
Les États-Unis et Nations Unies… Hégémonie ou Accueil ?
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
• Les travaux de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies se tiennent ces jours-ci sous le thème Confiance et gestion de la transition. Il est bien connu que cette session, qui réunit plus de 180 chefs d’État et de gouvernement, se déroule dans des conditions extrêmement difficiles, alors que la question palestinienne et les violations israéliennes sont au plus haut degré d’escalade, que la guerre américano-israélienne contre l’Iran connaît des hauts et des bas, et que la guerre en Ukraine ainsi que les violations de la milice rebelle des Forces de soutien rapide, avec le soutien manifeste des Émirats arabes unis contre le peuple du Soudan et sa souveraineté, dominent la scène, dans le contexte d’une complicité de plusieurs pays africains voisins et du silence des organisations régionales, qu’elles soient arabes ou africaines, face à tout ce qui se passe.
• C’est pourquoi il est attendu, voire obligatoire, que les réunions de cette session aboutissent à ce qui réalise la paix et la sécurité internationales. Le Secrétaire général l’a d’ailleurs déclaré dans son discours lors de la séance d’ouverture, affirmant que la force ne doit pas primé sur la loi, et a souligné que nous devons réformer le Conseil de sécurité des Nations Unies, reconnaissant que l’Afrique manque encore d’un siège permanent au Conseil de sécurité. Si tels sont les mots et l’opinion du Secrétaire général Antonio Guterres, le devoir exige alors de commencer immédiatement la restructuration de l’organisation et la réforme de sa situation aujourd’hui avant demain, afin qu’elle soit capable et qualifiée pour remplir son rôle envers ses membres avec justice, intégrité et honnêteté.
• L’accord de siège des Nations Unies, signé en 1947 entre les Nations Unies et les États-Unis d’Amérique, stipule la définition des obligations de l’État hôte, à savoir l’Amérique, et garantit les immunités des membres ainsi que leur droit de participer à tous ses travaux au siège de l’organisation à New York. Ce sont là les textes du traité que l’État du siège doit respecter tant qu’il a accepté l’hébergement. Il n’y a donc pas de place pour l’hégémonie, l’imposition de conditions ou l’empiétement sur l’organisation, quelles qu’en soient les raisons et les justifications.
• Lorsque les États-Unis ont refusé, en 1988, d’accorder au feu le président de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, un visa d’entrée pour participer aux travaux de l’Assemblée générale des Nations Unies pour cette session-là, le Secrétariat général de l’organisation a été contraint de transférer les travaux de l’Assemblée générale de New York à Genève afin de permettre à Yasser Arafat de participer. Il y a prononcé son discours historique le 13 décembre 1988, à la suite duquel a été adoptée la résolution n° 43/177 des Nations Unies, qui a reconnu la déclaration de l’État de Palestine.
• Ce fut l’un des faits marquants de l’organisation internationale portés à son crédit ; si seulement elle s’était poursuivie avec cette force et cette même détermination après cette belle audace ! Mais malheureusement, cela ne s’est pas répété, les problèmes se sont succédé dans le monde et l’organisation n’a pas été à la hauteur du défi requis.
• L’auteur de ces lignes a suivi au cours des trois derniers jours les discours des chefs d’État et de gouvernement participant aux travaux de la session, et aucun de leurs discours n’a manqué de souligner la nécessité de restructurer l’organisation et son Conseil de sécurité, d’élargir le cercle de la représentation en son sein et d’empêcher l’hégémonie des pays puissants sur l’orientation de sa boussole. Tous ces mots exprimaient l’insatisfaction quant à la performance des années écoulées.
• Quant au discours du président américain Donald Trump, il s’est caractérisé, comme à l’accoutumée, par l’arrogance américaine connue et le fait de se faire justice soi-même, puisqu’il a demandé aux pays de se retirer de la Cour pénale internationale, bien que son pays n’ait pas signé le Statut de Rome fondateur de la Cour et qu’il n’en soit pas membre. Son accusation contre la Cour et son appel aux pays à s’en retirer étaient motivés par le fait que cette dernière échappait au contrôle américain parce qu’elle avait infligé des sanctions au Premier ministre de l’entité sioniste et à certains dirigeants de cet État en raison des crimes qu’ils ont commis contre le peuple palestinien.
• L’Assemblée générale des Nations Unies tient actuellement sa quatre-vingt-unième session à son siège à New York, avec une large participation de chefs d’État et de gouvernement. Le président du Conseil de souveraineté, commandant en chef des forces armées, le général de corps d’armée Abdel Fattah al-Burhan, avait reçu l’invitation officielle d’y participer et son discours figurait au programme. Il avait d’ailleurs reçu quelques jours plus tôt l’envoyé du Secrétaire général des Nations Unies, Pekka Haavisto, à Port-Soudan, ce qui confirme la communication continue de l’organisation avec le Soudan et sa pleine reconnaissance du gouvernement du Soudan et de son président. Mais que s’est-il passé ?
