
Une étape décisive, le dialogue soudano-soudanais réussira-t-il à restaurer l’unité nationale ?
Rapport : Al-Tayib Abbas
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
La Commission du dialogue soudano-soudanais a inauguré avant-hier, depuis l’hôtel Al Salam Rotana à Khartoum, les travaux du dialogue national lors d’une conférence de presse, dans une démarche avancée que les observateurs ont considérée comme des efforts réalistes pour résoudre les crises du Soudan.
La commission a lancé une initiative nationale visant à ouvrir une voie de dialogue à l’intérieur du Soudan, considérée comme une porte d’entrée pour parvenir à des solutions soudanaises à la crise et mettre fin à la guerre, affirmant que l’initiative repose sur le consensus national et le rejet de la tutelle extérieure.
Dans un communiqué publié lors de la conférence de presse, la commission a déclaré que l’initiative intervient dans le contexte de la « dure épreuve » que vivent les citoyens soudanaise en raison de la guerre et des destructions de vies humaines, des violations de la dignité humaine, ainsi que des déplacements, de l’asile, de la détérioration des services, de la perte de la sécurité personnelle et publique, et de la destruction des infrastructures et des biens publics et privés qu’elle a engendrés.
Elle a confirmé que l’initiative est venue en réponse à la voix du peuple soudanais et à ses aspirations à la sécurité, à la stabilité et à une vie digne, soulignant que la fin de la guerre et la reconstruction de l’État doivent s’effectuer sur des bases nationales convenues par les Soudanais eux-mêmes.
Rôle de la commission : La commission a tranché un point important concernant son rôle et le but du dialogue, en particulier après la fuite de rumeurs sur un partage du pouvoir entre les partisans de la « guerre de la dignité ».
Cependant, la commission a affirmé de manière catégorique que son rôle dans la phase actuelle se concentre sur la création d’un climat favorable, le renforcement de la confiance et la facilitation des consultations préliminaires avec les forces politiques, civiles et sociales à l’intérieur et à l’extérieur du Soudan, afin de cristalliser une vision commune concernant les conditions du dialogue, sa méthodologie et ses garanties, d’écouter les préoccupations des parties, de recueillir leurs propositions et de rapprocher les points de vue.
La commission a souligné que le dialogue attendu doit être soudanais et indépendant, et que le consensus national ne s’obtient ni par l’exclusion ni par l’imposition d’un dialogue prêt à l’emploi, mais plutôt par l’écoute, la consultation et la construction d’un minimum de confiance autour des conditions, de la méthode et des garanties du dialogue.
Garanties nécessaires : Alors qu’il est question de plaintes ou de poursuites judiciaires concernant les parties participant au dialogue, la commission a demandé à l’État de fournir les garanties nécessaires à la tenue du dialogue à l’intérieur du Soudan. Au premier rang de ces garanties figure l’arrêt des poursuites engagées par les organes de l’État contre tout Soudanais résidant à l’étranger en raison de son activité dans les consultations ou le dialogue, ou en raison d’une opinion exprimée dans un cadre politique.
À cela s’ajoute le fait que les participants aux consultations et au dialogue doivent bénéficier d’une immunité de procédure temporaire empêchant toute mesure pénale à leur encontre à partir de la date de leur entrée dans le pays jusqu’à leur départ après la fin de leur participation.
Elle a également appelé à ne pas engager de procédures pénales contre quiconque en raison d’une opinion exprimée ou d’un comportement politique direct ou indirect pendant les consultations ou le dialogue, à moins que cela ne soit lié à ce qui est censé être présenté ou pratiqué pendant le dialogue, en plus de créer un climat général de libertés permettant à tous les Soudanais d’exprimer leurs opinions sur le dialogue à l’intérieur et à l’extérieur des salles, de protéger les sièges et les salles de consultation et de dialogue, et d’empêcher toute tentative d’influencer les résultats du dialogue en utilisant l’autorité de l’État.
Soutien international : La commission n’a pas négligé la communauté internationale et son rôle vital dans le soutien au dialogue soudano-soudanais, appelant les pays frères et amis ainsi que les organisations régionales et internationales à soutenir les efforts de création d’un climat propice, de consultation et de renforcement de la confiance, à respecter la volonté soudanaise, à ne pas intervenir dans le déroulement du dialogue ou ses résultats, et à soutenir les Soudanais dans la façonnage de leur avenir de leurs propres mains.
