La déclaration de l’ambassadeur Al-Harith et les sanctions américaines

 

Avant le crépuscule  

 Abdelmalek Al-Naeem Ahmed  

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina  

 

La question de la guerre au Soudan et de ses effets dévastateurs majeurs n’a jamais été un secret ni une préoccupation lointaine pour ce qu’il est convenu d’appeler la “communauté internationale”, qu’il s’agisse d’États, d’organisations internationales ou d’instances et de conseils spécialisés. Cela inclut le Conseil de sécurité, le Conseil des droits de l’homme, ou encore le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.
Ce dernier est d’ailleurs devenu incapable de jouer son rôle, à l’instar d’autres institutions de l’Union africaine, en raison de l’influence et des pétrodollars émiratis qui ont pénétré les foyers de la plupart des dirigeants, les réduisant au mutisme et les rendant dociles à la seule voix et volonté d’Abou Dhabi.
Grâce aux efforts de la diplomatie soudanaise et d’un monde des médias soudanais libre, les dossiers relatifs aux crimes de la milice et des mercenaires au Soudan, ainsi que leurs exactions, ont atteint les oreilles du monde entier, y compris de ceux qui feignaient la surdité. Ceux-là ont fini par appréhender la réalité des événements au Soudan, que ce soit par le langage des signes ou à travers des images qui ne mentent pas.
À cela s’ajoutent les visites au Soudan de multiples délégations — africaines, arabes ou européennes — ainsi qu’une série de conférences organisées sur la crise soudanaise à Paris, Londres, Berlin et Addis-Abeba, desquelles le gouvernement soudanais a été délibérément écarté. Le bilan de toutes ces rencontres est resté nul pour la cause soudanaise, ne débouchant que sur des déclarations timides et des formules élastiques visant à prolonger le conflit et à légitimer la rébellion et la milice, bien plus qu’à fournir une aide humanitaire réelle aux sinistrés, et encore moins à contribuer à la résolution du problème à l’origine de la guerre.
Dans cet article, je souhaite mettre l’accent sur les efforts considérables que la diplomatie soudanaise n’a cessé de déployer par l’entremise de ses représentants : l’ambassadeur Al-Harith Idriss auprès des Nations Unies, l’ambassadeur Hassan Hamed auprès du Conseil des droits de l’homme à Genève, ainsi que ses représentants auprès de l’Union européenne et de l’Union africaine, même durant les années de suspension des activités du Soudan au sein de cette dernière.
Ces efforts se sont poursuivis jusqu’à ce que le ministère soudanais des Affaires étrangères ne rappelle l’ambassadeur Al-Zain Ibrahim, représentant permanent auprès de l’Union africaine, en raison de la double agression éthio-émiratie menée par des drones lancés depuis le port de Bahr Dar contre l’aéroport de Khartoum, ou de l’incursion de combattants et de drones depuis Benishangul vers la région du Nil Bleu. Autant de crimes qui prouvent l’implication directe des Émirats et de l’Éthiopie contre le Soudan, face au silence de mort de l’Union africaine et de son Conseil de “paix et de sécurité”.
Vendredi dernier, l’ambassadeur Al-Harith Idriss a prononcé une déclaration ferme, étayée par des informations documentées révélant l’implication de l’État des Émirats arabes unis dans le financement de la milice et le recrutement de mercenaires venus de la diaspora africaine et de Colombie. Ces flux transitent par des réseaux de services émiratis utilisés comme couverture pour introduire des mercenaires sous le label d’ingénieurs et d’experts, lesquels sont ensuite employés pour le pilotage de drones, l’aviation militaire et d’autres fonctions de combat.
La déclaration a mis en lumière les différentes lignes de transport allant d’Am Djarass au Tchad à Bossasso en Somalie, puis à Asosa en Éthiopie, avant de pénétrer à l’intérieur du Soudan, l’aviation émiratie et éthiopienne demeurant omniprésente dans ces opérations militaires criminelles.
Le rapport a également abordé les crimes de la milice à Nyala, ainsi que le sort des prisonniers et détenus issus des forces armées et de la population civile dans la prison de Degreis, dont le nombre dépasse les vingt mille, détenus dans des conditions extrêmement précaires en violation flagrante de la morale, des lois et de l’action humanitaire.
Le point le plus grave soulevé par l’ambassadeur Al-Harith réside dans le fait que la milice, en coordination avec des entités spécifiques, exploite ces détenus et prisonniers dans le cadre d’un trafic d’organes humains. Cela explique le phénomène de disparition de milliers de captifs dont la milice avait pourtant annoncé la libération, mais qui n’ont jamais regagné leurs foyers à ce jour.
De telles déclarations présentées devant le Conseil de sécurité doivent être traitées avec sérieux et rigueur par les États membres. L’ambassadeur a rejeté en bloc les accusations relatives à l’utilisation d’armes chimiques par l’armée soudanaise, mentionnées dans l’acte d’accusation de certaines parties. Il a rappelé la création de commissions nationales chargées de vérifier ces faits, allant jusqu’à inviter les comités d’enquête internationaux compétents à venir vérifier les allégations sur le terrain avant de formuler des accusations et de rendre des jugements hâtifs.
Malgré toutes ces données documentant les crimes de la milice, lues par l’ambassadeur depuis le territoire américain — pays hôte de l’organisation internationale, son principal bailleur de fonds et le véritable décideur de ses résolutions —, voilà que l’envoyé du président américain, Mossad Boulos, lance des accusations prétendant que le gouvernement soudanais refuse l’arrêt de la guerre et la trêve. Il a manqué de courage pour clarifier la vision du gouvernement soudanais concernant cette trêve, alors qu’il venu d’en prendre connaissance à la fin de la semaine dernière par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, lors de la réunion d’El Alamein en République arabe d’Égypte. C’était la première fois que le gouvernement soudanais était invité à y siéger aux côtés de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et de Mossad Boulos lui-même.
Les déclarations de Mossad Boulos ne sont pas le seul indicateur de l’intransigeance américaine, de ses contradictions et de sa volonté d’imposer une politique biaisée en faveur de la rébellion et de son parrain émirati au détriment du Soudan. En témoignent également les sanctions imposées par le Département du Trésor américain contre plusieurs entités militaires soudanaises. Ces mesures visent à paralyser les mouvements de l’armée, à stopper ses victoires et à offrir à la milice l’opportunité de s’étendre, en application de la résolution de la Chambre des représentants portant le numéro HR1939.
Tout cela s’opère sous le couvert d’un embargo sur le financement militaire aux “deux parties au conflit”. Cette qualification est en soi injuste, et les sanctions frappant (l’industrie de la défense), le groupe Giad et six autres entités affiliées à l’armée apparaissent d’autant plus iniques. Elles n’aident en rien l’Amérique à jouer un rôle positif dans la crise soudanaise, en raison de sa complaisance manifeste à l’égard de l’État agresseur des Émirats arabes unis.
Si cette communauté internationale et ce Conseil de sécurité ont encore un rôle à jouer sur la base du droit international et de l’action humanitaire, qu’ils s’appuient donc sur les multiples déclarations de l’ambassadeur Al-Harith Idriss, sur celles de l’ambassadeur Hassan Hamed devant le Conseil des droits de l’homme, sur les rapports des procureurs généraux (précédent et actuel) et du ministre de la Justice à Genève, ainsi que sur le rapport des ambassadeurs de l’Union européenne au Soudan, qui viennent de clore une visite officielle dans le pays trois ans après le déclenchement de la guerre. Si tous ces rapports ne sont pas agréés par la communauté internationale, alors autant acter le deuil de la justice.