
Le Président Al-Burhan et le projet d’Al-Jazira qui fut… tard que jamais
Avant le crépuscule
Dr.Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- Le projet agricole d’Al-Jazira, créé en 1925 en tant que plus grand projet agricole dans les colonies britanniques de l’époque et qui est considéré comme le seul projet géré par une administration unique et reposant sur l’irrigation par gravité sur une superficie dépassant les 200 millions de feddans, se distingue par la fertilité de son sol et la disponibilité de l’eau.
- L’objectif premier du colonisateur lors de sa création n’était pas de développer le pays ni de créer des emplois pour ses habitants, autant que de fournir du coton brut aux usines britanniques du Lancashire. C’est pourquoi la culture du coton dans le projet, sous toutes ses formes, avait la priorité en termes de superficies, de paquets technologiques et de préparations agricoles, en plus du calendrier connu de chaque agriculteur depuis le début des semailles jusqu’à la récolte.
- Malgré le faible rendement financier pour l’agriculteur issu de la culture du coton qui prend tout le temps, les efforts, l’argent et le repos physique de l’agriculteur, les agriculteurs de Al-Jazira sont demeurés attachés à sa culture en tant que produit national qui alimente le trésor de l’État d’une part, et en raison du lien affectif qui s’est renforcé au fil des ans entre l’agriculteur et la récolte de coton d’autre part ; c’est là une des histoires qui méritent d’être racontées aux générations successives.
- Le projet d’Al-Jazira a connu, sous le gouvernement du « Salut » (Al-Inqaz), une grande négligence que beaucoup ont qualifiée d’intentionnelle, peut-être en raison de positions politiques du gouvernement de cette époque envers les habitants d’Al-Jazira, comptés pour la plupart parmi les partis traditionnels malgré les nombreux changements survenus dans la carte politique. Ce fut peut-être l’une des raisons qui ont conduit à la négligence et à la détérioration évidente du projet, découlant également du tâtonnement dans les politiques de gestion du projet.
- La relation administrative a connu des tensions et de nombreux changements entre les agriculteurs et la direction du projet d’un côté, et entre les agriculteurs et leur syndicat d’un autre côté. C’est alors qu’est apparu ce que l’on appelle le « compte individuel », grâce auquel les commerçants d’agriculteurs se sont enrichis et dont la grande majorité des agriculteurs a fait les frais en raison de leur incapacité financière à financer les opérations agricoles, face à l’incapacité du gouvernement à remplir son devoir de financement, à commencer par la préparation des terres, puis les semences, la plantation, les opérations d’irrigation, les engrais et le coût exorbitant de tout cela, jusqu’aux opérations de récolte.
- Après cela, sous la nouvelle loi, sont apparues ce qu’on a appelé les associations d’agriculteurs pour superviser tout cela, tandis que les ingénieurs et les gardiens d’irrigation ont disparu ainsi que leurs sièges sur les canaux principaux d’irrigation, et progressivement les bureaux des inspecteurs de champ se sont réduits et leur état s’est dégradé, touchant même les maisons et les bureaux des employés du projet à Barakat, au sud de Madani, où se trouve le siège de la direction du projet autant de faits regrettables et tristes dont le pays, Al-Jazira et ses habitants ont payé le prix avant que la guerre ne leur prenne ce qu’il en restait.
- La détérioration a touché l’agriculture elle-même, et la conduite de l’agriculture ainsi que le choix des cultures ont été abandonnés aux agriculteurs après qu’ils s’effectuaient selon des rotations culturales qui ont, elles aussi, connu un déséquilibre évident. Les agriculteurs se sont mis à se concentrer sur la culture de produits de rente sans tenir compte des aspects techniques ni de la préservation de la fertilité du sol, en s’intéressant à la culture de produits tels que le pois chiche (Kabkabi), la lentille (Adassiya) et d’autres légumineuses.
