Le Tiers, l’État profond et les entités occultes

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  Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

 

Après toute cette glorieuse histoire humaine, toute cette civilisation humaine et ces royaumes qui ont façonné la conscience de cette nation et de tant d’autres, les Soudanais ont-ils été incapables de redresser leur pays, de le protéger des affres des guerres et des projets de démantèlement, et de le préserver comme il se doit ?

Le lecteur attentif de l’histoire moderne du Soudan constate que la pratique politique soudanaise gravite autour d’une seule idée : celle du pouvoir comme une fin en soi, et non comme un moyen de réaliser des objectifs précis issus de philosophies et d’activités stratégiques régissant l’exercice du pouvoir à la lumière de cette diversité ethnique et culturelle très riche. Cette dernière, au lieu d’être une source de force et de pérennité existentielle, s’est transformée en menaces porteuses de tendances et d’indicateurs séparatistes.

L’une des stratégies les plus importantes pour lire l’histoire est ce que l’on appelle « l’histoire de l’histoire », c’est-à-dire l’examen des événements historiques sous une perspective globale, selon des données spécifiques qui aident à comprendre le présent et à anticiper l’avenir. Cela permet d’éviter une idée principale, devenue aujourd’hui centrale dans le traitement politique soudanais, qui porte plusieurs noms mais reste unique : « le tiers, l’État profond et les entités occultes », dans ce que l’on qualifie de métaphysique politique.

Cette idée surgit toujours lorsque des problèmes fondamentaux apparaissent dans la gestion de l’État. Nous l’avons d’ailleurs remarqué dans les discours des deux figures les plus importantes de la scène soudanaise actuelle, à savoir Monsieur le Président du Conseil de Souveraineté, Abdel Fattah al-Burhan, et Monsieur le Commandant Yasser al-Atta. C’est une question, à mon sens, de la plus haute gravité étant donné leur statut logique de plus haute autorité du pays. Cette description impliquant l’existence d’entités cherchant à entraver l’État peut être acceptée à contrecœur de la part de certains politiciens qui n’ont ni poids populaire ni base électorale, et qui ne possèdent ni la pensée ni la jurisprudence politique leur permettant de comprendre et de gérer l’État avec ses différentes complexités. Cependant, il est difficile de l’accepter de la part de la plus haute autorité du pays, car son explication réside dans l’existence d’une infiltration intensive des services de renseignement au sein des rouages de l’État par des parties hostiles, contribuant ainsi à la réalisation du projet fonctionnel de la milice visant à fragmenter le Soudan.

Il est de notoriété publique que le Soudan a subi une infiltration majeure des services de renseignement à la fin de l’ère d’Al-Bashir, situation qui s’est aggravée sous l’ère des Forces de la liberté et du changement. Aujourd’hui, face au changement de stratégies et de mécanismes d’exécution du projet de rébellion, l’intensité de la polarisation du renseignement s’accroît en l’absence d’institutions fortes, sur fond de querelles politiques évidentes et de multiplicité des centres de pouvoir et de décision.

Si nous admettons l’existence d’entités hostiles s’activant à créer des problèmes économiques et sociaux ainsi que des troubles dans la rue soudanaise — particulièrement après la hausse des vagues de retour volontaire depuis plusieurs pays —, qui donc possède l’autorité et la capacité de les démasquer, de les affronter et de les éliminer ? Il est certain que c’est l’État qui peut le faire, à travers ses institutions judiciaires et ses appareils sécuritaires et policiers. Mais si ces instances en sont incapables, cela signifie que l’infiltration a atteint son objectif, ce qui contribue à l’augmentation des problèmes, des dérives et des confrontations directes entre le citoyen et l’État d’une part, et entre l’État et ses institutions d’autre part. Cela conduirait à classer le Soudan comme un État failli et à réclamer sa mise sous tutelle par les Nations Unies, qui constituent l’un des bras de l’impérialisme de la communauté internationale. En conclusion, cela mènerait à la réalisation des objectifs du projet : la fragmentation du Soudan, l’effacement de son identité religieuse et culturelle, et la modification de sa composition démographique.

Je pense que l’un de nos problèmes fondamentaux réside dans notre mécanisme de pensée et notre traitement des affaires publiques comme s’il s’agissait d’affaires privées, ainsi que dans l’absence de confrontation fondée sur la logique et la personnalisation des conflits, ce qui a aggravé nos problèmes. C’est pourquoi nous devons nous accorder sur une idée cruciale : la bonne foi ne peut en aucun cas être une explication ou une justification pour accepter une action erronée, en particulier dans les affaires publiques. De cette manière, nous rehaussons la valeur de la responsabilité et de l’obligation de rendre des comptes, tant dans les paroles que dans les actes, afin de pouvoir préserver ce qui subsiste du Soudan.