Une critique sans arguments… Certains craignent-ils le succès du dialogue soudano-soudanais ?

 

Amr Khan – Journaliste et écrivain égyptien

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Pourquoi ont-ils peur du dialogue soudanais ? Rapidement, une vague d’inquiétude teintée de critiques et de rejet s’est propagée dans l’espace virtuel à l’encontre du Comité de préparation du dialogue soudano-soudanais, juste après l’annonce de sa formation lors de sa première conférence de presse. Une polémique qui ne s’est pas concentrée sur la nature de la mission confiée au comité, ni sur sa méthodologie de travail, ni sur sa capacité à créer une brèche dans le mur de la crise soudanaise, mais s’est portée dans sa majeure partie sur des critiques adressées aux membres du comité eux-mêmes, plus précisément en raison de leur âge, comme si le critère de réussite dans la gestion des dossiers nationaux était désormais lié à l’âge et non à la compétence, à l’expertise et à l’expérience.

Par souci d’équité, la critique est un droit légitime, voire une nécessité dans tout processus politique ou national, mais le problème ne gît pas dans la critique elle-même, plutôt dans son moment, ses motifs et ses prémisses. Certaines voix qui se sont empressées d’attaquer le comité n’ont avancé aucun argument objectif ni aucune remarque pratique sur sa composition ou ses missions, et ne lui ont même pas accordé la chance de commencer son travail, comme si la décision de le rejeter avait été prise au préalable, avant qu’il ne franchisse le moindre pas sur le terrain.

Le plus étrange est que cette posture s’est transmis très rapidement via les réseaux sociaux, se transformant en un état général de suspicion, fondé non pas sur une évaluation des performances du comité, mais sur des impressions préconçues et des jugements tout faits. Ici surgit la question cruciale : pourquoi certains ont-ils peur du dialogue avant même qu’il ne commence ? Et pourquoi le simple fait de parler de réunir les Soudanais autour d’une même table devient-il la cause de toute cette inquiétude ?

Le dialogue en soi n’est le détriment de personne et ne représente pas la victoire d’une partie au détriment d’une autre ; c’est plutôt un moyen politique et civilisé de traiter les différends, en particulier dans les pays épuisés par les guerres et les divisions. Le Soudan d’aujourd’hui n’a pas besoin de voix supplémentaires qui creusent le fossé entre ses enfants, mais a besoin d’espaces communs permettant d’écouter tout le monde et de chercher les points d’accord avant de se noyer dans les détails des désaccords.

Rejeter toute initiative de dialogue avant d’en connaître les détails, les objectifs et le mode de gestion révèle un problème plus profond : à savoir que certains traitent désormais toute tentative de rapprochement politique comme une menace pour leurs positions ou leurs intérêts. Il y a ceux qui se sont habitués au climat de conflit et voient dans la persistance de la crise un espace de présence et d’influence ; dès lors, toute démarche vers l’entente devient pour eux une source d’inquiétude.

La réalité est pourtant que tout comité chargé d’une mission nationale devrait se voir accorder une pleine opportunité de jouer son rôle. On ne juge pas les personnes avant qu’elles ne se mettent au travail, et les comptes ne se rendent pas avant l’apparition des résultats. Tout comme le succès ne s’octroie pas à l’avance, l’échec ne saurait être décrété avant l’expérimentation.

Les membres du Comité de préparation du dialogue soudano-soudanais peuvent faire l’objet de discussions et de divergences, ce qui est tout à fait naturel dans toute société politique, mais transformer le débat en une campagne de rejet préalable ne sert pas la cause soudanaise. Les expériences accumulées et le long parcours ne sont pas un défaut, mais peuvent constituer un facteur aidant à aborder des dossiers complexes nécessitant une part de sagesse, de calme et une capacité d’écoute.

Le Soudan traverse une étape historique d’une extrême sensibilité, où la guerre croise les crises politique, sociale et économique. Face à ces défis, la solution ne saurait passer par l’exclusion des autres ni par la fermeture des portes du dialogue. Les États ne se construisent pas selon la logique du vainqueur et du vaincu, mais par la capacité de leurs enfants à trouver un terrain d’entente qui préserve la patrie et ouvre la voie vers l’avenir.

Ceux qui attaquent le dialogue avant qu’il ne commence sont tenus de proposer une alternative, car le rejet d’une démarche ne suffit pas à façonner une posture politique. La vraie question n’est pas : « Qui sont les membres du comité ? », mais plutôt : « Qu’apportera le comité ? Qu’imposera-t-il avec succès ? Et parviendra-t-il ou non à créer un espace réunissant les Soudanais ? ».

Se contenter de la suspicion, de la contestation et du prononcé de jugements hatifs ne sert que l’état de division dont le Soudan paie le prix depuis des années. Le dialogue n’est un prix pour personne, ni une concession d’une partie envers une autre, mais une nécessité nationale imposée par la nature de la crise.

En fin de compte, la vraie crainte ne vient pas du comité de dialogue, mais de la possibilité que le dialogue lui-même réussisse… car le succès de tout parcours réunissant les Soudanais signifie le recul du discours de guerre et de division, et ouvre la porte à une nouvelle étape nécessitant des concessions et du courage politique de la part de tous.

Dès lors, la question qu’il convient de poser n’est pas : « Pourquoi le comité de dialogue a-t-il été formé ? », mais plutôt : « Pourquoi certains craignent-ils que les Soudanais s’asseyent ensemble et parlent de l’avenir de leur patrie ? ».