
Quand les morts sont humiliés à l’étranger… Qui sauvera la dignité des Soudanais hors de la patrie ?
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Échos de la Réalité et Pour un Avenir Prometteur
Dr. Mozamil Souleiman Hamad
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
* La tragédie ne réside pas dans la mort seule, car la mort est une vérité qui s’impose à toute âme, et un décret divin irréversible. Cependant, la véritable tragédie est que la perte humaine se transforme en un long voyage de tourments, de procédures d’une rigueur extrême et d’un épuisement psychologique et matériel, au point que la famille du défunt se retrouve engagée dans une bataille ouverte contre la douleur, le temps et la bureaucratie, alors qu’elle tient à peine debout sous le choc du traumatisme.
* Hier, j’ai téléphoné à mon cher collègue, l’ingénieur du son courtois de la Radio Soudanaise, Yahya Abdel Karim Abdallah, l’un des professionnels de la radio les plus éminents et les plus habiles à avoir travaillé dans le domaine de l’ingénierie sonore à la Radio et Télévision Soudanaise. Un homme qui a formé des générations entières, contribué à la création de programmes immortels, et est resté un modèle de fidélité, de professionnalisme et de don de soi patriotique et sincère. Je l’ai appelé après une journée éreintante qui s’est prolongée jusqu’aux premières heures de la matinée de samedi dernier, afin de prendre des nouvelles de sa santé, après que nous avons réussi à faire voyager la troisième vague de nos collègues de la Corporation Générale de la Radio et de la Télévision, ainsi que leurs familles et leurs proches au premier degré, dans le cadre du programme de retour volontaire vers notre patrie, le Soudan. Sa voix au téléphone n’était pas ordinaire ; elle était lourde de tristesse et de détresse lorsqu’il m’a annoncé le décès de sa sœur, feue Amna Abdel Karim Abdallah, rappelée à Dieu à l’âge de soixante-dix ans.
* Je me suis rendu auprès de lui, et là, j’ai vu de mes propres yeux un aspect de la tragédie que vivent les Soudanais à l’étranger lors du décès de l’un de leurs proches. La souffrance commence dès le premier instant : la recherche du linceul, la fourniture du nécessaire pour l’enterrement, la course après les papiers, les déplacements entre les différentes administrations, et la tentative d’accomplir des démarches qui devraient pourtant être menées avec un minimum de clémence et d’humanité.
* Après de grands efforts, nous avons réussi à obtenir le linceul et certains besoins essentiels, puis nous nous sommes lancés dans une course contre la montre épuisante pour extraire le certificat de décès et le permis d’inhumer. Pour être juste, un certain nombre de jeunes remarquables du centre médical (Al-Mesaha Al-Faisal) ont déployé des efforts louables et ont agi avec un noble esprit humanitaire jusqu’à ce que certaines formalités soient accomplies, ce qui constitue une attitude digne de remerciements et de reconnaissance.
* Mais ce qui est réellement douloureux, c’est que j’ai passé de nombreux appels vers les téléphones de personnalités rattachées à l’ambassade du Soudan ; certains de ces téléphones sonnaient sans réponse, et d’autres étaient complètement éteints, à un moment précis où une famille endeuillée avait cruellement besoin de quelqu’un pour la guider, la réconforter ou simplement répondre à son appel de détresse.
* C’est ici que surgit la grande question : comment l’ambassade du Soudan gère-t-elle les situations de guerre, d’exode et les souffrances immenses des Soudanais en Égypte ?
N’existe-t-il pas des cellules d’urgence fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
N’est-il pas du devoir de l’ambassade d’affecter des agents pour s’occuper des cas de décès et des urgences humanitaires ?
Le simple citoyen soudanais, que la guerre a déraciné, n’a-t-il pas le droit de trouver une institution nationale à ses côtés dans les moments de profonde détresse ?
* L’ambassade du Soudan a déménagé dans un quartier huppé, et d’importants moyens et services ont été mis à sa disposition, mais qu’en est-il du simple citoyen soudanais confronté à la mort, à l’exil, à la pauvreté et aux procédures complexes ? Pourquoi abandonne-t-on les familles à leur propre sort face à toute cette douleur ?
Des milliers de Soudanais en Égypte vivent dans des conditions exceptionnelles imposées par la guerre, et ils ont besoin d’institutions qui ressentent leur détresse, et non de portes closes et de téléphones silencieux.
* Ce qui m’a attristé encore plus, c’est que la plupart des démarches liées à la mort sont désormais conditionnées par le paiement et les taxes, même pour les choses qui sont censées être des biens de mainmorte (waqf) dédiés exclusivement à l’amour de Dieu. Dans certaines mosquées, vous trouverez peut-être quelqu’un pour vous aider à obtenir un linceul ou un cercueil, mais vous êtes finalement surpris de constater que presque tout a un coût financier, bien que ces objets aient été offerts par des bienfaiteurs pour venir en aide aux pauvres et aux affligés.
