
Les compagnies pétrolières rejettent les restrictions de la “Banque Centrale” et mettent en garde contre une “crise du carburant” et un monopole imminent
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Khartoum – Caire : Nahid Oshi
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
La Chambre nationale des importateurs de produits pétroliers au Soudan a annoncé son rejet catégorique du fait de faire porter aux entreprises du secteur privé la responsabilité de la baisse de la valeur de la livre ou de la hausse des cours des devises étrangères sur le marché local. La Chambre a critiqué la récente condition posée par la Banque centrale du Soudan, exigeant le dépôt d’une garantie en nature sous forme d’or pour l’octroi des certificats d’importation de carburant. Elle a averti que cette décision créerait une demande supplémentaire sur l’or, entraînant une hausse de son prix local par rapport au cours mondial, ce qui provoquera une distorsion du coût de cette marchandise libellée en devises libres.
La Chambre a expliqué, dans un communiqué de presse, que la récente hausse des taux de change est due aux déséquilibres de l’offre et de la demande, ainsi qu’aux répercussions de la conjoncture économique mondiale et des tensions géopolitiques et militaires au Moyen-Orient. Elle a précisé que ces tensions ont fait grimper les prix mondiaux du pétrole ainsi que les coûts du fret et de l’assurance maritime, doublant ainsi la facture d’importation de carburant et la demande de devises libres au Soudan et dans diverses économies mondiales, à un moment où les exportations d’or soudanais n’ont pas augmenté et où ses cours mondiaux ont reculé.
La Chambre a souligné que la circulaire de la Banque centrale a soulevé de nombreuses questions fondamentales restées sans réponses claires, ce qui crée un état d’incertitude juridique et financière et accroît les risques opérationnels pour les entreprises. Parmi les questions les plus marquantes : cette garantie est-elle exigée pour chaque cargaison ou une seule fois ? Quel est le mécanisme d’évaluation de l’or, et sa valeur est-elle calculée au tarif officiel ou au cours du marché en vigueur ? Quand et comment est-elle récupérée ? La garantie est-elle restituée en nature ou en espèces, et qui assume les risques liés à la fluctuation des cours mondiaux de l’or ?
La Chambre a averti que l’exigence de fournir de grandes quantités d’or comme garantie préalable réduira, en pratique, le nombre d’entreprises capables d’importer, et limitera la concurrence loyale ainsi que l’égalité des chances. Elle a exprimé sa crainte de voir le contrôle du marché des importations pétrolières passer aux mains d’un nombre limité de compagnies, ce qui ramènerait le secteur dans le cercle du monopole dont il a souffert pendant de longues années, et nuirait à l’économie nationale.
Le communiqué a affirmé que la crise actuelle est une crise structurelle des flux de devises étrangères et de la balance des paiements, et qu’elle ne résulte pas de l’activité des compagnies d’importation de carburant, qui jouent leur rôle naturel.
La Chambre a souligné que le traitement de la crise des devises étrangères ne se fait pas par l’imposition de restrictions supplémentaires aux entreprises stratégiques, mais plutôt par l’adoption de politiques globales ciblant les causes réelles de la crise. Cela doit passer par le renforcement des ressources de l’État, l’augmentation des exportations officielles d’or, la lutte contre sa contrebande, et l’élargissement de la base des exportations nationales ; ainsi que par la captation des recettes des exportations agricoles et animales et des transferts des expatriés à travers le système bancaire grâce à des incitations substantielles ; et enfin par l’amélioration de la gestion des politiques monétaires, la mise à disposition de canaux de financement bancaire dédiés aux produits stratégiques, et la création de mécanismes de couverture et de financement spécifiques aux importations de carburant plutôt que de restreindre le marché.
Elle a présenté une série de revendications urgentes, comprenant la poursuite du travail avec le système de groupements actuel jusqu’à la fin de l’année 2026, conformément au programme préalablement adopté ; la suspension de l’application de la condition de garantie en nature jusqu’à la finalisation des consultations avec les parties prenantes et la clarification de ses aspects juridiques et techniques ; et le non-retour à tout mécanisme ou procédure susceptible de conduire à une nouvelle concentration des importations entre les mains d’un nombre limité d’entreprises. Elle a également insisté sur la nécessité d’ouvrir un dialogue immédiat entre la Banque centrale du Soudan, le ministère de l’Énergie et du Pétrole, et la Chambre nationale afin de parvenir à des solutions équilibrées garantissant la stabilité des approvisionnements.
Elle a réitéré que les solutions durables à la crise des devises étrangères résident dans l’augmentation de la production et des exportations, ainsi que dans le renforcement des ressources du pays en devises libres, et non dans l’imposition de restrictions supplémentaires qui pourraient réduire la concurrence et réinstaurer le monopole, exposant ainsi la sécurité des approvisionnements pétroliers à de graves dangers dont le pays n’a pas besoin dans cette phase délicate.