La Libye après-Kadhafi

Près… et…  distance

Mustafa Abu Al-Azaim

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal  Shomeina

L’article d’hier concernant l’anniversaire de la prise du pouvoir par le colonel Mouammar Kadhafi en Libye, le 1er septembre 1969, a suscité un grand intérêt. Certains y ont même réagi depuis l’extérieur du Soudan, et d’autres nous ont invités à continuer de publier une partie des informations dont nous disposons sur la Libye de la révolution.

C’est pourquoi j’ai jugé bon d’aborder le retour de Abdelhakim Belhadj, le plus dangereux opposant de Kadhafi, en Libye, après qu’il l’a fuie en 2017, puis sa poursuite en vertu de mandats d’arrêt émis par le procureur général en 2019, et son choix de la Turquie comme lieu de résidence et de fixation depuis lors, alternant par la suite entre Ankara en Turquie et Doha au Qatar.

J’ai vécu en Libye pendant quatre ans, au cours desquels j’ai été en contact avec de nombreuses personnes et j’ai noué avec elles des liens et des relations solides, mais je n’ai rencontré Abdelhakim Belhadj qu’une seule fois. C’était le 29 septembre 2011, après la chute du régime du colonel Mouammar Kadhafi, que Dieu lui fasse miséricorde, mais peu avant sa mort survenue le 20 octobre 2011.

Ma première et dernière rencontre avec Abdelhakim Belhadj a eu lieu après le succès de la révolution populaire qui a renversé le colonel Mouammar Kadhafi. Belhadj était alors le commandant du Conseil militaire de Tripoli. Je l’ai rencontré avec un groupe de confrères au sein d’une délégation de presse qui accompagnait M. Ali Osman Mohamed Taha, alors premier vice-président de la République, lors du premier voyage d’un responsable soudanais, et peut-être arabe et africain, en Libye après l’effondrement du régime du colonel Mouammar Kadhafi. La dangerosité de Belhadj résidait, et réside toujours, dans le fait qu’il est l’émir du Groupe islamique combattant en Libye et le fondateur du parti islamique Al-Watan.

Ce voyage dans la Libye de la révolution était véritablement historique. M. Ali Osman Mohamed Taha y a rencontré les dirigeants libyens qui ont renversé Kadhafi, à commencer par le conseiller Moustafa Abdel Jalil, président du Conseil national de transition libyen, et d’autres, à l’hôtel (Rixos.. Ghabat Al-Nasr) dans le quartier de (Sidi Khalifa) proche du quartier général de Kadhafi.

Il a tenu des entretiens à huis clos avec Dr. Mahmoud Jibril, président du comité exécutif du Conseil national de transition, ainsi qu’avec plusieurs membres du comité. Mais Dr. Mahmoud Jibril lui-même était la personnalité la plus importante et la plus influente : c’était un homme politique opposé à Kadhafi, mais avant son opposition, il avait été secrétaire du Conseil national de planification et directeur du Conseil de développement économique sous le règne de Kadhafi.

Il avait fondé le parti libéral de l’Alliance des forces nationales, mais son parti n’a pas obtenu de résultats probants lors des élections législatives qui ont eu lieu par la suite. Pour information, il était marié à une dame égyptienne, fille de Shaarawi Gomaa, l’ancien et très célèbre ministre égyptien de l’Intérieur.

Cet homme est un roman, une longue histoire et un réseau complexe de relations régionales et internationales. Né en 1952, il est décédé ultérieurement en Égypte le 5 avril 2020 après avoir contracté le Covid.

Je me souviens qu’alors que nous étions dans les salles de l’hôtel (Rixos.. Ghabat Al-Nasr) — qui a été le témoin des développements de la révolution libyenne et le dernier endroit où est apparu Saïf al-Islam Kadhafi avant de disparaître —, j’ai rencontré le Dr Mahmoud Jibril et lui ai demandé si l’heure de l’arrestation de Kadhafi était venue.

Il n’a pas répondu à ma question, mais a souri en me regardant tout en se dirigeant vers la large porte de sortie. C’est alors qu’une jeune fille libyenne parmi le personnel de l’hôtel s’est approchée de moi et m’a dit, dans un murmure avec l’accent libyen que je connais très bien : « On veut vous informer que les révolutionnaires ont attrapé Moussa Ibrahim, et ils l’annonceront peut-être plus tard. » Le sens de ses paroles était que les révolutionnaires venaient de capturer Moussa Ibrahim et que la nouvelle serait probablement diffusée ultérieurement.

Moussa Ibrahim est Moussa Ibrahim al-Kadhafi, le cousin du colonel Mouammar Kadhafi, qui donnait des déclarations quotidiennes et présentait ses rapports depuis ce même hôtel jusqu’au moment de la chute de Tripoli aux mains des révolutionnaires.

Et l’arrestation de Moussa Ibrahim a effectivement été annoncée le jour même, avant que nous ne quittions Tripoli à l’issue du voyage le plus court et le plus dangereux d’un responsable soudanais en Libye immédiatement après le succès de la révolution populaire.

Ce voyage n’a été annoncé qu’une fois les rencontres et les entretiens terminés, et il n’a pas apporté au Soudan ce que ses dirigeants espéraient, car la situation en Libye ne s’est pas stabilisée depuis lors et jusqu’à ce jour.