
Quand l’enseignant se met en grève… qui tire la sonnette d’alarme pour l’État ?
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Échos de la réalité et pour un avenir prometteur
Dr. Mozamil Souleiman Hamad
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Il n’y a rien de plus dangereux pour les nations que de voir l’enseignant atteindre un stade où il devient incapable d’assurer les moyens les plus élémentaires d’une vie digne. Il n’y a rien de plus douloureux que de voir ce phare du savoir et de l’éducation se transformer en victime de la pauvreté, de la négligence et du manque de considération. L’enseignant, qui porte sur ses épaules la responsabilité de bâtir les esprits, de façonner l’avenir et d’éduquer les générations, ne devrait pas être le dernier à susciter l’intérêt de l’État, ni rester l’otage de promesses différées, de droits retardés et de salaires qui ne suffisent même pas à assurer la subsistance de base.
Un large spectre d’enseignants et d’enseignantes de l’État de Khartoum est entré en grève illimitée pour protester contre des conditions de vie devenues insupportables, après de longues années d’érosion des salaires, de hausse du coût de la vie et d’effondrement du pouvoir d’achat de la monnaie nationale. À cela s’ajoute le non-respect par les autorités compétentes du versement des arriérés financiers des salaires, des allocations, des primes et des indemnités, à un moment où le pays traverse des circonstances exceptionnelles qui exigeraient de doubler l’attention portée au secteur de l’éducation, et non de l’affaiblir.
Cette grève revêt une importance particulière car elle ne concerne pas des revendications catégorielles étroites, mais touche directement une cause liée à l’avenir du processus éducatif et à l’avenir du Soudan lui-même. Les enseignants qui se sont mobilisés pour réclamer leurs droits sont les mêmes qui ont continué à accomplir leur devoir dans les conditions les plus difficiles. Ils ont enduré les fardeaux de la guerre, du déplacement, des coupures de services et de la détérioration de l’économie, et beaucoup d’entre eux ont poursuivi leur mission malgré la souffrance quotidienne que tout le monde connaît.
Exiger le relèvement du salaire minimum de douze mille livres à deux cent seize mille livres n’est ni un luxe ni une exagération, mais une tentative de combler le fossé immense entre le salaire réel et le coût effectif de la vie. Il est déraisonnable de demander à l’enseignant d’accomplir sa mission éducative et humanitaire alors qu’il est incapable de subvenir aux besoins de sa famille en nourriture, en médicaments, en transport et en nécessités de base. Un salaire juste n’est pas une aumône de l’État, mais un droit authentique garanti par le devoir que l’enseignant remplit envers la société.
De même, le versement de tous les arriérés financiers — salaires, allocations, primes et indemnités — représente un engagement légal et moral sur lequel on ne peut transiger. Ces fonds ne sont pas des privilèges supplémentaires, mais des droits acquis qui conditionnent les obligations familiales et quotidiennes de milliers d’enseignants et d’enseignantes qui les attendent depuis de longs mois. Le niveau de frustration s’est amplifié lorsque de grandes occasions religieuses et sociales, notamment l’Aïd al-Adha, sont passées sans que de nombreux enseignants ne puissent percevoir leurs salaires ou les primes qui leur étaient dues, jetant ainsi une ombre dure sur leurs familles et leurs enfants.
Quant à la question des promotions méritées, elle n’est pas moins importante que celle des salaires, car elle est liée à la justice professionnelle, à la progression de carrière et à la reconnaissance des expériences accumulées. L’enseignant qui a consacré les années de sa vie au service de l’éducation a le droit d’obtenir la promotion qu’il mérite, conformément à la loi et aux règlements, et ses droits ne doivent pas rester suspendus ou reportés sans justifications convaincantes.
Il est également préoccupant de voir se poursuivre les politiques de congés forcés et la mise à l’écart contraignante de certains enseignants du service d’une manière que beaucoup jugent injuste, à un moment où le pays a besoin de toutes les compétences éducatives disponibles pour reconstruire ce que la guerre a détruit. Au lieu de préserver les compétences et de les retenir, certains enseignants se retrouvent face à des mesures qui aggravent leurs souffrances et fragilisent leur stabilité professionnelle et psychologique.
La question majeure demeure la responsabilité de l’État dans le financement de l’éducation en tant que droit fondamental des citoyens. L’éducation n’est pas une marchandise qui se vend et s’achète, ni un fardeau qu’il convient de transférer sur les épaules de familles déjà épuisées par la situation économique. Les pays qui aspirent à un avenir stable investissent avant tout dans l’éducation, car l’école est le lieu où se forment les valeurs, les connaissances et les capacités productives de la société.
Dès lors, la responsabilité politique et morale n’incombe pas à une seule entité, mais s’étend pour inclure le gouverneur de Khartoum, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement, le ministre des Finances, le Premier ministre et Monsieur le Président du Conseil de Souveraineté. Cette affaire n’est plus un simple litige sur les salaires, mais elle est devenue un véritable test de l’engagement de l’État à protéger l’éducation et à rendre justice aux enseignants. Il est regrettable que l’enseignant soit contraint à la grève pour que sa voix soit entendue, alors qu’il aurait mieux valu que les institutions de l’État prennent l’initiative de traiter la crise avant qu’elle n’atteigne ce stade.
Continuer à ignorer ces revendications entraînera des répercussions qui dépasseront les enseignants eux-mêmes pour impacter les étudiants, les familles et la société tout entière. Chaque jour où l’éducation est interrompue est une véritable perte nationale, et chaque recul de la condition de l’enseignant est un recul de la qualité de l’éducation, du niveau de réussite et de la construction de l’être humain soudanais.
L’histoire a prouvé que les nations ne s’élèvent pas par les seules ressources naturelles, ni par les seuls projets économiques, mais qu’elles s’élèvent d’abord grâce à l’enseignant. C’est l’enseignant qui forme le médecin, l’ingénieur, le juge, l’officier, le ministre et le scientifique. Si la société honore ses différents symboles nationaux, l’enseignant demeure le symbole qui a façonné tout le monde et a contribué à leur formation.
Le devoir national exige une action urgente et responsable pour rendre justice aux enseignants et aux enseignantes, répondre à leurs demandes légitimes et élaborer une vision stratégique pour réformer les conditions de l’éducation et de ses travailleurs. Honorer l’enseignant n’est pas un slogan à répéter lors des occasions, mais se traduit par des politiques, des décisions et des mesures qui lui redonnent sa dignité, préservent son statut et lui assurent une vie décente.
Si la guerre a épuisé le Soudan et accablé ses citoyens, le chemin vers la guérison et la reconstruction commence par l’école, et le chemin vers l’école commence par l’enseignant. Par conséquent, rendre justice aux enseignants aujourd’hui n’est pas seulement une réponse aux revendications d’une catégorie professionnelle, mais c’est un investissement direct dans l’avenir du Soudan et de ses générations futures, et un message indiquant que l’État est toujours conscient que la construction de l’être humain est le plus grand projet national qu’il puisse adopter.