
Le Soudan entre le fusil et la volonté de bâtir l’État
Amr Khan – Journaliste écrivain égyptien
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les expériences historiques confirment que les armes, quelle que soit leur puissance, ne peuvent fonder une patrie ni façonner un avenir stable pour les peuples… Ainsi, le fusil de la milice des Forces de soutien rapide a peut-être imposé une réalité temporaire, mais il a échoué et échouera un trillion de fois à bâtir des institutions, ne réalisera aucun développement et ne restaurera pas la confiance entre le citoyen et un gouvernement parallèle.
Partant de ce principe, toute tentative d’imposer une volonté politique ou sociale à travers la force politique affiliée à la milice des Forces de soutien rapide et la soutenant, en ce qui concerne la question du dialogue soudano-soudanais, ne mènera qu’à davantage de divisions et à la prolongation de la crise.
Le Soudan se tient aujourd’hui à un carrefour décisif, entre le projet du chaos alimenté par les conflits armés et le projet de l’État fondé sur la loi, les institutions et le dialogue national. La construction de la patrie ne se fait pas selon la logique de la domination, mais par le consensus autour d’une vision commune qui préserve l’unité du pays et protège ses ressources.
La résilience du peuple soudanais :
Malgré la sauvagerie de la guerre et ses répercussions humanitaires et sécuritaires, le peuple soudanais a fait preuve d’une grande capacité de résilience et d’attachement à l’espoir. Les citoyens ont fait face à des circonstances exceptionnelles, mais ils sont restés attachés à une identité nationale ancrée, refusant que l’avenir du Soudan soit l’otage de projets de démantèlement ou d’intérêts étroits.
La résilience du peuple soudanais constitue le pilier fondamental de tout projet de reconstruction de l’État, car les sociétés ne se relèvent pas seulement par les décisions des dirigeants, mais par la volonté des citoyens et leur capacité à protéger les valeurs de coexistence, de solidarité et de reconstruction de la confiance entre les différentes composantes de la patrie.
Les actes de bravoure des Forces armées :
Face à des défis sécuritaires complexes, le rôle des Forces armées soudanaises a émergé en tant qu’institution de l’État assumant la responsabilité de défendre le pays et de protéger sa souveraineté. L’institution militaire a traversé des conditions difficiles au cours des récents affrontements, dans une bataille liée au concept même de l’État et à sa capacité d’imposer la sécurité et la stabilité.
Mais la protection de l’État ne se limite pas au seul aspect militaire ; le succès de toute institution sécuritaire est lié à l’existence d’un projet politique et sociétal intégré qui reconstruit les institutions de l’État et garantit leur capacité à remplir leur rôle au service des citoyens et à réaliser la stabilité escomptée.
La reconstruction de l’État :
La phase à venir exige le passage de la gestion de crise à un projet global de reconstruction du Soudan… Ce projet nécessite la réforme des institutions de l’État, le renforcement de l’État de droit, la réhabilitation des secteurs économiques et des services, ainsi que le traitement des séquelles sociales profondes laissées par la guerre.
Un État fort ne repose pas uniquement sur la puissance militaire, mais sur des institutions efficaces, une économie productive, une justice indépendante et une large participation nationale, c’est pourquoi la reconstruction doit être une responsabilité partagée entre les différentes forces nationales et sociales.
Le rôle des forces nationales :
Il retombe aux forces politiques nationales une responsabilité historique à cette étape, consistant à dépasser les différends traditionnels et à œuvrer pour un projet national rassembleur. Le Soudan a besoin d’un nouveau discours politique qui place l’intérêt de la patrie au-dessus des intérêts partisans et fonde une phase différente basée sur la participation et le consensus.
De même, le soutien aux forces civiles et sociales représente un élément crucial pour réussir la transition vers la stabilité, la société civile possède une grande capacité à favoriser le dialogue, à restaurer le tissu social et à contribuer au façonnage d’un avenir plus inclusif et équilibré.
Le dialogue, voie de la paix :
Face à la complexité de la scène soudanaise, l’importance des initiatives visant à préparer le dialogue et à réunir les parties rivales autour d’une même table ressort nettement. Le dialogue national responsable constitue un moyen essentiel pour sortir du cercle du conflit et bâtir des ententes qui fondent une nouvelle étape.
Le dialogue ne signifie pas faire l’impasse sur les droits des victimes ni ignorer ce qui s’est passé, mais cherche plutôt des solutions politiques réalistes qui préservent l’unité du Soudan et empêchent la poursuite du conflit. Les patries ne se construisent pas par la vengeance, mais par la justice, la réconciliation et le travail commun.
Faire face aux forces du chaos :
Les efforts de paix et de reconstruction se heurtent à de grands défis en raison des tentatives de certaines forces d’exploiter l’état de division pour prolonger la crise et accroître la discorde entre les enfants de la patrie, la continuité du chaos sert les détenteurs d’intérêts étroits, tandis que le citoyen soudanais en paie le prix le plus fort.
C’est pourquoi la protection du Soudan exige une prise de conscience populaire et politique qui rejette les projets de démantèlement et soutient tout effort visant à restaurer l’État et à renforcer son unité nationale. La véritable bataille n’est pas entre les enfants de la patrie, mais entre le projet de l’État et le projet du chaos.
L’avenir prometteur du Soudan :
L’avenir du Soudan ne sera pas façonné par les fusils, mais par la volonté de ses enfants et leur capacité à bâtir un État moderne fondé sur la paix, la justice et le développement. L’histoire ne célèbre pas les guerres, mais plutôt les peuples qui ont su transformer les crises en opportunités de redressement et de reconstruction.
Le Soudan possède les ressources humaines et historiques qui le qualifient pour retrouver sa place, si les efforts s’unissent autour d’un projet national global qui redonne à l’État sa puissance et place le citoyen au cœur du processus de construction. Le nouveau Soudan ne naîtra pas du bruit des balles, mais de la volonté de paix et du travail commun.