
Le Dialogue Soudanais
Dr. Abdelrahman Kamal shomeina
Il est certain que l’appel du président du Conseil de souveraineté, Abdel Fattah al-Burhan, à un dialogue inter-soudanais pour discuter des questions politiques et tenter de trouver des rapprochements et des points communs entre les forces politiques soudanaises est d’une importance capitale, en particulier au vu de ces circonstances complexes et de cette période critique de l’histoire moderne du Soudan.
Un groupe d’honorables soudanais a pris sur lui la tâche de préparer ce dialogue. Cependant, à mon sens, cette mission demeure illogique et irréaliste, car la préparation du terrain du dialogue exige d’abord de s’accorder sur des fondements, des points communs et des principes immuables qui serviraient d’ordre du jour clair et défini, capable de faire la distinction entre les principes nationaux immuables et les questions politiques qui relèvent, dans leur traitement, des idéologies et des idées des partis.
L’un des principaux problèmes des hommes politiques soudanais et de leur pratique de la vie politique comme cadre organisationnel de la gouvernance est l’incapacité à faire la différence entre ce qui constitue un principe national immuable lié à la sécurité nationale du pays et l’opposition à un modèle politique. Au fil du temps, cela a engendré de véritables crises qui ont, à leur tour, mené à la fragilité du système de gouvernance, notamment dans le contexte des menaces pesant sur le pays face aux agendas des puissances mondiales.
Dès lors, certains types de pratiques ont émergé pour accéder au pouvoir, pouvant se résumer soit à la création d’un mouvement armé, soit à la soumission à l’étranger. Ainsi, il n’existe plus de principes nationaux immuables fixant des normes éthiques pour les hommes politiques, comme le fait de ne pas s’asservir ni de dépendre de l’étranger par exemple ; tout simplement parce que cet extérieur ne se soucie pas de savoir qui gouverne, mais s’intéresse plutôt à celui qui réalise ses intérêts.
Selon moi, ce comité devrait commencer par établir ces cadres, ces normes et ces principes immuables, avec la participation de l’ensemble des composantes de la société, des administrations traditionnelles (Ahlia) et des partis politiques, afin d’en faire des piliers fondamentaux. Par cette démarche, il aura atteint son objectif de préparation du dialogue, ce qui signifie, comme mentionné précédemment, la préparation des cadres, des concepts et des rapprochements, après quoi viendra la discussion sur les questions politiques et les modalités de gouvernance et d’administration.
L’expression « préparation du dialogue » est une formule vague qui prête à de multiples interprétations. C’est pourquoi les questions posées lors de la conférence de presse reflétaient la logique même des choses qui a fait défaut au comité dans sa présentation. En effet, la seule confirmation s’est limitée à nier des accusations ancrées dans sa pensée collective, à savoir qu’il n’appartient à aucune partie, tout comme il ne disposait pas de réponses aux questions prospectives — selon ses propres termes.
Selon moi, la problématique réside fondamentalement dans la conception même des mécanismes de préparation du dialogue, ainsi que dans la mise en place des règles et des critères régissant son travail. Il est en effet irrationnel et illogique que son action se déroule sans règles encadrant les limites de ses prérogatives et ses interactions avec l’environnement régional et international, qu’il s’agisse de personnes physiques ou d’entités telles que les organisations africaines, ainsi qu’au niveau interne dans ses relations avec les missions diplomatiques.
En conclusion, j’estime que les travaux du comité devraient suivre une hiérarchie articulée autour de trois étapes fondamentales :
La première étape : La définition des principes nationaux immuables et des piliers fondamentaux. J’entends par là la formulation d’un cadre éthique et national contraignant qui empêche la dépendance envers l’étranger ou les affrontements internes, avec la participation des administrations traditionnelles, de la société et des partis.
La deuxième étape : La préparation effective du dialogue. J’entends par là l’accord sur l’ordre du jour, les concepts communs et les mécanismes de gestion du débat, en se fondant sur le socle des principes immuables.
La troisième étape : La discussion des questions politiques. Cette étape est consacrée aux concertations, aux réflexions et aux débats sur les détails de la gouvernance et de l’administration, les idées idéologiques et les programmes exécutifs des partis.