La commission a affirmé que le rôle requis de l’État consiste à fournir les garanties, les facilités et la protection de manière à préserver l’indépendance du dialogue et son appropriation par les Soudanais, sans s’immiscer dans la détermination de ses parties, de son ordre du jour ou de ses résultats.
Reconstruire la confiance : La commission a confirmé que l’initiative de préparation au dialogue soudano-soudanais représente un appel à reconstruire la confiance entre les Soudanais et à engager des consultations préliminaires sur les conditions d’un dialogue sérieux, indépendant, sûr et inclusif, menant à une phase de transition stable gérée par des consensus nationaux et des élections libres et équitables qui renforcent l’autorité du peuple.
Elle a déclaré que le peuple soudanais est capable de surmonter son épreuve et mérite une paix durable ainsi qu’un État juste, uni et capable de gérer sa diversité et de réaliser les intérêts de ses citoyens.
Axes de l’initiative : Le président du comité préparatoire du dialogue, Qassim Badri, a déclaré que l’initiative découle de la conviction que les Soudanais sont capables de résoudre leurs problèmes par eux-mêmes et d’entrer dans un dialogue direct « sans ingérence ni intermédiaire, et sans exclusion ni condescendance ».
Il a expliqué que l’initiative intervient à un « moment historique décisif » dans la marche de la patrie, dans le but de raviver l’esprit de dialogue entre les Soudanais et de les rassembler, indiquant que l’initiative repose sur plusieurs axes, dont principalement l’indépendance totale vis-à-vis de toute influence ou obstacle ethnique ou partisan, en plus d’encourager les négociateurs et les intervenants à formuler les questions, à parvenir à des recommandations finales et à travailler à leur mise en œuvre.
Badri a confirmé que toutes les composantes politiques, quelles que soient leurs positions, aspirent à la stabilité du Soudan, soulignant que la motivation principale de l’initiative est l’amour de la patrie et la fin des souffrances des citoyens causées par la guerre, ainsi que les destructions et les menaces pour l’avenir du pays qu’elle a laissées derrière elle.
Le président du comité a indiqué que l’initiative représente une « poignée de main d’apaisement national indépendante » visant à arrêter la guerre, à prévenir la poursuite des combats et à ramener le pays sur une voie qui préserve les acquis de l’État, la stabilité de ses institutions et le bien-être de ses citoyens.
Il a ajouté que ce qui distingue l’initiative, c’est son accueil favorable accordé aux différentes parties, tout en soulignant l’importance pour l’État de fournir les garanties de sécurité nécessaires aux participants au dialogue et de créer un environnement sûr pour le dialogue, en plus de s’engager à respecter les promesses et à mettre en œuvre les initiatives et les résultats convenus.
Une étape décisive : Les observateurs estiment que le lancement du dialogue soudano-soudanais est une étape politique décisive, reflétant un désir ardent de rendre le processus politique dirigé et détenu par les Soudanais, et de rejeter toutes solutions imposés de l’extérieur.
Tandis que le chercheur Mohammed Al-Mustafa estime que l’inauguration du dialogue soudano-soudanais consolide la conviction que la protection de l’État contre la désintégration nécessite une voie politique qui examine les questions d’identité, de citoyenneté et de fondation de l’État.
Il a indiqué que cette démarche intervient après le piétinement des initiatives extérieures (telles que le plan du Quatuor et les négociations de Genève), pour servir de plateforme interne alternative, en plus de représenter une étape réaliste vers le renforcement de la confiance et la justice transitionnelle.
Le dialogue vise également à s’accorder sur l’adoption d’une constitution transitionnelle, l’unification des armées et la formation d’un gouvernement de compétences nationales indépendantes qui mènera le pays vers des élections libres, des revendications qui font le consensus de la majorité du peuple soudanais.
Cela indique dès le départ que le soutien que le comité préparatoire du dialogue soudanais a reçu et devrait recevoir découle du fait qu’il aborde des questions urgentes et vitales avec une mentalité non partisane et plus ouverte envers les autres, des indicateurs qui, selon les observateurs, accélèrent le succès du comité et l’aboutissement du dialogue vers ses objectifs de panser les plaies et de restaurer l’unité nationale.