
Intérêts économiques… Une opportunité pour le Soudan d’attirer les investissements français
Abd Al-Hafiz Al-Awad
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- Dans un monde régi par les intérêts économiques, la sécurité énergétique et la recherche de ressources et de sources de revenus, les positions politiques et les sanctions ne constituent plus toujours des obstacles absolus à la coopération internationale. Au contraire, les États peuvent revoir leurs calculs lorsque les restrictions politiques entrent en conflit avec leurs intérêts stratégiques.
- L’exemple américain d’octobre 2026 illustre cela de manière frappante, lorsque l’administration du président Donald Trump a décidé de suspendre l’application de certaines nouvelles sanctions et restrictions contre la Russie, en se fondant sur des considérations d’intérêt national, dans un contexte lié aux approvisionnements en carburant et aux prix de l’énergie. Bien que d’autres restrictions américaines et européennes persistent, cette démarche montre comment les intérêts économiques peuvent inciter à réviser certaines positions politiques.
- Partant de ce principe, le Soudan devrait considérer la France comme un partenaire potentiel à une époque où la concurrence internationale s’intensifie pour l’énergie, les ressources et les marchés. Le Soudan dispose en effet d’opportunités pour développer ses champs pétroliers et accroître leur production, structurer le secteur de l’or et moderniser ses technologies, sans oublier ses vastes capacités agricoles, le domaine des énergies renouvelables et les industries agroalimentaires.
La France et la recherche de partenariats africains alternatifs :
- Cette opportunité revêt une importance accrue à la lumière du recul de l’influence française dans plusieurs pays du Sahel africain, du retrait des forces françaises de pays tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et des défis qui en ont découlé pour les intérêts français dans la région. Paris s’est ainsi orientée vers la diversification de ses partenariats africains et la recherche de nouveaux marchés et d’opportunités d’investissement, ce qui s’est traduit par le sommet « Africa Forward » accueilli par Nairobi en mai 2026, visant à renforcer la coopération économique et d’investissement avec ces pays.
- Il ressort du suivi de la situation en France que celle-ci traverse des conditions principalement dues au déclin de l’économie, de la production et à la faiblesse des investissements français. Cela a incité le gouvernement français à œuvrer avec détermination pour renforcer sa sécurité économique et diversifier ses relations internationales dans les domaines de l’énergie et des ressources stratégiques, tout en développant l’électricité à faibles émissions et les énergies renouvelables, et en s’éloignant progressivement des combustibles fossiles. En 2026, le gouvernement français a présenté son plan énergétique pour la période 2026–2035, et a réaffirmé son orientation vers une sortie progressive du pétrole d’ici 2045 et du gaz fossile d’ici 2050.
- Cela signifie que l’opportunité s’offrant au Soudan ne doit pas reposer sur l’hypothèse selon laquelle la France chercherait nécessairement un nouveau fournisseur pour le pétrole soudanais, mais plutôt sur la présentation d’un ensemble diversifié d’opportunités d’investissement adaptées à ses besoins industriels et technologiques, ainsi qu’à ses orientations en matière d’énergie et de transition économique.
- En principe, les entreprises françaises peuvent participer au développement des gisements pétroliers, à l’amélioration de l’efficacité de la production, à la modernisation des infrastructures énergétiques et au développement de projets d’énergie solaire, en plus d’investir dans l’exploitation minière, l’agro-industrie et les chaînes d’approvisionnement.
- De même, le nouvel intérêt de la France pour l’établissement de partenariats économiques avec les pays africains offre au Soudan l’opportunité de se positionner comme un marché prometteur pour l’investissement, la production et la transformation industrielle.
- Néanmoins, tirer profit de ces opportunités exige d’établir une communication sérieuse avec les acteurs français influents sur le plan diplomatique. Cela nécessite également de passer de la simple présentation de capacités générales à la soumission de projets prêts à l’investissement, appuyés par des études de faisabilité, des garanties juridiques et la transparence des contrats, tout en tenant compte des sanctions et restrictions internationales en vigueur.
- Le message que le Soudan doit adresser à la France est que le partenariat économique peut générer des bénéfices mutuels : des ressources et des opportunités de production pour le Soudan, et des domaines d’investissement, des marchés ainsi que des partenariats stratégiques pour les entreprises françaises… d’autant plus que la France possède une expérience d’investissement antérieure réussie à travers la société minière Arbab.
- Par conséquent, il ne s’agit pas d’attendre un changement de positions politiques, mais plutôt de construire une offre économique sérieuse qui fasse de l’investissement au Soudan un intérêt évident pour le gouvernement français… De plus, le message destiné à l’investisseur français doit être clair : le Soudan ne cherche pas seulement des financements, mais un partenaire capable de stimuler la production, de réduire les coûts d’exploitation, d’améliorer l’efficacité et de maximiser le rendement économique pour l’État.
- L’agriculture figure probablement parmi les domaines clés où le Soudan peut bâtir un partenariat économique à long terme avec la France, en particulier s’il évolue de l’exportation de produits agricoles bruts vers le développement d’un système intégré englobant la production, le stockage, la transformation et la commercialisation. Le Soudan possède de vastes superficies agricoles, des ressources humaines et des expertises locales ; ces atouts peuvent être développés grâce à des partenariats comprenant :
- La modernisation des systèmes d’irrigation et l’introduction de technologies d’économie d’eau.
- L’investissement dans la production de blé, de maïs, de sésame, d’arachides, de coton et des cultures adaptées à chaque région.
- Le développement de la production de gomme arabe, sa transformation ainsi que l’amélioration de sa qualité et de sa valeur ajoutée.
- La construction d’entrepôts modernes, de silos, ainsi que de centres de réfrigération et de conditionnement.
- L’implantation d’usines d’huiles végétales, d’aliments pour animaux et de produits alimentaires.
- Le développement de semences améliorées, de la mécanisation agricole et des services de vulgarisation.
- Le renforcement des partenariats entre les producteurs soudanais et les entreprises agricoles, ainsi que les institutions de transformation et de distribution françaises.
- Quant au secteur minier, le Soudan possède d’importantes ressources aurifères. Toutefois, la véritable valeur économique de ce secteur ne s’intègre pas seulement à travers l’extraction du minerai brut et son exportation, mais par la régulation de l’activité minière, le développement des procédés de traitement, l’amélioration des normes de sécurité et d’environnement, et la création de chaînes de valeur locales. Ici, le Soudan peut explorer des opportunités de coopération avec les institutions et entreprises françaises dans les domaines des équipements industriels, des levés géologiques, de l’analyse d’échantillons, de la gestion des déchets, du traitement des minerais, du contrôle environnemental, ainsi que du développement des systèmes de traçabilité et de gouvernance… Une fois cette coopération réussie dans ces domaines essentiels, elle pourra s’étendre à d’autres secteurs en s’appuyant sur ces succès.