72ᵉ anniversaire de l’armée… De nombreux changements ont traversé

 

  • Depuis plus de 71 ans, des guerres et des tensions, mais la cohésion demeure la marque distinctive de l’armée soudanaise
  • Les capacités humaines militaires soudanaises sont reconnues pour leur compétence à l’étranger comme à l’intérieur
  • L’armée soudanaise a un besoin urgent de s’affranchir des milices, quelles que soient les justifications de leur existence

Dr. Ibrahim Hassan Zou Al-Noun

Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Demain vendredi marque le 72ᵉ anniversaire de la prise de fonction du premier commandant en chef soudanais de l’armée, survenue le 14 août 1955. En ce jour historique, le lieutenant-général Ahmed Mohamed Hamad Al-Jaali a reçu le poste de commandant en chef de l’armée soudanaise des mains de son homologue britannique, le général Sconnes.
Ainsi, le grade de commandant en chef a été soudanisé ce jour-là. Bien entendu, la grandeur de cette occasion nécessiterait des pages et des pages, mais je tente, à travers les lignes de ce rapport, de donner quelques aperçus de l’histoire de l’armée soudanaise, pleine de gloires et en même temps remplie de défis.
Cette histoire a débuté la même année où a eu lieu la soudanisation du grade de commandant en chef, avec le déclenchement de la rébellion dans le Soudan du Sud. Coïncidence, la rébellion a éclaté au cours du même mois que la soudanisation (août 1955), plus précisément le 18 août, soit quatre jours seulement après la soudanisation du poste de commandant en chef. Depuis lors, l’armée soudanaise s’est trouvée, au cours des soixante-dix dernières années, dans un état de guerres et de tensions, à l’exception de quelques années où les guerres et les tensions se sont arrêtées avant de reprendre à nouveau, et cela est une autre histoire.
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Cependant, il est réjouissant de constater que, malgré ce long historique de guerres et de tensions, l’armée est restée unie, préservant son caractère national en dépit des tentatives d’infiltration menées ici et là par certains groupes politiques visant à accéder au pouvoir.
L’absence de vision, l’impasse politique et le défaut de consensus sur un projet national réunissant l’ensemble du peuple soudanais sur une parole commune ont joué un rôle dans l’aggravation des crises politiques.
Cela a fait entrer le pays, au cours des 70 dernières années, dans un état de fluidité politique et sécuritaire et dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir (un gouvernement démocratique fragile suivi d’un coup d’État militaire, lui-même suivi d’une révolution ou d’un soulèvement populaire auquel s’allie l’armée, puis une période de transition suivie d’un gouvernement élu, mais le cycle reprend rapidement).
Cette fois-ci toutefois, avec la révolution de décembre 2018 — qui a provoqué la chute du régime du Salut national ayant gouverné le pays pendant près de trente ans, à quelques semaines près (30 juin 1989 – 11 avril 2019) —, la période de transition s’est prolongée.
Celle-ci s’est construite sur une série d’erreurs stratégiques, la première ayant été l’adoption d’un document constitutionnel comportant de nombreux défauts et lacunes, à travers lequel de nombreux problèmes ont été mis au jour.
De plus, les partis qui entretenaient des rancœurs envers le régime du Salut national pour des raisons idéologiques ou politiques, ainsi que des griefs liés à ses erreurs, y ont participé. Au lieu que la période de transition ne soit consacrée à la préparation des élections générales ou à l’assainissement du climat pour le retour à la vie civile, les partis se sont orientés vers le comité de démantèlement du régime, un comité semblable à celui mis en place en avril 1985 pour liquider les séquelles de Mai.
Cependant, la différence entre le comité de démantèlement du régime et le comité de liquidation des séquelles de Mai réside dans la complexification du paysage politique et sécuritaire qui en a résulté, menant ainsi à la guerre du 15 avril 2023.
Cette dernière a provoqué une profonde fracture au Soudan, plaçant l’armée soudanaise et ses soutiens au cœur d’une bataille existentielle que l’on croyait dirigée contre elle, mais dont il s’est avéré qu’elle visait l’existence même de l’État soudanais dans son ensemble.
