
Al-Aisir se tire une balle dans le pied
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Point de vue
Dr. Hassan Mohamed Salih
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Dans la soirée du samedi 23 mai courant, la chaîne Al Jazeera Mubasher a accueilli le ministre soudanais de l’Information, Khalid Al-Aisir, pour un entretien mené par le présentateur de la chaîne, Ahmed Taha. Cet entretien s’est avéré préjudiciable à Al-Aisir, qui a attaqué les journalistes soutenant les Forces armées et a multiplié les accusations à leur encontre, affirmant qu’ils touchaient de l’argent en contrepartie de leur défense des Forces armées, et qu’ils se rendaient à Port-Soudan afin de percevoir des dollars en échange de leur soutien à l’armée. Il a également qualifié — sans la nommer — l’une des journalistes soutenant l’armée de « pleureuse à gages ». Al-Aisir a en outre menacé les journalistes qui l’attaquent, lui et le gouvernement du Dr. Kamel Idris — nommé « gouvernement de l’espoir » —, en promettant de leur infliger un châtiment sévère après qu’il aura quitté ses fonctions exécutives.
Al-Aisir a affirmé que les ministres du gouvernement de Kamel Idris avaient abandonné leurs entreprises en Europe pour répondre à l’appel de la patrie et soutenir les Forces armées.
Monsieur le ministre Al-Aisir, vous n’avez pas conscience de certaines réalités, et c’est précisément ce manque de discernement qui vous a causé du tort… Vous auriez dû réaliser que lorsque le président du Conseil souverain et commandant général des Forces armées, le général d’armée Abdel Fattah Al-Burhan, a pris la décision de vous confier le portefeuille de l’Information au Soudan, c’était un honneur fait à l’ensemble des journalistes et des professionnels des médias à travers votre personne, et non pas parce que vous êtes un avion de chasse Sukhoï ou même l’une de ces motos que les soldats utilisent dans les opérations de combat contre les Janjawid.
Demandez-vous pourquoi vous avez tenu de tels propos, dans l’intérêt de qui, à ce moment précis, et sur un média étranger à large diffusion, même si vous vous adressiez à son présentateur en l’appelant « frère Ahmed » sans « Taha »… Avez-vous oublié le grand soutien et la solidarité que vous ont témoignés les journalistes — dont je fais partie — au point que vous leur aviez exprimé vos remerciements ? Pensiez-vous que le soutien d’un journaliste à un responsable était un chèque en blanc et un appui inconditionnel, qu’il ait tort ou raison ? Lorsque les médias vous félicitent, vous saluent et vous soutiennent, vous les remerciez ; mais s’ils critiquent les performances ou vous accusent de négligence, d’échec ou de corruption, vous reniez tout, vous vous retournez contre eux et vous perdez tout, ce qui constitue une perte manifeste… Vous auriez dû comprendre que les différends entre la presse et les autres organes de l’État se règlent par la justice, et non par des insultes verbales, quel vilain mot que la perversité après la foi.
Vous êtes ministre de l’Information, vous devriez donc connaître le nombre de journalistes et de professionnels des médias que la milice terroriste de la famille Dagalo a assassinés à Khartoum et à El-Fasher durant cette guerre. Le président du syndicat des journalistes, Al-Sadiq Al-Rizaiqi, a mentionné dans son discours lors de la récente réunion de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) à Paris, la capitale française, des centaines de journalistes tombés en martyrs des mains de la milice, et la Fédération internationale a condamné les violations commises par la milice de la famille Dagalo à l’encontre des journalistes soudanais.
