
Des sonnettes d’alarme en Afrique de l’Ouest en raison de la guerre au Soudan
Al-Sadig Al-Rizaigi
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
S’est tenu dans la ville de Cotonou, en République du Bénin, en Afrique de l’Ouest, durant la période du 25 au 28 juillet dernier, un important et rare dans cette région sur les questions de sécurité, de paix, de coexistence pacifique, de stabilité des États, de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, de réduction de la violence et d’adoption du juste milieu et de la modération.
A été organisé par l’Union des associations islamiques d’Afrique de l’Ouest, l’Organisation des jeunes musulmans d’Afrique de l’Ouest (OJEMAO), l’Association des intellectuels musulmans en République du Bénin (AIMB) et le Réseau des associations et ONG du Bénin (RAIB-BENIN).
Y a participé une élite d’experts, d’intéressés, de dirigeants de partis, d’organisations et d’associations islamiques, ainsi que des personnalités marquantes des États et sociétés de l’Ouest du continent, parmi lesquels d’anciens ministres des Affaires étrangères, des dirigeants politiques, des ministres et des responsables dans les domaines de la sécurité et de la défense.
Du fait que la conférence s’est tenue dans des contextes différents que vit cette partie du continent, son importance a découlé de l’ampleur du besoin qui s’en faisait sentir, attirant l’attention de l’opinion publique et des gouvernements face à l’amplification des défis auxquels sont confrontées les sociétés d’Afrique de l’Ouest, ainsi que la nature des mutations et évolutions sociales et politiques dont les tempêtes soufflent sur le ciel de 16 pays qui avaient des voix au sein de la conférence.
L’environnement social et politique ainsi que les facteurs externes sont ce qui a créé la version la plus féroce et la plus dangereuse pour les sociétés africaines, représentée par la milice des Forces de soutien rapide au Soudan.
Tandis qu’un certain nombre d’intellectuels, d’associations et d’organisations participantes ont fourni leurs efforts pour faire face à ces défis et périls imminents, renforcer les engagements collectifs contre le terrorisme des groupes armés extrémistes, combattre leur danger, former les partenariats nécessaires pour les affronter et apporter des réponses urgentes et pressantes pour refréner leur activité.
Ce qui nous importe ici dans cette conférence, outre ses sujets et discussions importants et globaux, ses axes fondamentaux et son contenu intellectuel profond, c’est ce qui a trait aux questions de violence et à ses répercussions aiguës dans certaines régions d’Afrique, à l’est, à l’ouest, au centre et au nord, ainsi qu’à la polarisation effrénée des jeunes qui s’y déroule dans de nombreux pays du Sahel et au sud du Sahara, et au recrutement d’un grand nombre d’entre eux dans les combats au profit de groupes et mouvements qui pratiquent le terrorisme, la violence et le conflit armé.
Parmi ceux-ci figure la guerre actuelle au Soudan, qui a obtenu par excellence le titre de plus grand foyer de mercenariat sur le continent, vers lequel ont afflué des mercenaires de toutes parts, et que des parties internationales et régionales emploient dans les rangs de la milice des Forces de soutien rapide.
En observant cette conférence, ses dialogues et l’attribution de longues sessions à la guerre au Soudan, elle a abordé l’environnement social et politique dans lequel ont émergé la violence et l’extrémisme en Afrique de l’Ouest et centrale (est du Nigeria, Tchad, est et nord du Cameroun, Bénin, Togo) où s’active l’organisation Boko Haram, ainsi que les groupes extrémistes au Mali, au Burkina Faso, au nord du Niger et dans le reste des pays du Sahel, évalués à plus de 100 organisations terroristes armées.
Outre l’émergence du phénomène des « combattants itinérants » transfrontaliers dont le nombre a dépassé, selon des estimations officielles internationales, plus de 350.000 combattants. Tel est l’environnement social et politique et les facteurs externes qui ont créé la version la plus féroce et la plus dangereuse pour les sociétés africaines, représentée par la milice des Forces de soutien rapide au Soudan, et qui constitue — comme le disent les experts — la plus récente formule de menace et de fragmentation de la cohésion des États et des sociétés dans la région, jouant le rôle d’un aimant attracteur de mercenaires.
