
Le sang des enfants dans la balance
Quelque chose pour la patrie
Salah Gariba
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- La véritable prise de conscience des crises nationales émane de la capacité à décortiquer la scène avec une objectivité pure, loin du brouillage émotionnel ou de l’exploitation politique opportuniste… Et lorsqu’il s’agit des âmes des innocents, en particulier des enfants censés être sous la protection d’une enfance sûre, toute tentative d’égaliser le bourreau et la victime représente une déchéance morale avant d’être une déviation politique… La réalité tragique que vivent les villes du Soudan, et plus particulièrement la capitale Khartoum, nous impose aujourd’hui plus que jamais de remettre les choses à leur juste place, et de pointer fermement du doigt la partie véritablement responsable de ce grand bain de sang, au lieu de ce double lamento qui brouille les cartes et légitime le crime.
- Il n’est plus secret pour personne l’ampleur du mépris continu pour la vie des citoyens innocents, un mépris mené par une machine de mort aveugle qui ne fait aucune différence بين un civil désarmé, la défense civile ou une institution militaire… La tragédie douloureuse survenue dans le carré (1) à Imtidad Nasir – près de la mosquée Babiker Wad Al-Jabal – incarne le summum de la cruauté et de la violence sanglante ; un drone appartenant aux milices s’est abattu aux premières heures du matin, laissant derrière lui un horrible massacre à l’encontre de trois enfants innocents : deux garçons de la fille du muezzin et un troisième enfant, âgés respectivement de deux, cinq et huit ans.
- C’est une tragédie dont l’amertume humaine se double lorsqu’on apprend que ces petits n’ont pas laissé leur père vivant, ce dernier étant déjà tombé en martyr au cours du brasier de cette guerre par un obus traître… Ce sang pur versé sans faute ni crime, parallèlement à la poursuite des attaques de drones sur des zones diverses et dispersées de la capitale, représente une tache de honte sur le front de ceux qui ciblent les lieux de culte, les foyers paisibles et les habitations civiles, et confirme clairement et sans la moindre valeur morale que ces forces ne prêtent aucun poids à la sacralité du sang ou de l’enfance.
- Au milieu de ce long déplacement et de ces souffrances cruelles dans les camps de réfugiés et les exils de l’émigration, ainsi que les poursuites sévères et les tracas sécuritaires et quotidiens dus aux infractions de séjour qui s’ensuivent, les appels gouvernementaux sont venus encourager les citoyens à retourner chez eux et à éviter l’amertume de l’exil… Il ne fait aucun doute que la protection des citoyens et la fourniture d’un environnement sûr représentent la première responsabilité constitutionnelle et morale de tout État cherchant à asseoir sa souveraineté et à protéger la dignité de son peuple.
- Cependant, une lecture rationnelle de la scène ne saurait ignorer la nature de la guerre non conventionnelle que mène l’État contre une milice rebelle qui prend les civils comme boucliers humains et cible les quartiers résidentiels avec des drones. Celui qui appuie sur la gâchette et dirige les drones vers les maisons, les mosquées et les installations de service est le véritable coupable, et il n’est en aucun cas possible d’égaliser moralement un État qui demande la protection de ses citoyens et une milice qui les tue de sang-froid… Blâmer le seul gouvernement en faisant abstraction de l’origine du crime constitue une justification implicite pour l’agresseur et une tentative désespérée de blanchir son dossier criminel.
- La plus grande responsabilité demeure lourde et pendante sur les épaules de l’État et de ses institutions ; la sécurisation des infrastructures de service, la garantie de la stabilité des services de base, et la fourniture du minimum des conditions de sécurité publique sont des obligations qui ne s’éteignent pas par la prescription… De vastes foules de citoyens sont retournées à Khartoum en réponse aux appels officiels et aux affirmations constantes selon lesquelles la capitale est désormais sûre et viable, pour se heurter malheureusement à une amère réalité sous la merci des drones dispersés.
- Cette contradiction entre le discours officiel et la réalité sur le terrain place le gouvernement face à un test réel et dangereux… La reconstruction et le retour des déplacés ne peuvent réussir ou porter leurs fruits à moins d’être précédés d’une sécurisation globale qui déracine les menaces sécuritaires et protège les civils de l’oppression de la milice.
- La condamnation de la milice qui tue les enfants et cible les citoyens dans leurs maisons et leurs mosquées doit rester la boussole immuable de toute analyse équitable ou de tout discours national sincère. Il faut appeler les choses par leur nom véritable, et désigner d’abord le responsable du crime, avant d’entreprendre l’évaluation de la performance du gouvernement ou d’adresser des critiques à ses mesures… Les âmes des enfants d’Imtidad Nasir et des autres victimes de cette absurdité sanglante ne sont pas une monnaie d’échange politique, mais un dépôt sacré sur les épaules de tous, exigeant un rang national uni qui mette fin à cette tragédie et fasse justice aux victimes face à leurs bourreaux.