- Un élément social important a également disparu du fait de l’imposition de politiques irrationnelles dans le projet qui ont entraîné la régression des surfaces de culture du coton : l’arrivée des travailleurs saisonniers venant de toutes les régions du Soudan a cessé, ce qui constituait un aspect d’homogénéité et d’interpénétration sociale dont le pays avait et a toujours besoin aujourd’hui plus que jamais, alors que Al-Jazira représentait et représente toujours un Soudan en miniature avec toutes ses composantes tribales et ethniques vivant dans la sécurité et la paix ; Al-Jazira n’a connu de conflits entre ses composantes que sous cette guerre maudite qui a détruit les bâtiments et les valeurs, malheureusement.
- L’occasion du propos d’aujourd’hui est cette rencontre qui a réuni le président du Conseil souverain, le général d’armée Abdel Fattah Al-Burhan, et le général d’armée Dr Khaled Al-Shami, président du conseil d’administration du projet de Al-Jazira, au cours de laquelle le président a apporté un soutien généreux au projet estimé à (50) milliards de livres pour le carburant, les services d’eau et les pompes d’irrigation du projet, en plus de (26) véhicules pick-up pour les associations de production du projet. Il ne fait aucun doute qu’une telle attention de la part du président est appréciée et nécessaire, et le besoin s’en fait sentir de manière pressante alors que les agriculteurs entament la saison des cultures d’hiver et que les prix des récoltes agricoles touchent le sommet des cieux, à un moment où le prix de l’ardeb de sorgho (Dura) nourriture de la majorité de la population du Soudan a atteint (un million deux cent mille livres) et le morceau de pain de blé seul (500) livres. Combien le pays a-t-il besoin de se concentrer sur l’agriculture en tant qu’unique et premier sauveur du pays de la pénurie alimentaire attendue en raison de la rareté des pluies cette année.
- S’il y avait eu un intérêt précoce pour l’agriculture sous ses deux volets, végétal et animal, et un renforcement de ses infrastructures grâce à l’argent du pétrole avant la sécession ou aux revenus de l’or actuellement qui se perd en gaspillage en raison de la contrebande et de la corruption, il ne serait pas arrivé au pays ce qui s’y produit actuellement en termes de pénurie alimentaire et de hausse des prix de la manière dont le pays le vit aujourd’hui, et dont la première victime est le citoyen qui a payé un prix fort durant cette guerre.
- Mon attention a été attirée lors de la rencontre du président Al-Burhan et du général Al-Shami, au cours de laquelle il a reçu le soutien accordé au projet de Al-Jazira, par l’absence du Premier ministre,Dr. Kamel Idris, et l’absence du ministre de l’Agriculture et de l’Irrigation, Dr. Ismat Qorashi, étant donné qu’il s’agit d’une action exécutive qui entre au cœur du travail du ministre de l’Agriculture et de l’Irrigation via le Conseil des ministres. Je pensais donc qu’il aurait été préférable qu’un tel soutien se fasse par l’intermédiaire de l’appareil exécutif et du ministre compétent tant que l’argent est disponible, et ce pour plus d’une raison : premièrement pour respecter et renforcer l’institutionnalisme dans l’État, et deuxièmement pour soutenir et renforcer l’appareil exécutif d’un autre côté, et en contrepartie renforcer et soutenir le ministre de l’Agriculture et de l’Irrigation et lui permettre de gérer les projets agricoles en mettant de tels moyens à sa disposition directe et sous le contrôle direct du Premier ministre.
- En conclusion, nous disons que le soutien au projet de Al-Jazira, et même à tous les projets agricoles, ne doit pas s’arrêter au niveau des dons ou d’un soutien discontinu, mais doit plutôt faire partie des priorités du budget général de l’État et passer par les canaux connus et les institutions de gouvernance, compte tenu de l’importance de l’agriculture et de l’élevage en tant que ressources inépuisables de l’économie soudanaise, contrairement à ce qui est connu du pétrole, de l’or et des autres minéraux en tant que ressources limitées, même si leur revenu temporaire est abondant. Mais nous répétons toujours que venir en retard et sauver ce qui peut l’être est certainement préférable à ne pas venir du tout.