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La guerre du 15 avril 2023, avec toutes ses causes, ses répercussions et ses séquelles, a relancé la dialectique de la relation entre l’armée et la politique. Selon ma perception personnelle, cette relation nécessite une nouvelle vision, éloignée des conceptions traditionnelles qui refusent la participation de l’armée à la vie publique, à l’économie, au développement et aux grands projets, ou de celles qui prônent que l’armée soit le gouverneur suprême, étouffant le souffle du peuple et réprimant avec ou sans raison.
Cette vision exige de se détacher des fardeaux du passé et de l’héritage d’accusations mutuelles de trahison entre les parties civiles et militaires. Selon mon estimation, le besoin d’un projet national exige la construction d’une armée nationale professionnelle qui protège le projet lui-même et non les gouvernements, car le fondement et la base du projet national réside dans l’armée nationale, dont la mission essentielle est de veiller sur ce projet, dont les éléments fondamentaux sont la gestion équitable de la diversité et du pluralisme dont jouit le Soudan.
C’est à travers ce projet que se cristallisera une vision pour l’armée nationale professionnelle, et le premier pas en ce sens est de mettre fin à cette rupture néfaste entre les militaires et les civils, de combler le fossé entre eux et de restaurer la confiance mutuelle.
Il faut impérativement changer le regard des civils sur les militaires et celui des militaires sur les civils ; c’est là la première étape pour combler ce fossé qui a constitué une pierre d’achoppement pendant de longues années. Il est vrai qu’en temps de guerres et de crises, le peuple s’unit à l’armée et le slogan « Une seule armée, un seul peuple » se concrétise sur le terrain, mais certains restent largement influencés par les séquelles de ce fossé. L’important est que cette nouvelle vision du rôle de l’armée dans la vie publique et l’économie nécessite des études approfondies prenant en compte la réalité et l’histoire amère de la méfiance, tout en s’inspirant des expériences de certains pays proches de nous.
En République Arabe d’Égypte sœur, l’armée égyptienne contribue à la vie publique et à l’économie nationale de manière remarquable et selon des visions claires dont le citoyen ordinaire récolte les fruits dans sa vie quotidienne, car en Égypte, la confiance est profondément enracinée entre l’armée et le peuple de façon frappante.
Nous avons aujourd’hui un besoin urgent de cette vision, d’autant plus que les cadres et les capacités humaines de l’armée soudanaise se distinguent par une compétence reconnue à l’intérieur comme à l’étranger.
Quant aux capacités techniques et technologiques, elles ont connu au cours des deux dernières décennies des développements successifs qui ont largement suivi les technologies et techniques militaires des pays environnants, tout en tirant profit des capacités militaires de certains pays amis liés au Soudan par des intérêts stratégiques.
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Il est absolument essentiel pour l’armée soudanaise de s’affranchir fondamentalement des manifestations de recours à des armées traditionnelles locales (milices), imposées par les circonstances de la rébellion géographique, à commencer par le Soudan du Sud, le Sud-Kordofan, l’Ouest-Kordofan et le Darfour.
L’expérience de la milice des Forces de soutien rapide, qui a plongé notre pays à travers la guerre actuelle dans l’impasse de son histoire, a prouvé que son préjudice est supérieur à son utilité et que ses inconvénients sont considérables.
Par conséquent, la nécessité exige désormais, plus que jamais, de procéder à l’intégration ou à la démobilisation au sein des milices, car les conditions requises pour fonder une armée professionnelle sont aujourd’hui réunies, à condition que disparaissent toutes les déformations causées par les milices. Quant aux mouvements de lutte armée signataires de l’accord de paix de Juba, il est nécessaire d’accélérer les démarches pour finaliser leurs arrangements conformément à l’accord de paix de Juba d’octobre 2020 et d’éliminer tous les obstacles techniques et administratifs qui entravent la mise en œuvre de ces étapes.