
Les relations soudano-érythréennes… Intérêts communs et sécurité régionale
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le discours sur l’importance des relations internationales ne se limite plus à la simple nécessité pour un État donné d’être présent dans la sphère internationale lors d’occasions publiques, de célébrations ou même d’activités politiques telles que les conférences et réunions, entre autres. Il est désormais directement et étroitement lié aux intérêts communs que l’État concerné peut réaliser, que ce soit dans le cadre de relations bilatérales directes ou au sein de regroupements régionaux ou géographiques dans son environnement régional.
La réalisation de tels intérêts communs exige la coopération et la compréhension bien plus que le conflit, la rivalité et l’empiétement sur l’autre voisin en cherchant à s’appuyer sur l’étranger distant, que ce soit par la force du pouvoir ou de l’argent. Et c’est là, selon lui, ce qui manque à de nombreuses relations entre les États, même au sein d’une même institution, comme le montrent les nombreux conflits que connaissent les pays du monde, le continent africain en étant l’un des exemples.
Nous parlons aujourd’hui de l’une des pires guerres que la région connues récemment : la guerre qui se déroule depuis plus de trois ans et demi au Soudan, avec un soutien régional dont les parties sont bien définies et un soutien international mené par les États-Unis d’Amérique et d’autres pays de l’Union européenne alignés sur l’Amérique.
L’agression régionale contre le Soudan dans cette guerre ne saurait échapper à l’œil averti, et ne la nie que celui qui a de la surdité dans les oreilles, de la cataracte dans les yeux et une intention malveillante dans l’âme. En effet, les pays voisins africains, à l’exception de l’Égypte et de l’Érythrée, complotent tous contre le Soudan. Ils ont ouvert leurs territoires et leurs aéroports à l’État des Émirats pour qu’il y sème la corruption et les exploite de la plus odieuse des manières en échange d’argent et d’influence ; et cette exploitation n’épargne ni l’Union africaine et ses institutions, ni la Ligue des États arabes.
À la lumière de cette guerre que traverse le Soudan, les deux pays voisins, l’Égypte et l’Érythrée, ont adopté des positions honorables envers le Soudan durant cette épreuve, et ils continuent de marquer des positions encore plus fortes et plus claires en apportant un soutien direct au Soudan, gouvernement et peuple.
La préservation des intérêts communs et de la sécurité régionale des États d’Égypte, d’Érythrée, du Soudan et de Somalie durant la guerre que connaît actuellement le Soudan, ainsi que face à l’agression éthiopienne et émiratie contre le Soudan et contre ces pays, a constitué un puissant stimulant pour l’invitation formulée par l’Égypte à un sommet quadripartie auquel ont participé les présidents de ces États dans la ville d’El-Alamein, dans le nord de la République arabe d’Égypte. Nous avons écrit au cours des deux derniers jours sur ce sommet, son importance, ses résultats et la nécessité de mettre en œuvre ses recommandations afin de réaliser les intérêts de l’ensemble des États, de préserver la sécurité régionale et de stopper l’expansion de l’Éthiopie, ses agressions contre le Soudan et son empiétement sur les ports, les mers et les fleuves, y compris le fleuve Nil.
L’occasion du propos d’aujourd’hui est la position ferme du président érythréen Isaias Afwerki sur la question de la guerre au Soudan, son soutien à l’indépendance de la décision soudanaise et la coopération avec lui, loin de toute ingérence dans ses affaires et ses questions intérieures… Son discours lors du sommet quadriparti était clair et précis : le soutien de son pays au Soudan reste sans limites, et les intérêts communs ainsi que la sécurité régionale demeurent sous la responsabilité des États concernés.
En observant les relations soudano-érythréennes et leur histoire, on constate qu’elles ne datent pas d’aujourd’hui. Depuis que l’Érythrée s’est libérée de l’emprise du régime éthiopien au début des années 1990, le Soudan a été un fervent soutien à cette indépendance. Il avait même devancé cela en accueillant les Érythréens pendant les années de refuge et de déplacement, où ils ont vécu honorés au Soudan. Le président érythréen a gardé la mémoire de cette dette envers le peuple soudanais, contrairement à ce qu’a fait le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed envers le Soudan et son peuple, en abritant la rébellion et les mercenaires, en frappant le Soudan avec des drones et en attaquant l’État du Nil Bleu avec des combattants.
Des relations de voisinage, des intérêts communs, des liens culturels ainsi qu’un brassage social et ethnique unissent le Soudan à l’Érythrée voisine, en particulier avec les États de l’Est : Al-gadarif, Kassala et la mer Rouge… Les intérêts communs, la sécurité régionale et la sécurité de la mer Rouge imposent aux deux pays de les prendre en considération, de les préserver, et même de les utiliser comme cartes de pression face à quiconque cherche à empiéter ou à s’étendre dans des zones susceptibles de menacer la sécurité régionale.
Le fait que le Soudan et l’Érythrée soient riverains de la région de la mer Rouge et la menace qu’elle subit, ainsi que les convoitises émiraties, éthiopiennes et israéliennes, exigent une haute coordination entre les deux États afin de préserver ces intérêts et de développer les relations à travers des projets de développement conjoints dont le profit reviendrait aux deux États et à leurs deux peuples, au vu des circonstances que traversent la région et le monde en général.
Si la guerre de la nourriture et sa pénurie sont considérées comme l’une des menaces mondiales, la guerre de l’eau n’est pas moins dangereuse que la guerre de l’alimentation et du pétrole. La sécurité de la mer Rouge et des ports demeure parmi les priorités, après que le monde a récemment observé la crise économique causée par la fermeture du détroit d’Hormuz durant la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
En conclusion, nous disons que la récente agression éthiopienne contre le Soudan, la Somalie et l’Égypte en raison du barrage de la Renaissance, ses récentes accusations contre ces pays et son soutien à ce qui est connu sous le nom de Somaliland pour sa sécession, ont offert aux quatre pays une opportunité de réorganiser leurs affaires et de créer une nouvelle alliance pour sécuriser la région et préserver les intérêts communs. Cela a également accordé au Soudan et à l’Érythrée un espace plus large de coordination pour sécuriser les frontières, renforcer les intérêts et transformer l’épreuve en bénédiction pour davantage de progrès et de développement, grâce à de nouveaux projets dont les deux pays ont besoin aujourd’hui plus que jamais.