Faris Al-Noor… l’histoire des défections interminables au sein de la milice

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Les défections se sont multipliées au sein des Forces de soutien rapide, mais les causes restent similaires.

La famille Daglo et les Mahariya ont appliqué envers Faris Al-Noor la théorie de “l’intrus étranger”.
Alors qu’il était au sommet de son rendement, Faris Al-Noor était perçu comme un (Foulouli – partisan de l’ancien régime) issu des gens de “l’État de 1956”.
Les coups de fouet de (Abdelrahim Daglo) ont-ils atteint Faris, l’obligeant ainsi à faire défection ?

 

Rapport – Dr Ibrahim Hassan Zou Al-Noun
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Il semble que le feuilleton des défections au sein de la milice des Forces de soutien rapide – qui s’est rebellée contre la légitimité de l’État dont elle faisait partie – soit loin d’être terminé. En effet, le conseiller politique du commandant des Forces de soutien rapide, Faris Al-Noor Ibrahim, a annoncé subitement sa défection sans exprimer les moindres raisons indiquant ses motivations. Cependant, il existe de forts indices montrant que les circonstances ayant accompagné la formation de la milice reposent sur l’incubation tribale à laquelle appartient la direction de la rébellion, puis sur le clanisme des Mahariya. Ces derniers représentent l’une des branches les plus importantes de la tribu des Rizeigat, qui contrôle les rouages essentiels de la milice, à savoir le pouvoir, la richesse et les relations extérieures, particulièrement avec l’État des Émirats arabes unis, le principal soutien de la milice.
(1)
En revenant à la biographie de Faris Al-Noor Ibrahim, on peut noter qu’il est âgé de près de cinquante-cinq ans. Il était un militant social à travers les organisations de la société civile. Après avoir rejoint les Forces de soutien rapide, il est devenu une figure de proue, accédant rapidement au poste de conseiller politique du premier rebelle, Mohamed Hamdan Daglo (Hemetti). Sa longue expérience en communication, en analyse et en gestion des crises l’a grandement aidé à diagnostiquer les problèmes politiques et à proposer des options de solution en fonction des données disponibles.
La direction de la rébellion a ainsi propulsé Faris Al-Noor comme négociateur en chef des Forces de soutien rapide lors des négociations de Djeddah, qui auraient pu réaliser des percées importantes sur de nombreux points de divergence entre les deux parties. Néanmoins, l’intransigeance et le durcissement des positions des Forces de soutien rapide, ainsi que leur refus d’exécuter ce qui avait été conclu, ont fait que les discussions de la plateforme de Djeddah fassent du surplace.
(2)
Il semble que l’obtention du prix (Faiseurs d’espoir) à l’État des Émirats arabes unis lui ait ouvert les portes pour intégrer le monde de la milice des Forces de soutien rapide. Certains rapports indiquent que son émergence en tant qu’activiste social au sein du système des organisations de la société civile lui a pavé la voie vers la milice pour en devenir l’un des bras politiques. Les services de renseignement émiratis s’activent en effet à attirer des groupes de Soudanais n’appartenant pas aux incubateurs géographiques et sociaux des Forces de soutien rapide. La milice des Forces de soutien rapide s’était alors réjouie de l’adhésion de Faris Al-Noor Ibrahim en son sein, du fait qu’il appartient géographiquement à ce que l’on appelle le système du Soudan nilotique.
Il est né et a grandi dans l’État du Nil Blanc (village d’Awlad Nasser), au sein de la cellule administrative d’Al-Jazira Aba dans la localité de Rabak. Il appartient à la tribu des Ja’aliyin qui ont émigré dans la région il y a de longues années. Il a épousé une première femme soudanaise, qui était sa camarade durant ses études universitaires à la Faculté des Sciences de l’Université de Khartoum, avec qui il n’a pas eu d’enfants et qui souffre actuellement d’une insuffisance rénale au Royaume d’Arabie saoudite. Sa seconde épouse est britannique, avec qui il a eu trois filles qui résident en Grande-Bretagne, pays dont il détient également la nationalité. Sa notoriété s’était propagée lors du sit-in du Commandement général qui a débuté le 6 avril 2019, où son organisation, soutenue par certaines organisations étrangères, fournissait des services et des aides aux jeunes sit-inneurs. Il avait par ailleurs appartenu au parti du Congrès National par le passé.
(3)
Les détails de son adhésion aux Forces de soutien rapide remontent au fait que les renseignements émiratis l’ont présenté à la direction des Forces de soutien rapide après la dispersion du sit-in du Commandement général. Le premier rebelle, Mohamed Hamdan Daglo (Hemetti), lui a alors accordé un soutien sans précédent en lui louant un immense immeuble de quatre étages sur la rue du Professeur Abdallah dans le quartier de Riyad à Khartoum, près de l’hôpital ophtalmologique de La Mecque, pour servir de siège à son organisation. Ce siège a été équipé de technologies modernes lui permettant de traiter directement avec certaines organisations finançant ses projets et programmes basés sur la distribution de nourriture, de vêtements et de médicaments aux pauvres dans plusieurs régions, en se concentrant sur l’État du Nil Blanc, localité de Rabak, unité administrative d’Al-Jazira, et plus particulièrement son village d’Awlad Nasser ainsi que les villages environnants comme Oum Foura, la zone de Marabi’ Wad Al-Labeih, et les villes d’Al-Shawal et d’Asalaya. De même, la direction des Forces de soutien rapide lui a accordé des facilités bancaires et des exonérations douanières qui ont accru l’autonomie de son organisation. Une source très proche ajoute que Faris Al-Noor Ibrahim s’est rapproché de la direction du Soutien rapide dans le but d’obtenir davantage de soutien financier, ce qui lui a ouvert la voie pour monter sur la tribune des conseillers politiques du commandant des Forces de soutien rapide.
