Interdiction de survol au Soudan : la dernière carte d’Abu Dhabi pour sauver la milice

Rapport : Al-Tayeb Abbas

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

Dans ce qui semble être une ultime tentative pour sauver ses milices au Soudan, Abu Dhabi a recours à son conseiller, l’envoyé de Trump, Mossad Boulos, afin d’enrayer l’effondrement accéléré de la bande de Hemedti. Cela s’est traduit par la soumission, demain lundi au Conseil de sécurité des Nations unies, d’une proposition visant à instaurer une zone d’interdiction de survol dans les zones sous le contrôle de l’armée et de la milice.
Après l’échec de la proposition de trêve dans laquelle ce « marchand de ferraille » s’était récemment investi, Abu Dhabi le réutilise cette fois-ci pour présenter une proposition d’interdiction de survol de l’aviation soudanaise. Bien que cette proposition soit vouée à l’échec selon des observateurs au sein même du Conseil de sécurité — et même si le Conseil venait à l’approuver —, il ne dispose pas des mécanismes pour l’appliquer à un État indépendant et membre des Nations unies.
Néanmoins, selon ces observateurs, cette décision offre une victoire momentanée qui pourrait retarder, ne serait-ce qu’un peu, la déroute rapide de la milice des Janjaweed.
Mais que s’est-il passé pour pousser Abu Dhabi à inciter son conseiller libanais à présenter une telle proposition précisément à ce moment précis ? En examinant le déroulement des opérations ces deux derniers jours, la vérité éclate au grand jour.
Vendredi, des sources très bien informées ont révélé la destruction d’environ 200 véhicules de combat, de conteneurs de munitions et de camions de carburant à la frontière libyo-tchado-soudanaise, qui s’acheminaient vers le Darfour et le Kordofan.
Selon ces mêmes sources, ces véhicules devaient renforcer les troupes de la milice au Kordofan et progresser vers Dalang et El Obeid pour les occuper ; mais l’aviation de drones les a réduits en cendres. Alors que la milice s’est réveillée terrifiée par l’ampleur des pertes humaines, la panique s’est emparée d’Abu Dhabi, qui a alors planifié le sauvetage de ses mercenaires en poussant cette proposition d’interdiction de survol au Conseil de sécurité des Nations unies.
Une proposition ridicule :
Les observateurs estimant que la proposition portée par Mossad Boulos pour le compte du régime d’Abu Dhabi n’aboutira pas, soulignent que priver une armée nationale, représentant un État membre des Nations unies, de son droit souverain à défendre son territoire est une question extrêmement complexe et un précédent international inédit.
Le chercheur Dr. Mohamed Al-Mustafa a expliqué que Mossad Boulos avait disparu de la scène après l’échec de la trêve qu’il avait demandée sous l’impulsion de Bin Zayed, avant de revenir hier avec une proposition chaotique poussée par Abu Dhabi — qui ignore les lois internationales — et adoptée par un marchand de ferraille.
Al-Mustafa a ajouté que même si le Conseil de sécurité adoptait cette incohérence, il ne disposerait pas des mécanismes pour l’appliquer, considérant que la proposition ne relève que d’un coup médiatique, ni plus ni moins.
Des sanctions à venir :
Des observateurs ont déclaré que les risques de rejet de la résolution sont plus élevés que ses chances de succès, en raison d’obstacles et d’oppositions probables au sein du Conseil de sécurité de la part de la Russie et de la Chine.
Cela pourrait cantonner la proposition à des pressions ou à des sanctions unilatérales de la part des États-Unis. Dans une lecture prospective, le président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah al-Burhan, s’attend à l’imposition de sanctions américaines contre le Soudan, sans en préciser la nature.
Toutefois, des observateurs estiment que l’attachement de l’armée et du peuple soudanais à l’option militaire pour éliminer la milice des Janjaweeds a irrité Abu Dhabi, qui a activé ses relais à Washington pour imposer des sanctions en dernier recours.
Cependant, dans les faits et selon le chercheur Dr. Osman Nourain, l’armée soudanaise ne reviendra pas sur sa position exigeant le retrait des milices des villes et zones occupées ainsi que le dépôt des armes comme conditions préalables à toute trêve ou arrêt des combats. Nourain a précisé que l’armée poursuit son offensive et ne sera pas entravée par ces décisions déjà expérimentées par le passé.
Il est clair que l’arme des drones a abattu la milice des Janjaweeds et troublé le sommeil d’Abu Dhabi, qui s’est activée dans toutes les directions pour désengager ses milices : tantôt en ouvrant le front du Nil Bleu, tantôt en bombardant des installations civiles. Or, au vu de la situation sur le terrain, les événements s’orientent vers un effondrement accéléré des Janjaweeds. Pour tenter d’enrayer cela, Abu Dhabi a cherché, via ses relais à Washington, à faire adopter par le Conseil de sécurité une résolution d’interdiction de survol sous prétexte de protéger les civils, alors qu’en réalité, l’aviation qui tue les civils et détruit les infrastructures civiles, d’électricité et d’eau, est celle-là même qu’Abu Dhabi fournit à ses mercenaires.