
Le Bloc Démocratique… « C’est quel genre de sauce (Mellah) ça ?!! »
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À mon humble avis
Adel Al-Baz
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
1
C’est une expression que la brillante journaliste, Mme Souhair Abdel-Rahim, répète souvent à mes oreilles. Chaque fois que les contradictions des forces politiques, leurs déclarations contradictoires et leurs positions incompréhensibles se multiplient autour d’elle, elle m’appelle pour me poser une seule et unique question : « Professeur, c’est quel genre de sauce (Mellah) ça ? ». Et je me mets à rire.
Je me suis souvenu de cette expression hier en lisant les déclarations et les communiqués contradictoires émis par ce que l’on nomme faussement « le Bloc Démocratique ». Je me suis alors surpris à répéter : « C’est quel genre de sauce ça ? ». La farce dans laquelle patauge aujourd’hui ce bloc prouve que ce groupement n’est ni un bloc ni démocratique, mais simplement un « ramassis hétéroclite » (Lammah Lahm Ras) sans tête ni lien entre la majorité de ses composantes, et ses positions ainsi que ses décisions sont devenues une source de ridicule.
2
Les Soudanais n’ont-ils pas le droit de détester les partis politiques et de désespérer de tout bien en eux ? L’absurdité pratiquée par ces partis et leur manque de principes sont précisément ce qui décourage les gens – et les jeunes en particulier – d’adhérer à l’une de ces entités.
Ces « épouvantails » que l’on appelle des partis nous cassent la tête en parlant de démocratie, alors qu’ils pratiquent les pires formes d’escroquerie politique. En leur sein même – et je ne dis pas au sein de leurs institutions – ils ne connaissent pas le sens de la démocratie. Depuis de longues décennies, ils n’ont pas connu d’élections ; le président ou le leader est un chef éternel qui ne change que si Azraël (l’ange de la mort) se présente à lui en personne.
Regardez-les : des paons trônant à la tête des partis, personne ne les élit et personne ne leur demande des comptes. On ne leur connaît pas de base militante réelle, ni de sources de revenus claires, ni d’organisation structurelle saine. Tout cela n’est que futilité sur futilité. Pas de politiques, pas de programmes, pas d’action politique efficace… rien d’autre que des entités informes et des voix qui résonnent dans l’espace public sans le moindre écho. Et le plus étrange, c’est qu’ils prétendent tous représenter le peuple et parler en son nom !
3
On apprenait hier dans les nouvelles : (Un groupe comprenant 14 organisations du Bloc Démocratique a annoncé son refus de participer, tandis qu’un autre groupe comprenant cinq organisations a maintenu sa décision de participer, affirmant que sa délégation présente à Addis-Abeba est le représentant officiel du bloc).
J’ai eu la nausée en lisant cette nouvelle qui incarne l’absurdité pratiquée par ce qu’on appelle « le Bloc Démocratique » dans toute sa splendeur. Le matin, M. Minawi – en sa qualité de responsable politique du bloc – publie un communiqué annonçant la participation du Bloc Démocratique aux réunions d’Addis-Abeba, et indiquant que leurs représentants s’y rendent pour participer à la rencontre initiée par le « Quintet » (les Nations Unies, l’IGAD, l’Union Africaine, la Ligue Arabe et l’Union Européenne). Et l’après-midi du même jour, un communiqué signé par 14 composantes au sein du même Bloc Démocratique est publié pour rejeter cette participation !
Imaginez ce même et unique « Bloc » : le secrétaire politique publie un communiqué accompagné de cinq entités, et le président, accompagné de 13 entités, publie un autre communiqué le même jour, dynamitant ainsi la déclaration du responsable politique du même Bloc Démocratique. (C’est quel genre de sauce ça ?!!)
Cette scène n’est pas une simple dispute passagère, mais une preuve flagrante de l’absence des éléments les plus fondamentaux du travail collectif : la coordination, la discipline et la crédibilité.
La position politique des deux parties ne m’importe pas, pas plus que les réunions du Quintet ou les jeux ratés des « fils de Mohamed Ibn Chambas » qui tournent en rond depuis des années d’une conférence à l’autre dans le seul but de récolter des dollars et rien d’autre. Ce qui m’importe, c’est cette absurdité pratiquée par le Bloc Démocratique. Quel que soit le différend au sein du bloc, il aurait dû être tranché en interne, afin de participer ou non à la réunion d’Addis-Abeba avec une position unifiée qui lui préserve son respect. Quant à apparaître dans cet état de délabrement (« Bahdala »), c’est quelque chose de vraiment affligeant.
Je ne sais pas pourquoi le bloc s’obstine à fonctionner alors qu’il porte en son sein toutes ces contradictions ? Ne serait-il pas plus digne pour lui de se diviser et que chaque partie poursuive ses propres objectifs plutôt que de continuer dans cette farce ?
4
Ce qui prête à rire, c’est que certaines composantes du bloc n’ont aucune objection à accepter « Tagadoum » et son leader « Janjaweed » – qui tue jusqu’à aujourd’hui la population du Darfour – dans un dialogue politique civil ! Tandis que d’autres ne reconnaissent pas du tout « Tagadoum »… Certains acceptent l’ordre du jour proposé à la réunion d’Addis-Abeba qu’ils n’ont pas aidé à élaborer et qu’ils n’ont même pas vu, alors que d’autres le rejettent… Une partie du bloc est d’accord sur les participants et l’autre partie les refuse.
(Remarquez… c’est un seul et même bloc, je le jure !)
Un seul bloc avec plus d’une délégation, et chaque délégation chante sa propre mélodie ! L’une s’engagera dans les réunions avec « Tagadoum », et la seconde s’adressera à la rencontre ou au Quintet via l’application Zoom… Tout cela au sein d’un seul bloc… (C’est quel genre de sauce ça ?)
5
Ce chaos affiché n’est pas un simple différend de procédure, mais l’incarnation d’un échec stratégique profond qui frappe le cœur même du principe du travail collectif. Si le bloc est incapable de s’entendre sur le fait de participer ou non, ou sur une position unifiée envers les autres forces politiques, comment peut-il prétendre représenter le peuple soudanais alors qu’il ne peut même pas se représenter lui-même de manière unie ?!! Et comment peut-il s’engager dans un dialogue national inclusif et dans la construction d’un État ?
Le Soudan, dans son calvaire actuel, ne peut tolérer les demi-mesures et les alliances fragiles qui s’effritent au premier test. Le plus digne pour ce Bloc Démocratique est de revoir son existence en tant qu’entité unique ; sa persistance sous cette forme ne fait qu’accroître la haine et le désespoir du peuple soudanais vis-à-vis de toute véritable réforme politique dans le pays.