La milice a infligé tout cela aux journalistes qui soutiennent les Forces armées. Lorsqu’elle a arrêté le correspondant d’Al Jazeera Mubasher à El-Fasher, Al-Walid Ibrahim, elle a prétendu avoir trouvé dans son téléphone des messages où il qualifiait les Forces de soutien rapide de « milice ». De plus, la milice a tué le correspondant de l’agence de presse SUNA au Nord-Darfour… Or, SUNA est l’une des unités rattachées au ministère de l’Information et de la Culture… Quel argent pourrait donc compenser le meurtre, la captivité, le siège, la famine et l’expulsion des foyers ? En accusant les journalistes solidaires des Forces armées d’être des mercenaires et de toucher de l’argent, cherchez-vous à fournir un faux témoignage aux agents des Forces de la liberté et du changement (Factions pro-milice) et aux mercenaires des Émirats, pour qu’ils puissent dire « un membre de leur propre camp en témoigne » ? Ces derniers ont d’ailleurs déjà commencé à exploiter vos insultes pour jeter le doute sur la légitimité de la « Guerre de la Dignité » et sur le droit des volontaires du peuple soudanais à défendre leur terre aux côtés de l’armée de la patrie, alors que dans cette épopée, selon vos allégations, ils ne seraient que des salariés et non des partenaires.
Il y a une situation que vous devriez connaître et maîtriser en votre qualité de ministre de l’Information d’un État qui se bat pour sa survie et dont le peuple mène une bataille existentielle. Cet événement concerne notre groupe, qui fut la première équipe journalistique à traverser d’Omdurman vers Bahri le 25 octobre 2024, sous la bannière de l’Union générale des journalistes soudanais. Nous sommes arrivés ce matin-là, à la surprise générale, au pont d’Al-Gouafa et au camp militaire d’Al-Kadrou appartenant aux Forces armées. Nous nous sommes tenus sur le site même où les forces d’Al-Kadrou tendaient des embuscades à la milice, et où des camions de type « ZS » que la milice chargeait d’armes et de munitions pour ravitailler ses troupes ont été réduits à de simples châssis sous les frappes des Forces armées. Lorsque nous sommes entrés dans le camp de Hattab, nous avons renoncé aux frais de déplacement que nous portions au profit des officiers et des soldats du camp, et nous avons remis la somme, qui s’élevait à environ deux millions de livres, au commandement du camp. Nous transportions également des denrées alimentaires destinées à nos confrères journalistes résidant dans la « Cité des journalistes » au quartier Al-Hara 100 à Omdurman. Mais quand nous avons appris la pénurie de ravitaillement dont souffraient les forces de Hattab et les volontaires qui affluaient vers le camp, nous avons détourné ces vivres — que nous comptions offrir à nos confrères Al-Shukri, Youssef Abdelmanan, Salah Al-Tom Minallah et d’autres journalistes assiégés à Al-Hara 100, dont la situation se passait de commentaires — au profit du camp de Hattab. Deux femmes journalistes, parmi celles que vous qualifiez de « pleureuses à gages », ont fait un don personnel au camp de Hattab. De plus, le groupe de journalistes et de professionnels des médias a organisé une journée de soutien moral à Hattab, comprenant des chants et des discours qui ont fait vibrer l’âme des soldats et des volontaires.
Lorsque nous avons rencontré le général Yasser Al-Atta, membre du Conseil souverain, ce jour-là, il nous a dit : « Dieu soit loué pour votre sécurité, ô journalistes commandos ». Après un tel témoignage de la part de l’actuel chef d’état-major adjoint, est-il admissible que le ministre de l’Information qualifie les journalistes par des termes aussi injustes à leur égard ? Nous avons réitéré ces actions après notre entrée au Commandement général et au Corps des transmissions, et nous n’avons trouvé à nos côtés que la résistance populaire, incarnée par Dr. Abou Ahmed Gassem et ses frères. Nous n’avons pas trouvé les ministres qui se trouvaient à Port-Soudan.
Nous arrivions ce jour-là de l’État du Nil Bleu, cette région qui n’a cessé et ne cesse d’apporter son soutien aux Forces armées, et qui constituait le point de départ de toutes nos tournées auprès des divisions militaires au Soudan. Le gouverneur de l’État du Nil, Dr. Mohamed Al-Badawi Abdel-Majid, avait rendu hommage aux journalistes et professionnels des médias lors de leur plus grand rassemblement depuis le début de la guerre dans la ville d’Al-Damar. Il a également accueilli la radio et la télévision nationale et a pris en charge le versement de leurs salaires, alors que le ministère de l’Information et son ministre ne manifestaient aucun intérêt pour cette question, qui relève de la compétence des hommes d’État, et non des activistes comme Al-Aisir.