* Néanmoins, il est tout aussi juste de remercier un grand nombre de citoyens égyptiens bienveillants qui se sont tenus à nos côtés avec de nobles positions humanitaires, en particulier certains responsables de mosquées et des personnes de bien qui ont tenté d’alléger le fardeau des familles soudanaises dans ces moments de deuil. Ceux-là méritent toute notre estime et notre respect.
* Cependant, la question dépasse le cadre des initiatives individuelles ; elle nécessite une action institutionnelle organisée qui préserve la dignité des gens. Au milieu de ces moments pesants, j’ai croisé mon cher collègue, l’éminent homme de radio, acteur, producteur et réalisateur, M. Amir Abdallah, cet homme si noble. J’ai également rencontré le réalisateur créatif, auteur de chefs-d’œuvre, Hasab Al-Rasoul Kamal Eldin, que je n’avais pas revu depuis le déclenchement de cette maudite guerre.
* Nous nous sommes assis pour discuter, et il m’a raconté sa douloureuse expérience au Rwanda, où il s’est vu contraint de s’exiler à cause de la guerre. Là-bas, il a perdu son épouse, la compagne de sa vie, ainsi qu’une autre parente de sa famille. Il m’a confié que cela avait été la plus grande épreuve de sa vie, mais qu’il avait été surpris par le traitement humanitaire d’un niveau exceptionnel qu’il y a reçu. Il m’a raconté que dès qu’il a contacté le Centre Islamique au Rwanda, une ambulance est immédiatement arrivée, et les deux corps ont été transportés à la mosquée. Là, il a trouvé des hommes bénévoles pour laver les défunts masculins, et des femmes bénévoles pour laver les défunts féminins, et tout s’est déroulé dans un esprit de solidarité, de compassion et de respect. Il m’a dit que ce qui a le plus atténué sa douleur, c’est qu’ils traitaient la mort comme une responsabilité humaine collective, et non comme une occasion d’extorsion financière ou de complication bureaucratique.
* Ici, nous ne comparons pas les pays, mais nous recherchons plutôt l’essence de l’idée : le respect de l’être humain après sa mort, le soulagement de sa famille, l’accélération des procédures et la prestation du service dans un esprit de miséricorde.
* L’obtention d’un permis d’inhumer dans certains cas peut prendre vingt-quatre heures ou plus, alors que la famille vit un effondrement total. Est-il si difficile pour l’ambassade du Soudan de détacher des agents travaillant par roulement pour servir les cas d’urgence ? Une institution complète est-elle incapable de dédier un guichet humanitaire d’urgence pour les défunts et leurs proches ? C’est une responsabilité morale avant d’être administrative.
* Les Soudanais ne demandent pas l’impossible ; ils demandent seulement à être traités avec dignité et à trouver quelqu’un à leurs côtés dans les moments les plus difficiles de leur existence. Les guerres n’ont pas tué les Soudanais par les seules balles, elles ont tué leur stabilité, dispersé leurs familles et contraint beaucoup d’entre eux à mourir loin de leur patrie, tandis que leurs proches restent impuissants face à la dureté de l’exil, la cherté de la vie et la lenteur des procédures.
* Ce qui fait encore plus mal, c’est que beaucoup de ceux qui ont servi le Soudan avec dévouement, dans les médias, l’éducation et la fonction publique, se retrouvent au bout du compte confrontés seuls à la rigueur de la vie, sans aucun véritable soutien institutionnel.
À cette occasion, j’ai été honoré par la présence de mon cher collègue, l’homme de radio Mamoun Hassan Hamed, du frère de notre collègue Ossama Jomaa, ainsi que d’un certain nombre de collègues fidèles. Cela a eu un impact psychologique majeur pour réconforter M. Yahya Abdel Karim Abdallah, car les malheurs, aussi grands soient-ils, sont atténués par la présence des proches, des amis, par la bonne parole et les condoléances sincères.
* Paix et miséricorde à l’âme de la sœur Amna Abdel Karim Abdallah, ainsi qu’à tous les Soudanais qui se sont éteints loin de leur patrie.
Nous prions Dieu de lui accorder Sa vaste miséricorde, de lui faciliter son jugement, et de faire du Paradis sa demeure éternelle aux côtés des véridiques et des martyrs, et quels compagnons agréables ! Comme nous Le prions, Gloire à Lui, d’avoir pitié de chaque Soudanais mort étranger, loin de sa terre et de siens, d’inspirer patience et consolation à leurs familles, et de faire en sorte que vienne un jour où le Soudanais, vivant ou mort, trouve la dignité qu’il mérite.