
Pourquoi la communauté internationale se trompe-t-elle dans l’équation soudanaise ?
Quelque chose pour la Patrie
Salah Gariba
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les crises politiques et humanitaires s’entremêlent dans la scène régionale et internationale pour placer la communauté internationale face à des tests éthiques et juridiques décisifs. Néanmoins, les approches actuelles dans le traitement du conflit armé au Soudan révèlent un profond déséquilibre dans les concepts de souveraineté nationale et les fondements du droit international… Les récentes propositions exigeant l’élargissement de l’embargo sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais ne représentent pas une simple mesure visant à protéger les civils, mais reflètent une confusion conceptuelle dangereuse qui menace l’entité institutionnelle de l’État soudanais, en plaçant l’institution militaire nationale dans la même balance que les milices rebelles.
La crise de l’approche internationale actuelle se fonde sur la précipitation à imposer des sanctions globales et des mesures d’embargo aléatoires qui ignorent la nature juridique et politique des parties belligérantes… Les Forces armées soudanaises ne sont pas une partie égale à une milice ayant dérogé à la loi, mais constituent plutôt l’institution souveraine officielle à laquelle il incombe, constitutionnellement et internationalement, de protéger le territoire national, de défendre les citoyens et de faire face aux menaces de désintégration. Restreindre la capacité défensive de l’État et l’empêcher de posséder les outils de protection de sa sécurité nationale constitue un dépouillement automatique de sa souveraineté, et accroît le sapement de la stabilité régionale au lieu d’y remédier.
En revanche, le véritable alternative qui alimente le conflit et prolonge la guerre découle principalement de la poursuite du flux de soutien militaire et logistique extérieur aux milices rebelles, comme l’ont prouvé de multiples rapports internationaux et de droits de l’homme. La politique d’omission concernant le tarissement des sources de financement et d’armement que reçoivent les forces non régulières à travers des points de passage transfrontaliers, ainsi que la fermeture des yeux sur les parties régionales et internationales contribuant à alimenter le conflit, transforme les mesures internationales en un outil qui affaiblit l’État et protège implicitement la milice.
La préservation de la paix et de la sécurité internationales exige du Conseil de sécurité et de la communauté internationale d’opérer un changement radical dans la philosophie d’intervention et de médiation, et de passer immédiatement de la voie des sanctions contre l’État soudanais et ses institutions officielles à une voie ciblant exclusivement les réseaux d’approvisionnement extérieurs et les parrains des milices rebelles. Cela nécessite de cesser de rédiger des résolutions établissant une équivalence entre les deux parties, et de les remplacer par des mesures strictes punissant les groupes hors-la-loi et leurs soutiens, tout en insistant sur les positions internationales sages qui placent la souveraineté du Soudan et l’intégrité de son territoire au premier plan de tout règlement.
En conclusion, la voie vers une paix durable au Soudan ne s’réalisera pas à travers l’affaiblissement des institutions de l’État ou leur dépouillement des outils de défense du territoire national, mais commence plutôt par la reconnaissance explicite des piliers fondamentaux du droit international : le Soudan est un État jouissant d’une pleine souveraineté, les Forces armées sont l’armée officielle de l’État, et les milices hors-la-loi ne peuvent en aucun cas constituer une alternative aux institutions de l’État. Mettre fin au conflit exige l’arrêt des ingérences extérieures odieuses, le tarissement des sources d’armement, l’obligation de rendre des comptes pour les auteurs de crimes, et la création d’un climat propice à un dialogue national soudanais qui enracine l’État des institutions et la stabilité.