Les détenus, les prisonniers et les disparus… Jusqu’à quand ce silence national et international ?

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Avant le crépuscule

Abdelmalik Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

 

• J’ai suivi, à l’instar d’autres observateurs des affaires publiques au Soudan, la situation actuelle marquée par les violations des droits de l’homme et les crimes de guerre commis au vu et au su des autorités responsables à l’intérieur du pays ainsi que de la communauté internationale, avec toutes ses instances, institutions et organisations. Malheureusement, tout cela reste sans impact réel sur le terrain, se résumant à de “brasser du vent”, une attitude qui s’est amplifiée ces derniers jours. Ce changement de cap est survenu après que la boussole a dévié : alors qu’on parlait initialement des avancées militaires sur le terrain, de la priorité absolue de libérer le pays de la souillure de la rébellion, de relâcher les prisonniers et les détenus des geôles de la milice, et de rechercher les disparus, le discours s’est orienté vers les solutions politiques, le dialogue, les négociations et le partage du pouvoir et des richesses. Ce timing est totalement inapproprié pour détourner l’attention des causes des citoyens et des familles qui ont payé — et continuent de payer — un prix exorbitant pour cette guerre imposée au pays depuis plus de trois ans, et qui fait rage encore dans plusieurs régions.
• J’ai également suivi, comme mentionné précédemment, un rapport audiovisuel publié par l’Observatoire Mashad pour les droits de l’homme concernant la situation des prisonniers, des détenus et des personnes disparues à cause de la guerre, qu’ils soient civils ou militaires. Paradoxalement, le nombre de personnes recensées à lui seul dépasse les 47.000 individus. Ce chiffre exclut les disparus dont le gouvernement, dans ses composantes civile et militaire, ne sait absolument rien, sans parler d’une communauté internationale qui ne perçoit les violations des droits de l’homme que sous l’angle qui l’arrange et selon les standards qu’elle définit elle-même, quitte à ce que cela contredise le droit international auquel elle est censée se référer.
• Le rapport indique que la prison inhumaine de Digreis, située dans la ville occupée de Nyala, abrite plus de 25.000 détenus et prisonniers, incarcérés sans motifs d’inculpation ni procès, dans des conditions humanitaires extrêmement critiques qui bafouent les exigences les plus élémentaires des droits de l’homme. De plus, on compte plus de 10.000 détenus et prisonniers dans la prison de Shala, dans la ville occupée d’El Fasher, après un siège qui a duré deux ans au milieu d’un vacarme interne et externe qui s’est aujourd’hui totalement évanoui. Tout le monde a sombré dans le silence face à la situation d’El Fasher et au sort des citoyens qui s’y trouvent après son occupation. Même le gouverneur de la région du Darfour, Minni Arko Minnawi, qui voyage de capitale européenne en capitale européenne, et navigue entre Port-Soudan et Khartoum — et qui s’est récemment déplacé pour inspecter les citoyens du Nil Bleu —, n’a pas foulé le sol du Darfour ni même du Kordofan depuis l’occupation de la région qu’il gouverne virtuellement à distance.
• La situation des prisonniers, des détenus et des disparus, dans ces conditions connues de tous, ne saurait justifier le silence dans lequel nous vivons aujourd’hui, qu’il s’agisse du commandement militaire, du gouvernement civil, ou même du gouverneur de la région. Ce dernier semble plus préoccupé par le fait de nier les conflits et les dissensions au sein du Bloc Démocratique que par le sort des détenus et des citoyens qu’il a la responsabilité de protéger dans toutes les villes et zones rurales du Darfour.
• Ces personnes ne sont pas les seuls prisonniers et détenus évoqués par l’Observatoire Mashad. Il en existe des milliers d’autres qui croupissent dans les pires conditions au sein de centres de détention secrets, situés dans les zones contrôlées par la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR). Ces zones se trouvent sous la coupe de ce qu’on appelle “l’Autorité de Transition”, qui a récemment annoncé l’organisation des examens du diplôme de l’enseignement secondaire. Ces examens incarnent pourtant un symbole de la souveraineté de l’État, et le gouvernement ne doit en aucun cas permettre que l’on manipule l’un des piliers majeurs de la souveraineté nationale sur le territoire soudanais.
• Le silence national et international qui a succédé à la période de l’occupation d’El Fasher — contrastant radicalement avec la mobilisation observée durant les jours de son siège — exige une profonde réflexion. En contrepartie, le mutisme entourant le sort des prisonniers, des détenus et des disparus, ainsi que l’absence de tout effort notable pour obtenir leur libération, demeurent une source d’interrogations et soulèvent de nombreux points d’interrogation. Si la communauté internationale se montre incapable de les libérer, comment pouvons-nous tolérer de voir l’impuissance du commandement militaire, politique et du gouvernement civil à les secourir et à réhabiliter leurs familles, qui ont payé et paient encore le prix fort de cette guerre ?
L’appel est donc lancé aujourd’hui pour le déploiement d’une campagne nationale globale visant à libérer les prisonniers et les détenus, et à localiser les disparus, avant de tenir le moindre dialogue inter-soudanais qui reléguerait la question des prisonniers et des détenus au bas de la liste des priorités de l’État.