Au  massacre d’El Fasher : Sanctions Britanniques contre 15 dirigeants et appels internationaux à mettre fin à l’impunité

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Le premier anniversaire de la chute de la ville d’El Fasher, qui correspond au vingt-sixième jour d’octobre, s’est transformé en une tribune pour réclamer la justice internationale et la poursuite judiciaire des personnes impliquées dans les atrocités humaines. Alors que la Grande-Bretagne a annoncé un paquet de sanctions ciblant de hauts responsables militaires, des dirigeants politiques et des mouvements armés soudanais ont promis de faire payer les coupables, sur fond d’accusations renouvelées contre les Émirats arabes unis de financer et de prolonger la guerre à travers le flux continu d’armes vers la milice des Forces de soutien rapide (FSR).

Sanctions de Londres :

Le Royaume-Uni a annoncé l’imposition de sanctions à l’encontre de 15 hauts dirigeants de la milice des Forces de soutien rapide, de l’armée et des groupes alliés, soupçonnés d’implication dans de vastes violations, y compris des violences sexuelles liées au conflit pendant le siège et l’invasion d’El Fasher.

La liste britannique, qui prévoit le gel des avoirs et l’interdiction de voyager, comprend des dirigeants des FSR impliqués dans le siège, notamment le colonel Hussein Abu Juluk, Ibrahim Jibril Omar « Abu Wafi », Abbas Khater Bakhit, Khadem Allah Khashmin Harika « Shiraz », Hamdan Al-Kajli, Abdel Baki Dahab Talbo, et Mustafa Abdullah Ahmed Shenibat. Les sanctions ont également frappé des dirigeants qui ont fait sécession par la suite de la milice pour rejoindre l’armée, avec à leur tête Al-Nour Ahmed Adam « Al-Qubba » et Ali Rizqallah « Al-Savana ».

La liste comprend également le général de brigade Awad Al-Karim Ali Said, le général de brigade Abdel Moneim Abdel Basit, le général de brigade Abdullah Ali Ahmed, directeur de la police de l’État de Al-Jazirah, et le colonel Ahmed Barir Haj Ahmed, aux côtés de Al-Misbah Abu Zaid Talha, commandant des brigades Al-Baraa Ibn Malik, et Al-Saddiq Ali Wed Al-Basha « Al-Dahish », commandant de la brigade Abdullah Jamma. Le ministre britannique des Affaires étrangères, El Miliband, a confirmé que les enquêtes financées par la Grande-Bretagne ont révélé l’utilisation continue du viol et de la famine comme armes de guerre contre le peuple soudanais, les qualifiant de crimes contre l’humanité qui exigent que leurs auteurs rendent des comptes et que le soutien extérieur qui leur est apporté soit stoppé.

Jibril Ibrahim : Venger les martyrs

Le président du Mouvement pour la justice et l’égalité et ministre des Finances, Jibril Ibrahim, a lancé une attaque contre les forces agresseurs, qualifiant la résistance des habitants d’El Fasher d’épopée exceptionnelle de bravoure. Il a renouvelé l’engagement de venger les martyrs en déclarant : Nous ne connaîtrons aucun repos jusqu’à ce que nos forces atteignent El Fasher et chaque pouce du territoire soudanais souillé par les milices d’agression.

Pour sa part, le mouvement pour la justice et l’égalité a publié un communiqué affirmant que ce qui s’est passé à El Fasher constitue un nettoyage ethnique et un génocide, visant à provoquer un changement démographique forcé et à vider la terre de ses habitants. Le communiqué a dénoncé le silence international, qualifié de suspect, considérant qu’il s’est transformé en une complicité accordant l’impunité aux tueurs. Le mouvement a exigé le déferrement des dirigeants devant la justice et la mise en cause des parrains régionaux qui fournissent un soutien financier, logistique et en armement à la milice.

Minni Minawi : Notre objectif est de recouvrir l’ensemble du Soudan

Le gouverneur de la région du Darfour et chef de l’Armée de libération du Soudan, Minni Arko Minawi, a confirmé que l’objectif stratégique des opérations militaires en cours dépasse la reprise de la ville d’El Fasher, pour atteindre l’établissement d’un contrôle total sur l’ensemble du Soudan et l’élimination des milices rebelles.

Minawi a expliqué, dans une interview accordée à Asharq, que la planification militaire ne se limite pas au front d’El Fasher, mais garde en ligne de mire la libération de l’État soudanais dans son ensemble et le recouvrement de son contrôle.

Il a décrit la situation générale sur le terrain dans le pays comme étant raisonnable mais non idéale, indiquant que les opérations se déroulent de manière étudiée, mais qu’elles nécessitent le maintien de l’effort de guerre pour exécuter les plans établis. Minawi a lancé une attaque contre la milice, qualifiant la situation humanitaire à l’intérieur d’El Fasher de très misérable, en raison du siège et des violations continues qui touchent les civils et les éléments essentiels de la vie.

Répondant au dossier des dirigeants ayant récemment fait sécession de la milice pour rejoindre l’armée, Minawi a mis en garde contre le fait de fermer les yeux sur les crimes, soulignant que « l’abandon des poursuites contre les dirigeants revenant de la milice envoie des messages négatifs dangereux » et se heurte au principe de justice.

Malgré ses critiques politiques sur ce dossier, Minawi a reconnu que de telles démarches et défections peuvent apporter en coulisses des gains militaires qualitatifs et tactiques  servant le déroulement des combats, même si elles restent incompréhensibles ou floues pour le grand public à l’heure actuelle.

Démarches juridiques :

Le Syndicat des avocats soudanais, en coopération avec la Commission nationale des droits de l’homme, a commémoré le souvenir du massacre d’El Fasher au siège des avocats à Khartoum, à travers un séminaire intitulé les crimes des Forces de soutien rapide à El Fasher, l’impératif d’empêcher l’impunité.

Le bâtonnier des avocats, Zain Al-Abidin Mohammed Hamad, a annoncé des démarches juridiques intensives en coordination avec des unions juridiques internationales, en vue d’intenter des actions en justice pour réclamer réparation pour les dommages et les violations, et demander des comptes aux responsables.

Hamad a accusé la communauté internationale de rester spectatrice face à la tragédie, pointant du doigt l’implication de l’État des Émirats arabes unis dans cette souffrance.

Amnesty International : L’armement émirati prolonge la guerre

Amnesty International a publié un rapport affirmant que les Émirats arabes unis continuent de fournir des armes à la milice des Forces de soutien rapide, ce qui contribue directement à la commission d’atrocités et à la prolongation de la guerre, en violation de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU au Darfour. L’organisation a exigé l’arrêt des transferts d’armes vers les Émirats arabes unis à titre de mesure dissuasive.

La secrétaire générale de l’organisation, Agnès Callamard, a réfuté les prétentions de la milice selon lesquelles El Fasher serait devenue sûre, déclarant que le spectre de la peur jette son ombre dense sur El Fasher aujourd’hui, où les civils sont soumis à une surveillance permanente et au risque de détention et de torture.

Le rapport signale la diminution de la population de la ville à moins de 70. 000 habitants, contre un million avant la guerre, sur fond de mises en garde contre la possibilité d’une famine de niveau 5 le plus élevé dans le classement mondial  dans le Nord-Darfour au cours des prochains mois, en raison du siège de famine et de la malnutrition.