• Ce qui s’est produit n’était pas une surprise, mais quelque chose d’attendu de la part de l’Amérique, car c’est un État qui ne respecte pas les lois internationales, ne se conforme ni aux traités, ni à l’accord de siège, ni aux droits des États en matière d’affaires publiques conformément à ce que stipulent le droit international et la Charte de l’organisation elle-même. Elle a ainsi privé le président du Conseil de souveraineté, le général de corps d’armée Abdel Fattah al-Burhan, en sa qualité de chef d’un État indépendant et souverain dont le président jouit de la pleine adhésion à toutes les organisations régionales et internationales, du visa d’entrée au siège de l’organisation à New York, en violation flagrante de tous les traités et lois, tout en prétendant être un État de droit.
• Si seulement cette privation était liée aux relations bilatérales avec le Soudan, l’affaire aurait été plus tolérable, mais elle est malheureusement liée à une affaire intérieure qui concerne uniquement le gouvernement et le peuple du Soudan, et aucun pays au monde n’a le droit d’intervenir ou d’imposer ses conditions. L’Amérique a en effet conditionné l’octroi du visa d’entrée à l’acceptation par le président Burhan d’une trêve Boulos de 90 jours et à l’arrêt des combats contre les mercenaires sans conditions, outrepassant la position du Soudan, son avis sur la trêve, ses conditions pour sa mise en œuvre et les arrangements qu’il a établis depuis l’annonce des recommandations de la plate-forme de Djeddah en mai 2023, que la rébellion a refusé de respecter et d’exécuter, avec un soutien émirati et américain au vu et au su de tous.
• Que le président américain conditionne l’autorisation du visa d’entrée au président Burhan dans son pays à l’exécution d’une trêve inconditionnelle dont les objectifs et les visées sont connus, ainsi que son impact sur le terrain de bataille au profit de la rébellion, est une chose inacceptable et ne peut même pas faire l’objet de négociations.
• L’Amérique qui a privé le général de corps d’armée Al-Burhan de visa, la voilà qui l’accorde au ministre des Affaires étrangères de l’Iran qu’elle combat actuellement, et l’accorde au président syrien Al-Sharaa qu’elle avait auparavant déclaré criminel et recherché par la justice américaine, offrant une récompense de 10 millions de dollars à quiconque le capturerait et le lui remettrait. Telle est l’Amérique de Mossad Boulos, devenu le porte-voix des Émirats après avoir été acheté avec des dirhams et des dollars, comme cela a été annoncé.
• L’Amérique qui prétend défendre la liberté, la voilà qui interdit aux journalistes du réseau CNN d’entrer à la Maison-Blanche et de couvrir son voyage à New York, et prive les journalistes de MS News et de Politico d’entrer à la Maison-Blanche sous prétexte de non-respect des directives non professionnelles qu’elle leur a imposées, ce qui a amené les cinq plus grands médias à s’abstenir de la couverture conjointe qu’ils effectuaient. C’est cette Amérique avec laquelle, après cet incident, il convient de traiter d’une manière qui préserve la fierté et la dignité du Soudan, et le Soudan a des expériences antérieures avec elle, l’affaire n’étant pas nouvelle.
• Quant aux Nations Unies, elles doivent sauver la face devant l’irrespect américaine en protégeant leurs membres et en assurant leur participation. Il lui était possible d’adopter la même position qu’en 1988 avec le leader Yasser Arafat et de transférer les travaux de sa session actuelle, dont Burhan a été empêché de participer, vers n’importe quel autre pays pour lui permettre de prononcer son discours.
• Mais ce qui doit être confirmé, c’est que la voix du Soudan est restée forte dans tous les forums internationaux par l’intermédiaire du représentant permanent du Soudan auprès des Nations Unies, l’ambassadeur Al-Harith Idriss, avec ses déclarations vigoureuses, ses informations riches et sa désignation directe et nominative des criminels et de leurs soutiens dans cette guerre injuste contre le peuple soudanais, ainsi que par l’intermédiaire du représentant permanent du Soudan auprès des organisations des Nations Unies à Genève et du Conseil des droits de l’homme, l’ambassadeur Hassan Hamid, et les déclarations du ministre de la Justice, Dr. Abdullah Daraf, de l’ancien procureur général Maulana Tayfoor et de l’actuelle procureure Maulana Intisar, sans oublier la presse soudanaise libre et les écrivains patriotes qui n’ont laissé aucun détail des crimes de la milice et des mercenaires sans le documenter par l’image, le son et la parole sincère.
• Priver le président ne signifie donc pas faire taire la voix du Soudan dans ces forums internationaux car elle est entendue, mais cela signifie et confirme la faiblesse des institutions internationales, l’arrogance de l’Amérique, sa violation des lois et sa politique de deux poids, deux mesures, ce qui exige la restructuration de l’organisation internationale et le transfert de son siège vers tout pays qui respecte les traités et les lois régissant les travaux de l’organisation, et qui fait de la paix et de la sécurité internationales une réalité vissée et goûtée par tous les États… et non des paroles remâchées par les langues et répétées par des communiqués timides.