
Comité de concertation sécuritaire entre le Soudan et l’État du Soudan du Sud… après une absence de trois ans
..Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalik Al-Naeem Ahmed
Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le Comité de concertation sécuritaire et politique entre le Soudan et l’État du Soudan du Sud a conclu ses réunions mardi dernier dans la capitale de l’État du Soudan du Sud, Juba, après trois jours de travaux présidés par le ministre de la Défense, le général d’armée Hassan Kabroun, et le ministre de la Défense et des Affaires des anciens combattants de l’État du Soudan du Sud, le général d’armée Chol Thon. La délégation du Soudan comprenait le Service général de renseignement, le ministère des Affaires étrangères, la police et des responsables des frontières.
La première observation est que cette rencontre est considérée comme la première pour ce comité entre les deux pays depuis le déclenchement de la guerre il y a plus de trois ans. La scène politique et sécuritaire ainsi que les frontières communes entre les deux pays ont connu de grands bouleversements, de nouveaux développements et de nombreux problèmes qui exigeaient et imposaient la tenue de ce comité et la réactivation des protocoles sécuritaires et politiques précédents signés entre les deux pays, voire la signature de nouveaux accords pour traiter les problèmes et troubles apparus.
Le premier des problèmes résidait dans la participation de combattants de l’État du Soudan du Sud dans les rangs des rebelles de la milice des Forces de soutien rapide, ainsi que la complicité du gouvernement de l’État du Soudan du Sud en apportant un soutien aux rebelles et en fournissant des facilités à leurs combattants et à leurs dirigeants militaires et politiques, que ce soit en ouvrant les aéroports à leurs avions, en ouvrant les hôpitaux pour soigner leurs blessés ou même en accueillant leurs dirigeants dans les départements et bureaux du gouvernement.
Malgré le renoncement par le gouvernement du Sud de ce soutien à la milice, la réalité contredit ce qu’affirme le gouvernement du Sud : la présence de combattants appartenant à l’État du Soudan du Sud dans les États de l’ouest et du sud du Kordofan, du Darfour, et auparavant à El Fasher, Khartoum et le Nil Bleu au sein des bataillons de la milice constitue la preuve la plus éclatante de l’implication du gouvernement du Soudan du Sud dans la guerre.
Parmi les nouveaux développements survenus au cours des années de guerre et de l’absence du Comité de concertation sécuritaire et politique entre les deux pays figure la violation par l’État du Soudan du Sud du protocole de la région d’Abyei signé en 2005 conjointement avec l’accord de paix de Naivasha, en particulier après la décision de sécession en 2011.
En effet, l’État du Soudan du Sud a déclaré la région d’Abyei comme circonscription électorale parmi les circonscriptions de l’État du Soudan du Sud lors des élections attendues prochainement dans le Sud, ce qui constitue une violation de l’accord précédent et de la décision de la Cour de La Haye de 2009. Celle-ci avait ordonné la tenue d’un référendum pour les citoyens d’Abyei concernant le rattachement au Soudan ou à l’État du Sud, ce qui ne s’est pas produit jusqu’à présent en raison de l’absence d’accord sur le corps électoral habilité à participer au référendum.
La région d’Abyei continue d’être administrée par un comité conjoint en présence de forces africaines de maintien de la paix, mais celles-ci n’ont malheureusement pas réussi à empêcher les dépassements, en particulier de la part des citoyens d’Abyei issus des Dinkas Ngok et de leurs soutiens parmi les citoyens de l’État du Soudan du Sud appartenant à d’autres tribus du Sud, au détriment de leurs partenaires de la région issus de la tribu des Misseriya.
Malheureusement, un grand nombre de membres de cette dernière se sont rangés aux côtés de la milice rebelle durant cette guerre, ce qui a encore complexifié la situation sécuritaire et politique.
La distance de la frontière commune entre le Soudan et l’État du Soudan du Sud est estimée à 1 800 kilomètres, et la population d’Abyei dépasse de peu les 10 millions d’habitants sur une superficie équivalente à celle du Liban, ce qui confirme l’importance de la région et la nécessité d’une coordination entre les deux États pour préserver sa sécurité ; cela fait partie des missions de ce comité longtemps absent.
Bien entendu, la zone administrative d’Abyei n’est pas le seul objet de litige entre les deux États : il existe cinq autres zones qui demeurent contestées depuis la sécession, à savoir Dabbat Al-Fakhar, Al-Muqainis, Kaka commerciale, Kafia Kingi et Hofrat El-Nahas.
Toutes sont considérées comme des zones frontalières et riches en ressources minérales, ce qui rend impératif un accord sur leur gestion et l’exploitation de leurs ressources au profit des deux États, conformément à un accord qui respecte les intérêts communs.
Il s’y ajoute le pétrole qui transite par le territoire soudanais vers les ports d’exportation et qui représente la colonne vertébrale de l’économie de l’État du Soudan du Sud, après que le gouvernement du Soudan l’a perdu à la suite de la sécession, malgré l’argent, les efforts et l’expertise déployés par le Soudan avant la sécession durant les années du gouvernement de partenariat et d’unité nationale entre les deux États (2005–2011).
Les ententes conclues aujourd’hui lors des réunions du Comité de concertation sécuritaire et politique apparaissent d’une importance capitale si elles trouvent effectivement les mécanismes d’exécution appropriés et un engagement strict de la part de l’État du Soudan du Sud et de son gouvernement, loin du déni répété de crimes que tout le monde voit ou de pratiques évidentes de ses membres.
Parmi les ententes validées par le comité figurent l’arrêt des mesures unilatérales concernant Abyei et le respect des protocoles signés entre les deux pays ; l’arrêt de toutes les formes de soutien de l’État du Soudan du Sud à la milice rebelle ; l’arrêt du flux de rebelles du Soudan du Sud à travers les frontières ouvertes entre les deux pays ; la surveillance des frontières et des points de passage par des forces jointes à convenir entre les deux pays ; puis la sécurisation du flux du pétrole et la préservation de ses infrastructures à l’intérieur des frontières des deux pays ; ainsi que le retrait de tous les ressortissants de l’État du Soudan du Sud figurant parmi les combattants de la milice et se trouvant actuellement dans plusieurs zones occupées par les rebelles.
L’importance de la tenue de ce comité réside dans l’apparition des résultats escomptés au cours de la période à venir, à travers le respect strict de la mise en œuvre de ce qui a été convenu. L’arrêt immédiat du soutien à la rébellion et à la milice de la part des ressortissants de l’État du Sud — qu’il s’agisse du gouvernement, de l’opposition ou d’individus — en constitue l’un des articles les plus importants, en plus d’aller de l’avant dans la coopération politique, sécuritaire et économique, considérant que la sécurité des deux États est indissociable, quelle que soit la prétention avancée.
Pouvons-nous alors aspirer à une nouvelle étape où la coopération et la coordination remplacent le complot, sans mordre la main qui a donné et fait du bien, et sans ingratitude envers l’État mère ?