(4)
Depuis que Faris Al-Noor Ibrahim a rejoint la milice sur instigation des renseignements émiratis et avec un accueil personnel de Hemetti, il s’est retrouvé isolé au sein des structures de la milice. Sa présence ne plaisait ni à Abdelrahim Daglo, le commandant en second de la milice, ni à son groupe, ni même aux groupes influents des Mahariya au sein de la milice. Ces derniers lui ont appliqué la théorie de “l’intrus étranger” dans toute sa rigueur, ne lui accordant que très peu d’attention. Il s’est retrouvé sur une île isolée en raison de son non-appartenance à la tribu des Rizeigat, et encore moins à la branche des Mahariya qui est considérée comme la plus influente au sein de la milice. .
De plus, il est originaire des régions du Soudan nilotique (la région du Nil Blanc) et restait parallèlement poursuivi par le soupçon d’être un “Foulouli” en raison de son ancienne appartenance au parti du Congrès National, que la révolution de décembre 2018 a écarté de la scène politique générale du pays, avant d’être dissous et de voir ses façades liquidées. En conséquence de tout cela, il s’est retrouvé entouré de nombreuses complexités et d’un manque de coopération, car la milice, selon sa structure organisationnelle, s’appuie principalement sur les Mahariya et exclut le reste, n’acceptant pour eux rien d’autre que d’être de simples figurants. C’est ce qu’a ressenti Faris Al-Noor Ibrahim, qui a acquis la certitude que son maintien dans une telle situation relevait du domaine de l’impossible.
(5)
Bien que Faris Al-Noor Ibrahim n’ait pas divulgué les raisons de sa défection, certains de ses proches ont considéré que les harcèlements constants de la part d’Abdelrahim Daglo sont ce qui l’a poussé à faire défection. Cependant, l’un de ses parents originaire de sa région (Awlad Nasser), qui a préféré garder l’anonymat, a indiqué que Faris souffrait au cours de la période passée de quelques problèmes de santé qui l’ont contraint à rester à Londres avec son épouse anglaise et ses trois filles. Durant cette période, la direction de la milice s’est abstenue de lui envoyer la moindre aide financière, tout en réduisant les allocations financières qui étaient censées être versées sur son compte de manière mensuelle et continue. La source (l’un de ses proches) a précisé que Faris n’avait pas reçu ses allocations mensuelles depuis la période précédant le dernier mois de Ramadan. Jusqu’à récemment, il estimait que les circonstances traversées par la milice, à savoir la réduction du financement émirati et le blocage des investissements de la milice, en étaient la cause. Mais il est venu à sa connaissance que de nombreux dirigeants politiques alignés sur la milice perçoivent leurs allocations de manière régulière, continue et sans interruption. La source considère que ces harcèlements ont pour instigateur Abdelrahim Daglo, dont les fouets s’abattent sur quiconque rompt le bâton de l’obéissance envers lui ou sur ceux dont il sent qu’ils représentent un danger pour lui en raison de leurs capacités et compétences personnelles.
(6)
Parmi les récits circulant au sujet de la tiédeur des relations de Faris Al-Noor Ibrahim avec Abdelrahim Daglo, il se dit que Hemetti avait l’intention de le nommer parmi ses assistants au sein du Conseil présidentiel fondateur, et que Mohamed Hassan Al-Taichi l’avait nominé pour occuper le poste de gouverneur du Nil Blanc au sein du gouvernement parallèle. Cependant, sous la pression d’Abdelrahim Daglo, il a été nommé gouverneur de l’État de Khartoum. Ce dernier avait dit à ses proches : « Ce Faris est un Foulouli, laissez-le aller à Khartoum ; de toute façon, si elle avait la moindre utilité, nous n’en serions pas sortis. À partir d’aujourd’hui et jusqu’à demain, le hibou y hululera ». C’est pourquoi de nombreux analystes ont interprété la nomination de Faris Al-Noor comme étant virtuelle et symbolique, destinée à donner l’impression que le gouvernement de fondation avait des dimensions nationales, d’où sa nomination comme gouverneur de Khartoum.
(7)
Dès que Faris Al-Noor Ibrahim a annoncé sa défection des Forces de soutien rapide, et avant même qu’il ne s’étale sur les raisons de celle-ci, les plateformes numériques alignées sur la milice des Forces de soutien rapide se sont empressées de minimiser l’importance de son départ. Elles ont rabaissé sa personnalité ainsi que ses capacités, le qualifiant d’opportuniste. Bien que ce qui a été dit à son encontre relève de la diffamation facile à réfuter, les causes de sa défection peuvent constituer un dénominateur commun pour les défections qui ont eu lieu et celles qui se produiront dans les jours à venir. Il est en effet constant que les défections ont été et resteront inhérentes à la milice, laquelle manque, dans sa structure, de tous les éléments de cohésion et ne possède pas la faculté de survie car elle a été bâtie sur des fondements dont la nature même est la fragilité.