
Le sommet quadripartite d’El-Alamein… Le moment et les sujets
Avant le crépuscule
Abdelmalik Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- La ville d’El-Alamein, dans le nord de la République arabe d’Égypte, a accueilli hier dimanche 5 octobre l’une des rencontres présidentielles importantes de par son moment, les sujets abordés et la relation entre les quatre pays ayant participé au sommet. Il a réuni les présidents de l’Égypte, pays hôte, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi ; du Soudan, le général d’armée Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté de transition et commandant en chef des forces armées ; de l’Érythrée, M. Isaias Afwerki ; et de la Somalie, M. Hassan Sheikh Mohamud.
- Le sommet quadripartite de quatre pays d’Afrique de l’Est se tient à un moment d’une extrême importance pour ces quatre pays en particulier, et pour la sécurité régionale sur laquelle l’Union africaine et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sont restés silencieux pendant longtemps, à l’exception de déclarations timides et d’interventions espacées qui ne changent rien à la situation… Et d’autre part, concernant les relations horizontales et les intérêts communs de ces pays, ainsi que les relations de ces quatre nations et les tensions actuelles qui existent entre elles collectivement et individuellement face à l’Éthiopie.
- Cette dernière connaît une guerre interne dans laquelle toutes les factions armées de l’opposition se sont unies au sein d’une seule alliance, malgré leurs différences et leurs guerres passées, rassemblées sous un objectif unique : écarter le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed du pouvoir après qu’il a fait la preuve de son échec à gérer l’État et qu’il a suscité des hostilités avec tous les pays voisins. Il a hébergé et abrité la rébellion, les éléments et les mercenaires des Forces de soutien rapide grâce à l’argent, à l’influence et au soutien émiriens contre le Soudan et son peuple. Toutes les fronts éthiopiens armés opposés à Abiy Ahmed connaissent parfaitement ce que le Soudan a apporté et continue d’apporter au peuple éthiopien durant les années de guerre de son pays avec l’Érythrée ou lors des catastrophes de sécheresse qui ont frappé l’Éthiopie, à travers un soutien et un accueil qui ne sont pas qualifiés de refuge, ainsi que la relation entre le peuple éthiopien et le peuple soudanais qu’Abiy Ahmed n’a pas respectée en ouvrant l’ensemble de ses terres et de ses ports aux ennemis du Soudan durant ces années de guerre qui se poursuivent encore au Soudan. La menace sur la région du Nil Bleu, l’occupation de certaines de ses villes, le déplacement de ses habitants, et même la tentative d’assassinat du gouverneur par le bombardement de sa résidence au moyen de drones ne sont qu’un exemple de l’ingérence flagrante de l’Éthiopie dans les affaires soudanaises.
- Les combats et les guerres qui se déroulent actuellement en Éthiopie entre l’alliance armée de l’opposition et l’armée fédérale d’Abiy Ahmed ont fait de nombreuses victimes et provoqué des vagues de déplacement dont le régime d’Abiy Ahmed n’a pas mesuré la gravité, tandis que la rébellion de la famille Dagalo et les mercenaires des Émirats s’élancent depuis son territoire et chassent des milliers de fils du Soudan.
- La guerre en Éthiopie a fait perdre la raison à Abiy Ahmed, le poussant à lancer des accusations de toutes parts pour rejeter la faute sur les autres. Il a ainsi accusé le Soudan et l’Égypte de participer à la guerre contre son régime en soutenant l’alliance militaire et les organisations armées à l’intérieur de son pays, après avoir réchappé par miracle à la mort alors que l’alliance de l’opposition bombardait la base aérienne dans laquelle il se réfugiait, et après la prise de contrôle par l’opposition de certains aéroports intérieurs et la coupure des voies d’approvisionnement et des accès terrestres le liant à la Somalie, étouffant ainsi son pays sur le plan économique.
- Les accusations d’Abiy Ahmed envers l’Égypte et le Soudan découlent de la position des deux pays concernant la gestion du barrage de la Renaissance, le remplissage de son réservoir et la manière de disposer de l’eau, des points qui n’ont fait l’objet d’aucun accord. Il a donc continué à proférer ses accusations pour évacuer des rancœurs liées à des positions antérieures des deux États, et a procédé dans la foulée à l’expulsion d’un diplomate égyptien sans justification dans l’intention de provoquer une escalade, ce à quoi l’Égypte a répondu à l’identique conformément aux usages diplomatiques.
