
Slap au Conseil de sécurité : Comment le plan américain visant à étendre l’embargo sur les armes au Soudan s’est effondré ?
Rapport — Al-Tayeb Abbas :
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas réussi à faire adopter le projet de résolution américain visant à étendre l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan, lors de la séance du Conseil vendredi dernier, en raison de la forte division des positions et du refus du gouvernement soudanais.
Au lieu de cela, le Conseil de sécurité a choisi de renouveler techniquement les sanctions relatives au Darfour (résolution 1591) pour une durée d’un mois seulement, soit jusqu’en octobre 2026, afin de donner plus de temps aux discussions. De son côté, le représentant permanent du Soudan auprès des Nations unies, Al-Harith Idriss, s’est félicité de cette prorogation technique et a réitéré le refus catégorique de Khartoum de toute tentative d’extension de l’embargo sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais, estimant qu’une telle mesure restreint le droit légitime de l’État à se défendre et à protéger ses institutions.
Le projet de résolution américain n’a pas été soumis au vote au sein du Conseil faute d’avoir obtenu le soutien d’une majorité des quinze membres du Conseil de sécurité, la Russie, la Chine, le Pakistan et le groupe africain l’ayant rejeté ; il n’a donc pas atteint la phase de vote.
Accueil favorable par le Soudan :
Le représentant permanent du Soudan auprès des Nations unies, l’ambassadeur Al-Harith Idriss, a exprimé la gratitude du Soudan envers les pays amis qui ont soutenu, et soutiennent encore, sa revendication juste rejetant l’extension de l’embargo sur les armes à tout le territoire soudanais, et exigeant une simple reconduction technique de la résolution 1591.
Dans son discours devant la séance du Conseil de sécurité consacrée au Soudan, l’ambassadeur Al-Harith a déclaré que l’embargo sur les armes sous la forme proposée contredit l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui garantit aux États membres le droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective.
Il a précisé que ce droit englobe les forces armées soudanaises et les forces qui y sont intégrées, lesquelles mènent la bataille pour la défense du Soudan et pour repousser l’agression, soulignant qu’il est du droit de l’État de posséder, produire et acquérir des armes conventionnelles ainsi que d’autres moyens nécessaires à la défense de sa souveraineté et à la protection de ses territoires.
Il a ajouté que les circonstances de la guerre et la fragilité sécuritaire qu’elle a engendrée ne permettent pas à l’État de contrôler pleinement la circulation des armes ni d’évaluer leur prolifération à l’intérieur de ses frontières, à la lumière de la présence d’un grand nombre d’organisations armées et de mercenaires.
L’ambassadeur Al-Harith a fait observer que la communauté internationale a failli à soutenir les efforts d’intégration et de désarmement des groupes armés après l’accord de paix de Juba en octobre 2020, pointant du doigt le refus de la milice des Forces de soutien rapide d’intégrer ses troupes au sein des forces armées, si ce n’est après une longue période.
Il a affirmé que la résolution proposée serait de nature à renforcer les structures des groupes armés hors du cadre de l’État, tout en limitant le rôle des forces armées, rôle pour lequel elles ont été créées, avertissant que cela entraînerait l’essor du trafic d’armes de contrebande à travers les frontières soudanaises et celles des pays voisins.
Il a indiqué que la poursuite du flux d’armes et le lancement de drones depuis le territoire de pays voisins pour exécuter des attaques visant les infrastructures au Soudan renforceraient le rôle des acteurs externes soutenant la milice des Forces de soutien rapide.
Il a précisé que des spécialistes ont confirmé que l’embargo sur les armes entrave la capacité de l’État à rétablir son contrôle sur ses territoires et constitue une atteinte à son droit légal garanti de légitime défense.
Ligne rouge russe :
Pour sa part, la représentante permanente adjointe de la Russie auprès du Conseil de sécurité, Anna Evstigneeva, a confirmé que la position de son pays est en phase avec celle du gouvernement soudanais, indiquant que la Russie ne permettra aucune extension des restrictions imposées au Soudan, ce qu’elle a considéré comme une « ligne rouge » pour Moscou.
Elle a souligné la nécessité de respecter la souveraineté du gouvernement soudanais afin de garantir l’unité des institutions de l’État et d’assurer la protection des civils, rappelant l’importance pour le gouvernement soudanais d’obtenir les ressources nécessaires pour assumer ses responsabilités nationales.
Quel sort pour la résolution américaine ? :
La séance du Conseil de sécurité s’est achevée vendredi sans l’adoption de la proposition visant à étendre le champ de l’embargo sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais, soumise par les États-Unis d’Amérique, tandis que le Conseil a prorogé le régime de sanctions imposé au Soudan en vertu de la résolution 1591 pour une durée d’un mois, soit jusqu’au 9 octobre 2026.
La proposition américaine s’est heurtée aux réserves de la Russie, de la Chine et d’un certain nombre de pays africains, en plus de l’opposition du gouvernement soudanais, qui a considéré l’extension de l’embargo sur les armes comme une atteinte à son droit de légitime défense et à sa capacité de faire face aux groupes armés.
Cependant, selon des observateurs, cela ne marque pas la fin de l’affaire, Washington insistant, sous la pression des Émirats arabes unis, pour faire passer le projet de résolution. Cela signifie que la résolution ne disparaîtra pas complètement de l’ordre du jour du Conseil et pourrait être présentée de nouveau.
Le chercheur Mohamed Mustafa prévoit que les Émirats arabes unis, par l’intermédiaire de la milice des Forces de soutien rapide, intensifieront au cours de la période à venir les attaques de drones contre les installations civiles afin de contraindre le Conseil de sécurité à accepter l’extension de l’embargo sur les armes à tout le territoire soudanais, tout en indiquant d’un autre côté qu’Abou Dhabi pourrait également intensifier ses démarches diplomatiques pour dissuader la Russie et la Chine d’utiliser leur droit de veto pour bloquer la résolution.
Trick américaine :
Le chercheur Dr. Osman Nourain estime que Washington a recouru à l’évaluation de la situation au sein du Conseil de sécurité avant de soumettre la résolution au vote, et ce afin d’éviter le veto russe qui bloquerait totalement la résolution au point de ne plus pouvoir la présenter à nouveau sans y apporter des modifications substantielles. Il a considéré que la ruse américaine était démasquée, mais a indiqué qu’à n’importe quel moment où ce projet serait présenté au Conseil de sécurité, il se heurterait au veto russe.
Complot démasqué :
La déléguée russe, en commentant la résolution, s’est demandée pourquoi l’extension de l’embargo sur les armes à tout le territoire n’avait pas été abordée lorsque les Forces de soutien rapide contrôlaient la capitale Khartoum et de vastes territoires du Soudan. Des observateurs estiment que ce point soulevé par la déléguée russe au Conseil de sécurité met à nu l’ampleur du complot américain contre le Soudan, mené par Mossad Boulos et le représentant de Washington au Conseil de sécurité, incités par des avantages financiers américains.
L’insistance américaine sur la décision d’étendre l’embargo sur les armes a montré que la question n’a rien à voir avec la protection des civils, mais constitue plutôt une tentative rémunérée d’accorder un souffle de vie à la milice d’Hemedti. Cependant, la communauté internationale et le gouvernement soudanais restent à la surveillance de tout mouvement visant à susciter le chaos et à mettre sur un pied d’égalité les institutions officielles de l’État et une milice criminelle.