
Daglo et les Misseriya… Des différends sans fin
- Un état d’ébullition à Al-Muglad, Babanusa, Al-Odayya Zakariya et Al-Fula présage une rupture définitive entre la milice et les descendants de (Misser)
- L’arrestation du colonel de la milice Al-Nadir Younis à Nyala ravive l’état de tension
- Les champs pétroliers de (Dafra, Heglig et Balila) sur le point d’être fermés
- Les Misseriya n’oublieront pas l’assassinat du Nazir des Falaita et de son fils de sang-froid et sur instructions de Daglo
Rapport – Dr. Ibrahim Hassan Zou Al-Noun
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
En observant l’histoire de la tribu des Misseriya, on s’étonne qu’elle se soit laissée entraîner dans cette guerre actuelle au Soudan, s’engageant dans un labyrinthe où elle n’aurait jamais dû pénétrer. Ce qui est arrivé aux fils de la tribu qui ont été projetés dans le brasier de la guerre du 15 avril 2023 pousse tous les hommes sages de cette tribu à réfléchir mille fois au chemin le plus court pour revenir à la raison, car le retour à la vérité est une vertu, comme le disent les Arabes.
La tribu des Misseriya au Soudan est la plus grande des tribus de Jouhayna arabe dans le Soudan occidental, et elle se divise en deux branches principales :
La première, (les Misseriya Humr), qui sont les descendants de Hamid Al-Ahmar, et la seconde, les Misseriya Zurg, descendants de Hamid Al-Azraq. La branche des Misseriya Humr se divise en Al-Ajayra et Al-Falaita. Quant aux Ajayra, ils sont les plus nombreux et se subdivisent en clans et sous-clans (Awlad Kamel – Al-Mazana – Al-Fayarin – Al-Fadliya – Awlad Omran). Les Falaita, quant à eux, se subdivisent également en clans et sous-clans (Al-Ziyoud – Awlad Surour – Al-Mattanin – Al-Jabour).
Concernant les branches des Misseriya Zurg, elles se divisent en trois grandes fractions, la première étant celle d’Al-Alawna, qui se subdivise en Al-Ghazaya, Awlad Salim, Al-Dara, Awlad Taaman et Awlad Hayban… La fraction des Aynat constitue une entité propre, tandis que la fraction des Zurg se divise en Al-Drayhamat, Awlad Ghanem, Bani Said et Awlad Abou Alwan.
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La tribu des Misseriya, avec toutes ses fractions et tous ses clans, a été projetée dans une guerre et des pratiques guerrières qui ne ressemblent ni à la tribu, ni à son histoire, ni à ses coutumes, ni à son implantation à travers tout le Soudan, où des liens de mariage et de parenté l’unissent à l’ensemble des groupes de population.
C’est ainsi que se sont élevées les voix des sages appelant à la nécessité pour la tribu de sortir de ce brasier dans lequel sa jeunesse a été jetée, au cours d’une guerre inutile si ce n’est pour permettre à la famille Daglo, et derrière elle le clan des Mahriya de la tribu des Rizeigat, d’exécuter les agendas du projet d’hégémonie de l’État des Émirats arabes unis qu’ils mènent par procuration.
Il était donc naturel qu’apparaissent, entre les dirigeants de la tribu qui se sont alignés sur la milice et les figures influentes de celle-ci, certaines frictions, à l’image de Abdelrahim Daglo qui a exploité sa position de commandement au sein de la milice des Forces de soutien rapide pour exercer des opérations d’éviction délibérées contre les dirigeants des Misseriya qui n’ont cessé de rejeter toutes ces tentatives. Certains d’entre eux ont payé un prix fort en raison de leurs positions opposées à la démarche d’Abdelrahim Daglo, empreinte d’un entêtement et d’une arrogance profonds.
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En revenant sur l’histoire des relations entre les Rizeigat et les Misseriya, on remarque qu’elle contient de multiples contentieux accumulés, dont certains sont bien connus, le plus célèbre étant le litige frontalier entre les deux tribus aux confins de l’État de l’est du Darfour, fief principal de la tribu des Rizeigat, et les confins de l’État de l’ouest du Kordofan, fief principal de la tribu des Misseriya. Parmi les autres causes figure également la lutte entre les deux tribus au sein des rouages de la milice, où le clan des Mahriya ne s’est pas seulement accaparé l’ensemble des leviers du pouvoir et de l’argent, mais a aussi pratiqué une marginalisation délibérée et flagrante à l’encontre des dirigeants des Misseriya.
