseil de commandement de la révolution du « mouvement correctif » à cette date.
Nous avons toujours tendance à embellir l’image de nos défunts, y compris ceux qui ont choisi la politique et l’action publique comme terrains pour leurs diverses activités. Ils ne sont pourtant ni des prophètes ni des messagers exempts d’erreurs, d’oublis ou d’emportements. Par une étrange coïncidence, je lisais ces jours-là le livre du regretté professeur Azzedine Al-Sayed, Mon expérience en politique, dont il m’avait offert un exemplaire lors de sa parution. Il m’avait ensuite demandé, en présence et sous le témoignage de notre honorable frère, le docteur Mustafa Othman Ismaïl, de consigner son expérience au sein du Conseil de l’amitié populaire internationale, ainsi que celle de son compagnon de route, le docteur Mustafa Othman. Il avait alors ordonné à certains fonctionnaires du Conseil de me fournir les informations, archives et documents nécessaires. Malheureusement, la mentalité de certains employés, prisonnière des carcans administratifs et des règlements de bureau, ne m’a pas permis d’obtenir ce que je voulais, et ce que souhaitaient ces deux hommes, le regretté Azzedine Al-Sayed et le docteur Mustafa Othman Ismaïl.
Le livre de Monsieur Azzedine — que Dieu lui fasse miséricorde — contient des informations graves. Il y impute au commandant Farouk Othman Hamadallah — que Dieu lui fasse miséricorde — la responsabilité de l’échec d’une réconciliation politique qui était pourtant probable et imminente entre le président Gaafar Mohammed Nimeiry et l’Imam Al-Hadi Al-Mahdi — que Dieu leur fasse miséricorde. Cela faisait suite à la formation d’un front d’opposition au régime de Mai à « Aba Island » (l’île d’Aba), qui regroupait les dirigeants des Ansar, plusieurs leaders du Front de la charte islamique, auxquels s’étaient joints un certain nombre de dirigeants du Parti national unioniste sous la conduite de Sharif Hussein Al-Hindi, considérant qu’ils s’opposaient à un régime militaire alors dominé par les communistes et les nationalistes arabes.
Le regretté Azzedine Al-Sayed raconte qu’il avait tenté d’empêcher la confrontation entre le régime et l’opposition afin d’éviter une effusion de sang de part d’autre. Accompagné d’un groupe de dignitaires, dont notre maître à tous, le célèbre journaliste Bashir Mohammed Saïd — que la miséricorde de Dieu soit sur lui —, il s’était entretenu avec certains représentants des Ansar et les avait réunis chez Monsieur Bashir avec d’autres figures pour mener une médiation entre eux et le régime. L’objectif était d’organiser une rencontre entre eux, le président Nimeiry et ses adjoints, afin d’aboutir à une réconciliation.
Monsieur Azzedine Al-Sayed poursuit son récit de ces événements en expliquant qu’il avait laissé tout le monde chez Monsieur Bashir Mohammed Saïd pour partir à la recherche du président Nimeiry. Ce dernier devait quitter Khartoum à bord d’un bateau fluvial à destination de l’île d’Aba. Afin d’éviter l’affrontement — dit le regretté Azzedine Al-Sayed —, je voulais l’informer du rassemblement des Ansar et lui demander de venir les rencontrer et de leur parler, en guise de prélude à une rencontre entre lui et l’Imam Al-Hadi Al-Mahdi, dans le cadre d’une médiation pour l’unification des rangs.
Monsieur Azzedine Al-Sayed ajoute que, dans sa recherche du président Nimeiry, il s’est rendu au bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque, le commandant Farouk Hamadallah, et l’a informé de l’objectif de cette entrevue avec le président Nimeiry. Ce dernier lui a alors demandé de rentrer l’attendre chez lui, affirmant qu’il irait chercher le président Nimeiry pour l’amener à son domicile, d’où ils se rendraient ensuite chez le professeur Bashir Mohammed Saïd, où attendaient les cheikhs des Ansar et des citoyens soucieux de l’intérêt du pays.
Le regretté Azzedine Al-Sayed confie qu’il avait cru aux paroles du commandant Farouk en raison d’une relation ancienne qui les liait. En effet, il l’avait nommé à un moment donné à la tête du département de l’assurance-vie au sein de la Compagnie soudanaise d’assurance, poste qu’il devait occuper à compter du 1er juillet 1969, à la demande du colonel Gaafar Nimeiry, après que le commandant Farouk eut été limogé de l’armée. Monsieur Azzedine avait créé ce département spécial pour l’assurance-vie ; mais avant que Hamadallah ne prenne ses fonctions au début de l’année fiscale de la compagnie en juillet, le coup d’État a eu lieu, et il est devenu membre du Conseil de commandement de la révolution.
Monsieur Azzedine déclare : « C’est pourquoi j’avais avec cet homme un lien que je pensais qu’il estimait. Pourtant, il s’est avéré par la suite qu’il en était autrement, car il m’a laissé attendre sans jamais revenir. Il a modifié le programme du voyage du président Nimeiry et a avancé l’heure du départ du bateau vers Jebel Awlia. »
En résumé, la rencontre n’a pas eu lieu et le commandant Hamadallah n’est jamais revenu vers ceux qui l’attendaient. Les affrontements ont éclaté par la suite, le sang a coulé, et « Aba » s’est transformée en une île au milieu d’un marécage de sang.
Que Dieu fasse miséricorde à l’Imam Al-Hadi Abdel Rahman Al-Mahdi, aux martyrs de Wad Nubawi, aux martyrs de l’île d’Aba, au commandant Farouk Othman Hamadallah, à l’ancien président, le maréchal Gaafar Nimeiry, à Azzedine Al-Sayed, ainsi qu’à tous ceux qui ont dirigé les mouvements de cette période. Qu’Il leur pardonne à tous et les accueille dans Son vaste paradis, parmi les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux, et quels compagnons agréables que ceux-là.