L’Aïd entre l’appel au dialogue et les massacres d’Abou Sadoun et d’Al-Murrah

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Avant le Crépuscule
Abdul-Malik Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les chaînes de télévision satellites soudanaises ont diffusé les célébrations de l’Aïd depuis plusieurs États sécurisés du Soudan, où la participation était remarquable. Cependant, ce qui a particulièrement retenu l’attention, c’est la joie des habitants de l’État de Khartoum et leur présence massive. Cela témoigne du retour important des citoyens de cet État et de leur résilience face aux souffrances liées aux pénuries d’eau et aux longues coupures d’électricité qui durent des heures, un prix qu’ils acceptent de payer pour retrouver leurs foyers. Cela impose au « Gouvernement de l’Espoir » d’accélérer le pas afin de fournir ces services essentiels… En effet, les esplanades des mosquées et les terrains de football, qui se sont investis de fidèles, exigent que le gouvernement les regarde avec un haut niveau d’intérêt et de considération, et qu’il redouble d’efforts pour assurer les services ainsi que davantage de mesures pour stabiliser la sécurité et rétablir progressivement la vie normale. Tout cela est possible si le sens patriotique et la responsabilité s’élèvent chez les hauts responsables constitutionnels au-delà de ce qu’ils sont à l’heure actuelle.
Parmi les observations importantes, figure la hausse exorbitante et insupportable des prix des moutons. Il était du devoir du gouvernement d’intervenir, à travers les institutions sociales, l’Union générale des syndicats des travailleurs du Soudan et les syndicats au sein des institutions, pour fournir les sacrifices de l’Aïd à des prix raisonnables, parallèlement aux autres organisations qui se sont concentrées sur les déplacés et les familles des martyrs. Les citoyens qui sont retournés chez eux ont également besoin de ce soutien, compte tenu des conditions bien connues de tous.
Le discours du Général d’armée Abdel Fattah Al-Burhan, président du Conseil de souveraineté, à l’occasion de l’Aïd, a contenu – après les félicitations et la réaffirmation de la détermination de l’armée à aller de l’avant dans la bataille pour la libération de l’ensemble du territoire national, ainsi que son hommage au soutien du peuple soudanais et à sa solidarité avec les forces armées – un appel à un dialogue soudano-soudanais à l’intérieur du territoire national, excluant ceux dont les mains sont souillées par le sang d’innocents… Et il n’y a aucune place pour de quelconques dialogues se déroulant en dehors du territoire soudanais, quelles que soient les entités qui les organisent ou celles qui y participent.
Il est clair que par cet appel au dialogue, le Général Al-Burhan a voulu anticiper le dialogue que l’Éthiopie s’apprête à accueillir dans les deux prochains jours sous l’égide de l’ONU et de l’Union africaine. Cependant, nos remarques concernant cet appel au dialogue soudanais, malgré son importance, sont les suivantes : premièrement, le moment est inopportun, car le dialogue vise des arrangements politiques pour le partage du pouvoir et des richesses, et je ne pense pas que cela soit approprié alors que la rébellion occupe l’ensemble du Darfour, des parties du Nord, du Sud et de l’Ouest du Kordofan, ainsi que certaines parties de la région du Nil Bleu. La priorité absolue actuelle est la libération du territoire soudanais, tant que le peuple tout entier, avec ses forces politiques, demeure uni derrière l’armée… Le moment pour les arrangements politiques n’est donc pas encore venu. Deuxièmement, un dialogue a déjà eu lieu auparavant à Port-Soudan et a émis des recommandations, parmi lesquelles l’achèvement des structures du pouvoir civil et de ses institutions, telles que le Conseil de la magistrature, la Cour constitutionnelle, le Conseil de la justice, puis un Conseil législatif restreint pour aider au contrôle et à la législation. Aucune de ces recommandations n’a été mise en œuvre. Le dialogue annoncé apportera-t-il donc plus que ces recommandations ? Pourquoi alors gaspiller du temps, des efforts et de l’argent dans un dialogue dont on n’attend rien de nouveau et à un moment inopportun ? Tout dialogue annoncé doit nécessairement faire l’objet d’un accord préalable sur son ordre du jour, puis sur les parties y participant, suivis de l’engagement à exécuter ses résultats selon des échéances précises. Tout cela est difficile à réaliser aujourd’hui dans l’ombre de la guerre, de l’occupation, des drones et des massacres humains.
L’Aïd a apporté des nouvelles douloureuses qui ont transformé sa joie en chagrins et en chapelles ardentes, à la suite du massacre humain choquant perpétré par la milice à Ab Sadoun et Al-Murrah, au nord-ouest de Bara, dans l’État du Kordofan du Nord. L’attaque a visé une fête de mariage, coûtant la vie à plus de cinquante jeunes à la fleur de l’âge et faisant des dizaines de blessés, dans un crime de guerre aux éléments constitutifs complets… En plus de cela, des attaques de drones ont visé le Nil Bleu, Kenana dans le Nil Blanc, et les abords de la ville d’Al-Obeid. Ces atmosphères sont-elles propices au lancement d’un dialogue politique pour le partage du pouvoir et des richesses alors que le citoyen perd sa vie, ce qu’il a de plus cher ? Et la puissance qui planifie des dialogues à l’extérieur avec la participation de ceux qui tuent le citoyen à l’intérieur est-elle sérieuse quant à l’arrêt de la guerre et à la réalisation de la paix ? Ou s’agit-il de mécanismes pour prolonger la durée de la guerre et épuiser les capacités humaines et matérielles du Soudan, jusqu’à ce qu’il capitule par la force face à ce que veulent ces puissances extérieures, malheureusement soutenues par certains de nos propres compatriotes ?
Selon mon estimation, il existe deux types de dialogue : le premier est un dialogue avec l’extérieur et avec les entités qui financent et soutiennent la guerre, dans le but de s’accorder sur l’arrêt du flux d’armes et la fin de la guerre selon des arrangements garantissant le retrait de la rébellion de toutes les zones qu’elle occupe. Aucune négociation ne doit être menée avec les subordonnés de la rébellion parmi les forces politiques présentes à l’extérieur, et c’est ce dialogue qui est requis actuellement. Quant au second type de dialogue, c’est celui auquel le Président a appelé les forces politiques à l’intérieur du Soudan afin d’organiser la gouvernance civile, la participation politique et le partage du pouvoir et des richesses. Le moment pour cela n’est pas encore venu, et le gouvernement n’en a nullement besoin, si ce n’est pour satisfaire des parties qui ne connaissent pas l’intérêt du Soudan et ne veulent pour lui ni stabilité ni sécurité… Remplaçons donc l’appel au dialogue soudanais interne par un retour aux recommandations du dialogue précédent, et que le gouvernement commence à les appliquer dès maintenant, avant demain.