Certains ont même payé de leur vie leurs positions opposées aux politiques discriminatoires des Mahriya. Les Misseriya n’oublieront évidemment pas l’assassinat du Nazir Abdelmoniem Moussa Al-Shouin, Nazir des Misseriya Falaita, qui a été exécuté de sang-froid et sur instruction directe d’Abdelrahim Daglo, uniquement parce qu’il exigeait l’égalité dans la prise en charge médicale des blessés, alors que les fils des Mahriya proches de la famille Daglo bénéficient d’une discrimination positive pour les soins médicaux aux Émirats, privilège dont ne jouissent pas les autres tribus.
(3)
Les nouvelles provenant des capitales du territoire des Misseriya dans l’État de l’ouest du Kordofan, en particulier des villes de (Al-Fula, Al-Muglad, Babanusa et Al-Odayya Zakariya), font état d’un sentiment de frustration régnant parmi la population générale à la suite de l’enrôlement de leurs fils dans une guerre inutile où certains ont perdu la vie.
Cette frustration s’est transformée en un état d’ébullition à la suite des informations concordantes faisant état de l’arrestation d’un fils de la tribu des Misseriya, le colonel Al-Nadhir Younis, que Abdelrahim Daglo a ordonné d’incarcérer à la prison de Dagris. À cela s’ajoute une tension vive apparue clairement lors de la réunion houleuse des dirigeants de la tribu des Misseriya tenue dans la ville de Babanusa au début du mois de septembre présent, qui s’est achevée par la menace de fermer les champs pétroliers de Dafra, Heglig et Balila. Cette réaction fait suite à la marginalisation délibérée subie continuellement par les dirigeants de la tribu et sa jeunesse combattant dans les rangs de la milice.
Selon les nouvelles émanant de la ville de Babanusa sur les détails de la réunion, le représentant du Nazir des Misseriya, Ismail Hamdayn, a déclaré lors de ce rassemblement tendu que la tribu a consenti d’immenses sacrifices traduits par un grand nombre de morts, de blessés et de mutilés de guerre, et qu’en dépit de tout cela, elle a fait l’objet d’un mépris total de la part du commandement du Support Rapide et des responsables du gouvernement de fondation, aucun responsable dudit gouvernement n’ayant rendu visite à leurs régions ou villes, alors qu’ils ont visité les régions et villes du Darfour, notamment Zalingei, El Fasher, Nyala et El Daein.
Cela a amené de nombreux citoyens à exprimer leur vif mécontentement face à ce désintérêt doublé d’une absence de sécurité et d’un dénuement en services essentiels et vitaux.
De son côté, l’agacement manifeste du Nazir Mokhtar Babo Nimer est apparu au cours de la réunion, semblant éprouver un profond regret pour son alignement passé sur la milice, lorsqu’il a déclaré que le manque d’intérêt du gouvernement de fondation pour le Kordofan et les régions des Misseriya était étrange et déplorable, ajoutant que si une attention ne leur était pas portée ainsi qu’aux secteurs vitaux comme l’eau, l’éducation et la santé, chaque action aurait sa réaction, dans une allusion claire à une démarche qui sera suivie d’autres mesures.
Le directeur exécutif de la localité de Babanusa nommé par la milice, Souleymane Omar Bellal, a adopté la même ligne en appelant à la nécessité d’accorder de l’importance aux services vitaux, ajoutant que l’assainissement environnemental dans la ville avait atteint un seuil critique en raison de la propagation des épidémies, de l’accumulation des cadavres et de la dégradation des conditions sanitaires.
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Les positions de la tribu des Misseriya au sein de la milice ont été claires ; chacun se souvient de son refus de laisser la milice entrer à Babanusa jusqu’à ce que cette dernière fasse appel à des troupes mercenaires venant de l’État du Soudan du Sud. Des rapports indiquent que ce recours à des combattants sud-soudanais, appartenant notamment à la tribu des Nuer, s’est fait en contrepartie de sommes importantes en dollars pour combattre dans les zones de l’État de l’ouest du Kordofan.
Des sources ont ajouté qu’en faisant appel à des mercenaires du Soudan du Sud, la milice cherchait à combler le déficit de combattants après le refus des Misseriya de se battre dans leurs propres fiefs pour des raisons qu’ils avaient exposées dans des communiqués publiés à l’époque. Mais dans le même temps, la milice visait un autre objectif invisible : l’entrée de combattants sud-soudanais dans les zones des Misseriya raviverait d’anciennes vendettas entre la tribu des Misseriya et les tribus du Sud historiquement liées au Kordofan-Occidental, telles que la tribu des Dinkas Ngok et les tribus Nuers, lesquelles ont des imbrications avec les habitants de l’État du Kordofan-Occidental et de multiples frictions.
C’est comme si la milice avait délibérément cherché à ouvrir des fronts de combat pour les Misseriya contre les combattants du Sud dès lors que les Misseriya refusaient de se battre sur leurs propres terres.