Il existe un quasi-consensus sur le fait que le projet de la milice criminelle au Soudan et ses alliances régionales est né à l’origine pour bâtir une force militaire issue des sociétés d’Afrique subsaharienne dont l’objectif principal est de fabriquer une nouvelle réalité politique et sociale dans ces États, où elle interagit avec les dynamiques actuelles des mutations internationales et régionales, appuyée par les chevauchements sociaux, culturels et ethniques ainsi que la similitude des composantes tribales au milieu d’un climat favorable permettant à de tels projets d’émerger de manière visible et de progresser.
Ce qui suscite désormais les craintes et l’irritation des gouvernements, des élites politiques et des universitaires en Afrique de l’Ouest, chacun cherchant les moyens garants de faire face à ce phénomène mutant, passant de l’extrémisme et de la radicalisation de certains mouvements extrémistes à des projets politiques soutenus de l’extérieur pour modifier la géopolitique et la géographie sociale africaines.
La conférence de Cotonou n’a pas concentré ses recherches uniquement sur le phénomène de l’extrémisme et de la violence dans une abstraction théorique et des discussions intellectuelles et jurisprudentielles pour s’adresser aux jeunes et les immuniser contre les appels des groupes religieux extrémistes ; elle a dépassé cela pour lancer une alerte maximale contre le danger de la milice des Forces de soutien rapide, la considérant comme une pandémie et un cancer qui se propage dans la région et menace sa structure sociale ainsi que son immunité sécuritaire et politique.
Parmi les points que la conférence a examinés de près et auxquels elle a consacré un intérêt et une discussion approfondie et vaste, figure le volume d’informations sur la croissance du phénomène de la violence liée à l’environnement social, et l’interconnexion des mouvements extrémistes et des foyers de production de combattants, où les préparatifs de la milice des Forces de soutien rapide avant et pendant sa rébellion en avril 2023 reposaient sur les liens qui rassemblent ces mouvements actuellement, tels que les liens sociaux, et ce qui se déroule comme propagande politique au sein des regroupements de « combattants itinérants », dont la plupart sont des résidus des guerres africaines.
Les combattants mercenaires ont en effet été faits venir de certains pays d’Afrique subsaharienne en se basant sur les prolongements géographique et social, en particulier les tribus qui sont restées pendant de longues périodes en marge de la vie politique en raison de la nature de leur constitution, de leur activité économique et de leurs moyens de subsistance, et qui ont cru que les occasions se présentaient et qu’avec les fusils des Forces de soutien rapide, elles atteindraient leur objectif attendu.
Le but du projet de la milice des Forces de soutien rapide, conçu par des puissances internationales et régionales hors du continent, était de s’emparer de l’État au Soudan, de contrôler ses capacités et ses moyens, puis d’assujettir le reste des pays de la région à partir du Soudan, et de changer les régimes au pouvoir au moyen de forces et de groupes armés transfrontaliers. Le fil conducteur de ce projet n’a cessé de coordonner et de rapprocher les groupes terroristes et les restes d’éléments des guerres de la région (Libye, Tchad, Mali, Centrafrique, Soudan du Sud).
Il n’est pas caché que les groupes armés dans tous les pays du Sahel s’empruntent des combattants les uns aux autres ; cependant, la milice des Forces de soutien rapide et ceux qui l’ont créée ont élargi le cercle de polarisation et d’emprunt pour qu’il s’étende sur toute la longueur et la largeur du continent, d’un océan à l’autre, sans exclure les groupes extrémistes du mouvement Al-Shabaab en Somalie, d’autres mouvements en Afrique de l’Est, jusqu’à ce qu’il reste des anciens mercenaires de Kadhafi, aux côtés des mouvements de la région du Sahel et de l’ouest du continent.
Dans le même cadre, la conférence de Cotonou n’a pas concentré ses recherches uniquement sur le phénomène de l’extrémisme et de la violence dans une abstraction théorique et des discussions intellectuelles et jurisprudentielles pour s’adresser aux jeunes et les immuniser contre les appels des groupes religieux extrémistes ; elle a dépassé cela pour lancer une alerte maximale contre le danger de la milice des Forces de soutien rapide, la considérant comme une pandémie et un cancer qui se propage dans la région et menace sa structure sociale ainsi que son immunité sécuritaire et politique.
