
L’Éthiopie devant le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalik Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- L’agression émirati-éthiopienne contre le Soudan n’a pas été une découverte soudaine pour le gouvernement soudanais, pas plus qu’elle n’est intervenue du jour au lendemain. Elle était connue de tous, et même l’homme de la rue, parmi la population générale, savait et était convaincu que l’État éthiopien est un pays agresseur contre le Soudan, qui n’a ni respecté le bon voisinage ni pris en compte le rôle joué par le peuple soudanais et ce qu’il a offert au peuple éthiopien lors de ses épreuves durant les années de guerre avec l’Érythrée ou de la famine qui a frappé l’Éthiopie par le passé.
- Le Soudan a en effet accueilli des milliers de réfugiés éthiopiens, dont beaucoup vivent encore dignement parmi leurs frères au Soudan, et le peuple soudanais ou son gouvernement ne leur ont pas imputé les crimes du régime d’Abiy Ahmed un dirigeant dont le peuple ne s’est pas satisfait malgré le renouvellement de son mandat présidentiel. La guerre en cours actuellement en même temps à l’intérieur de l’Éthiopie et l’alliance de sept mouvements armés contre le régime d’Abiy Ahmed, malgré leurs divergences considérables, ne constituent qu’un modèle illustrant le mécontentement du peuple éthiopien et de ses organisations à l’égard d’Abiy Ahmed et de ses politiques inconsidérées.
- L’État éthiopien, outre son non-respect du bon voisinage, n’a pas non plus respecté les lois régionales de l’environnement de notre continent africain ni les lois internationales régissant les relations entre les États. Le régime éthiopien, qui n’a observé ni le bon voisinage ni les relations entre les peuples, ne saurait voir son respect des lois attendu, quelles qu’elles soient. C’est pourquoi la sanction par la loi et la punition de ses violations demeurent nécessaires et inévitables.
- Le régime d’Abiy Ahmed n’a eu aucun égard pour le partenariat du Soudan avec son pays au sein de l’Union africaine et de ses différentes instances, qu’il s’agisse du Conseil de paix et de sécurité, de l’organisation de l’IGAD ou d’autres commissions exécutives et de la Commission de l’Union africaine.
- L’État éthiopien n’a pas tenu compte de sa position de pays hôte de l’Union africaine, de ses institutions et de ses organes, ce qui lui impose d’être plus soucieux de préserver la sécurité de la région et les relations entre les États. Malheureusement, il est resté tout le contraire de ce qu’il aurait dû être.
- Le Soudan n’a pas pris l’initiative de manifester de l’hostilité envers l’Éthiopie malgré ses agressions passées et persistantes ainsi que ses complots contre le Soudan. Conscient des circonstances intérieures de ce pays, qui le rendent facile à infiltrer, le Soudan s’est néanmoins refusé à être une cause de déstabilisation de sa sécurité, tout en restant hors d’atteinte d’une exploitation par quelque État que ce soit de la même manière que les Émirats arabes unis ont exploité l’Éthiopie pour atteindre des objectifs israéliens et internationaux.
- Son non-respect de tous ces points a poussé son régime à devenir l’instrument et le bras des Émirats en abritant et en accueillant les forces rebelles des Forces de soutien rapide et leurs mercenaires, en ouvrant des camps, en entraînant des mercenaires et en menant des attaques armées au moyen de drones et de combattants contre le Soudan. Il a ouvert le front de la région du Nil Bleu, où la rébellion a occupé Kurmuk et Geissan, cherchant à faire tomber la capitale Damazin. Cependant, leurs espoirs ont été déçus par les victoires de l’armée, la défaite de la rébellion, son expulsion vers la frontière commune entre les deux pays et la libération de Bakuri, considérée comme la porte d’entrée pour la libération de Geissan et de Kurmuk.
- Il a été prouvé par des preuves irréfutables que les drones ont été lancés depuis le territoire éthiopien, à partir des plateformes d’Assosa, de Bahir Dar et du Benishangul, en direction de l’aéroport de Khartoum et de sept postes de transformation électrique, ce qui a entraîné la plongée de cinq États dans l’obscurité et aggravé les souffrances des citoyens par des coupures d’électricité, d’eau et de certains services, en plus de faire un certain nombre de victimes.
- C’est pourquoi la plainte du Soudan contre l’Éthiopie intervient aujourd’hui devant le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique, étayée par des preuves, des arguments et des documents, et confirmant la violation par le régime éthiopien de plusieurs articles du droit régional et international. Par cette plainte, le Soudan a placé la communauté internationale et l’Union africaine face à un véritable examen : soit elles appliquent leurs lois comme il se doit, soit leur pusillanimité et leur partialité se révéleront au grand jour, de manière plus flagrante encore que lors de leurs révélations antérieures dans l’affaire de la guerre au Soudan.
- J’estime qu’il n’y a aucune place pour la négation de l’agression éthiopienne contre le Soudan. Cette agression documentée est amplement suffisante pour anéantir toutes les prétentions de prétendue suspension par l’Union africaine et par son Conseil de paix et de sécurité de la participation du Soudan à ses activités, motivée par de futiles raisons et des arguments qui n’ont plus de fondement aujourd’hui.
- En effet, si le régime d’Abiy Ahmed considéré comme légitime aux yeux de l’Union africaine commet tout cela et se fait justice lui-même, quelle justification y a-t-il à ce qu’elle considère le Soudan, État agressé, comme doté d’un gouvernement illégitime, tout en persistant dans sa sanction consistant à suspendre sa participation et à le priver de ses droits légitimes ?
- En conclusion, il incombe au gouvernement soudanais d’exploiter l’ensemble de ses relations et d’exercer une pression accrue sur ces institutions, sans renoncer à cette plainte qui a tant tardé, afin de recouvrer une partie des droits spoliés du peuple soudanais et de son gouvernement. De même, l’Union africaine se doit de réviser ses performances et d’appliquer ses lois afin de retrouver le respect qu’elle a perdu à cause de ces dépassements répétés.