La guerre des drones… Les incendies d’El Obeid comme modèle

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Avant le crépuscule
Abdelmalek Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

L’effondrement de la milice rebelle des Forces de Soutien Rapide (FSR) sur le champ de bataille, combiné à la fragmentation, aux divisions et aux conflits internes autour du butin, ainsi qu’à l’injustice subie par certaines tribus composant la milice au profit de la famille Dagalo… Tout cela, et peut-être plus encore, qui est arrivé à la rébellion en raison de la perception qu’en a la communauté internationale et du regard de l’État agresseur et financeur de la milice, à savoir les Émirats arabes unis, a poussé ceux qui dirigent et soutiennent cette guerre depuis l’étranger à réfléchir à d’autres moyens de combat. La guerre des drones, qualifiée de « guerre lâche », s’est alors imposée comme la seconde option.
Cela s’explique par plusieurs raisons :
Premièrement, parce que les plateformes de lancement de ces drones se trouvent dans des lieux inconnus ; tantôt à l’intérieur du pays, dans les nombreuses zones contrôlées par la rébellion, tantôt depuis des pays voisins qui complotent contre le Soudan et qui sont exploités par l’État agresseur des Émirats arabes unis.
Deuxièmement, parce que le moment de leur lancement demeure inconnu, même pour les appareils de détection et les systèmes de défense. Il est donc clair que l’approche des forces soudanaises à leur égard reste défensive, consistant à les abattre lorsqu’ils s’approchent de leur cible. C’est pourquoi leurs dégâts sont multiples : s’ils ne touchent pas leur cible principale, ils s’écraseront inévitablement et détruiront d’autres sites tout aussi importants, tombant le plus souvent sur les maisons des citoyens ou sur d’autres biens civils.
Troisièmement, elle a été qualifiée de « guerre lâche » parce que ses cibles principales sont les centres de services aux citoyens, tels que les stations d’eau, d’électricité, les écoles, les jardins d’enfants et les hôpitaux. Cela prouve que l’objectif, au-delà du meurtre et de la terreur, est de faire pression sur le citoyen pour le contraindre à fuir vers les pays de refuge à l’étranger ou vers les camps de déplacés à l’intérieur. Dans les deux cas, la milice aurait atteint son objectif ultime et fondamental : mener des opérations de substitution et de remplacement des composantes sociales au Soudan, dont chacune était historiquement liée à des régions géographiques spécifiques et définissait son activité commerciale et économique.
Quatrièmement, l’un des buts de cette guerre des drones est de créer un climat de peur et de terreur parmi les citoyens en envoyant le message que le pays n’est pas sûr, et que l’absence de combats terrestres dans une région ne signifie pas qu’elle est à l’abri de la rébellion. C’est une situation avec laquelle il est difficile de coexister, d’autant plus que le gouvernement appelle les citoyens à un retour volontaire dans leurs foyers et leurs terres pour les reconstruire et y normaliser la vie.
Si telles sont certaines des raisons de l’expansion de la guerre des drones et de l’état d’insécurité et d’asphyxie qu’elle engendre actuellement chez les citoyens en frappant les différents centres de services, il est devenu indispensable que le commandement militaire conçoive une autre méthode plus efficace pour faire face à ces drones. Il ne s’agit plus d’adopter une approche défensive en les abattant près de leur cible ou en les laissant atteindre leur objectif — comme cela s’est produit dans de nombreuses villes et campagnes —, mais plutôt d’adopter une politique offensive en les frappant directement sur leurs plateformes de lancement, quelle que soit la région, même si cela se trouve à l’intérieur des pays voisins comme l’Éthiopie, le Tchad, la République centrafricaine, l’État du Soudan du Sud, ou depuis la Libye de Haftar ou d’autres. Il est bien connu que le droit à la légitime défense et à la protection de la patrie est garanti à tout État souverain en cas d’agression.
Le rythme de la guerre des drones s’est intensifié ces derniers temps d’une manière effrayante, inquiétante et menaçante pour la sécurité et la paix des citoyens innocents. De plus, elle s’est étendue géographiquement à plusieurs États du Soudan, notamment le Nil Bleu, le Nil Blanc, le Nord, le Sud et l’Ouest du Kordofan, en plus de frapper certains camps de déplacés, même dans la région occupée du Darfour. L’exemple le plus célèbre est celui qui visait l’aéroport de Khartoum après la reprise de ses activités, les drones ayant décollé de Bahr Dar en Éthiopie, et avant cela, depuis le camp de Benishangul en direction de l’État du Nil Bleu, dont certaines villes frontalières avec l’Éthiopie sont toujours sous l’occupation de la milice et des mercenaires rebelles du Soutien Rapide.
Le dernier épisode en date de cette guerre des drones est ce qu’a vécu la ville d’El Obeid, chef-lieu de l’État du Nord-Kordofan, durant une semaine entière, au rythme de plusieurs drones par jour, entraînant la mort de dizaines de citoyens innocents, dont quatre membres d’une même famille. Les drones ont frappé des habitations de citoyens à El Obeid, puis la station d’eau, les pompes à carburant, et enfin la sous-station électrique, plongeant la ville ainsi que plusieurs localités de l’État dans une obscurité totale. Cela a engendré une crise de carburant, d’eau et même de transport, ce qui représente une paralysie pour cette ville réputée pour son activité commerciale et sa position stratégique. Il est également notoire qu’El Obeid est désormais devenue une cible pour la rébellion, qui cherche à y réitérer l’expérience d’El Fasher en asphyxiant ses habitants, puis en lui imposant un siège et une occupation. Si une telle situation venait à se produire, elle placerait tout l’ouest du Soudan à la merci de ces mercenaires.
C’est pourquoi nous affirmons que la politique du « forage à l’aiguille » [politique de patience extrême ou de petits pas], annoncée par le général d’armée Abdel Fattah al-Burhan par le passé, n’est plus adaptée à la situation actuelle. Il est impératif de modifier ces stratégies afin que les souffrances des citoyens ne s’éternisent pas plus que les années déjà écoulées. L’entrée de la guerre dans sa quatrième année, combinée à l’expansion de la guerre des drones et à l’occupation de toute une région, exige une grande mobilisation nationale, la proclamation de l’état d’urgence dans tout le pays, et la dynamisation de la résistance populaire, des volontaires et de tous ceux qui ont à cœur l’intérêt de la patrie.
Cela doit se faire parallèlement à une communication politique avec ceux qui dirigent réellement la guerre, et non avec ses subalternes et ses instruments qui ne détiennent aucun pouvoir de décision… N’est-il pas grand temps d’entamer une nouvelle phase pour faire face à ce qui se passe au Soudan, une phase qui soit plus bénéfique pour le pays que ce qui a précédé ?