Et ce, en raison des facteurs d’interconnexion ethnique, des inspirations potentielles se déplaçant rapidement, et des impacts des caractéristiques culturelles des tribus d’origines arabes et non arabes dont les combattants ont émigré au Soudan pour combattre au profit des Forces de soutien rapide. Cela s’accompagne de larges mouvements de recrutement et de polarisation, assortis de pressions exercées sur certains États de la région pour soutenir ce projet, le faire passer et fournir les conditions de sa réussite.
C’est de là que les avertissements lors de la conférence de Cotonou sont venus en adéquation avec les grands intérêts des gouvernements d’Afrique de l’Ouest, dont des représentants ont participé aux discussions de la conférence, parmi lesquels des ministres et certains hauts responsables des ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur, des services de renseignement et des experts dans le domaine des études de sécurité et stratégiques, qui ont placé toutes ces questions, et en particulier la guerre au Soudan, sous la loupe.
Il se peut que le plus dangereux de ce qui circule dans les milieux politiques et auprès des services de renseignement de la région soit que l’encouragement voilé et la complicité de certains pays occidentaux, en particulier les Européens, dans l’attisement de la guerre au Soudan, la fermeture des yeux sur ses violations odieuses et la venue de jeunes mercenaires, découlent de la conviction européenne ancrée selon laquelle les guerres ouvertes et l’activité des groupes armés et extrémistes sous des prétextes politiques et religieux, ainsi que l’engagement des jeunes dans ces guerres, réduiront le phénomène de l’immigration irrégulière vers l’Europe et diminueront ses vagues successives.
Et il n’est pas caché que les groupes qui combattent dans le nord du Mali, les activités préoccupantes dans le sud de la Libye, le nord-est du Niger, près du bassin du lac Tchad, le nord-est du Nigeria, aux confins du Burkina Faso et de la Guinée-Conakry, ainsi qu’en Centrafrique, se nourrissent tous des retombées de la guerre au Soudan.
Ces mouvements et groupes extrémistes, qu’ils soient tribaux ou qu’ils aient adopté des slogans idéologiques ou politiques, s’organisent presque dans une doctrine de combat unique, utilisent les mêmes méthodes d’organisation, de combat et de propagande, les mêmes sources d’armement et de matériel de guerre, et des groupes de leurs combattants se déplacent dans les différents terrains d’activité, du Soudan au sud de la Libye, au nord du Mali, en Centrafrique, au Soudan du Sud et dans le bassin du lac Tchad.
Où il existe une coordination conjointe, comme le disent des parties du renseignement qui ont indiqué que, lors de la préparation de la guerre au Soudan, la milice des Forces de soutien rapide a cherché à établir des bureaux dans le sud-est du Niger et l’ouest du Tchad pour attirer des combattants et ouvrir des bureaux afin de délivrer des identités soudanaises et d’établir le numéro national soudanais, comme l’ont rapporté des responsables de la République du Niger en mai 2023, en plus de la présence de délégués et de courtiers dans des pays africains parmi les États du Sahel qui recrutent des jeunes dans les zones d’orpaillage artisanal traditionnel, aidés par certains dirigeants tribaux dans ces pays.
Il se peut que le plus dangereux de ce qui circule dans les milieux politiques et auprès des services de renseignement de la région soit que l’encouragement voilé et la complicité de certains pays occidentaux, en particulier les Européens, dans l’attisement de la guerre au Soudan, la fermeture des yeux sur ses violations odieuses et la venue de jeunes mercenaires, découlent de la conviction européenne ancrée selon laquelle les guerres ouvertes et l’activité des groupes armés et extrémistes sous des prétextes politiques et religieux, ainsi que l’engagement des jeunes dans ces guerres, réduiront le phénomène de l’immigration irrégulière vers l’Europe et diminueront ses vagues successives.
De plus, certaines parties européennes s’emploient à utiliser ce monstre (le terrorisme) créé sous leur tutelle pour soumettre à nouveau les États africains de la région du Sahel et placer ces États sur une plaque chauffante