- Quant à l’Érythrée, l’Éthiopie lui a adressé les mêmes accusations en raison des tensions qui oscillent entre hausse et baisse selon les circonstances politiques, l’accusant de soutenir les factions armées dans plusieurs régions éthiopiennes en raison de leur frontière commune et du chevauchement ethnique et tribal découlant du fait qu’elles formaient un seul État avant l’indépendance de l’Érythrée au début des années 1990. L’Éthiopie a annoncé l’expulsion de dix diplomates de l’ambassade d’Érythrée à Addis-Abeba, ce à quoi Asmara a répliqué en annonçant la rupture de ses relations diplomatiques avec le régime d’Abiy Ahmed.
- Les tensions actuelles dans les relations soudano-éthiopiennes sont bien connues, tout comme le rappel par le Soudan de son ambassadeur à Addis-Abeba et de son représentant permanent auprès de l’Union africaine pour consultations sur le cours des événements, dans le contexte de la suspension des activités du Soudan au sein de l’Union africaine et de sa participation timide aux travaux de l’IGAD ou du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, en raison du soutien éthiopien à la rébellion et aux Forces de soutien rapide ainsi que des drones meurtriers qui décollent de son territoire sans que les institutions de l’Union africaine ne lèvent le petit doigt, sous l’effet de l’influence et de l’argent émiriens.
- Concernant la Somalie, quatrième partenaire du sommet d’El-Alamein tenu en Égypte, outre le voisinage africain avec l’Éthiopie qui a engendré de nombreuses tensions et frictions, le soutien récent de l’Éthiopie et des Émirats à ce qui est appelé le Somaliland s’est imposé au premier plan. L’Éthiopie et les Émirats l’ont exploité de la manière la plus abjecte dans la guerre contre le Soudan et pour menacer la sécurité de la Somalie elle-même, accompagné de la seule et unique reconnaissance délivrée par Israël à son égard en tant qu’État indépendant. Tout cela a plongé la Somalie dans une instabilité sécuritaire, économique et politique qui rend difficile la réalisation du développement et du progrès dont le pays a besoin… sans compter l’exploitation par l’Éthiopie des voies terrestres en Somalie sans accords garantissant la préservation des intérêts communs.
- C’est dans cette atmosphère que s’est tenu le sommet d’El-Alamein, lequel exige un accord total entre ces pays pour faire face à l’ennemi commun qu’est l’État d’Éthiopie et pour protéger la sécurité régionale dans la zone, qui n’épargnera aucun État si la situation devait s’aggraver davantage. De plus, la préservation de la sécurité maritime pour ces quatre pays et la mise à l’écart des ingérences émiriennes dans la région demeurent des sujets centraux pour le sommet d’El-Alamein.
- La mise en œuvre de tous les moyens pour traiter la tension entre le groupe des Quatre et l’Éthiopie n’était pas absente de l’esprit des présidents, y compris par les voies diplomatiques. Traiter ces tensions de manière à concrétiser les intérêts communs entre ces pays, y compris l’Éthiopie, demeure d’une importance capitale, et l’élimination de l’ingérence flagrante des Émirats dans les affaires éthiopiennes et au Somaliland relève en premier lieu de la responsabilité de l’Union africaine et du Conseil de paix et de sécurité africain, avant même que cela ne soit exigé par le groupe des Quatre d’El-Alamein ou l’un de ses membres.
- Quant à l’appel de la Commission de l’Union africaine adressé au Soudan et à l’Égypte afin qu’ils veillent à résoudre les différends avec l’Éthiopie par des voies paisibles sous prétexte que toute tension entre les pays de la région menacerait la sécurité régionale, c’est un appel tardif face au silence de la Commission et de l’Union pendant plus de trois ans, alors que l’Éthiopie, pays siège de l’organisation, constitue la plus grande menace pour la paix et la sécurité africaines en abritant la rébellion, et ce toujours dans le silence de l’Union et de ses institutions.
- La constitution de tels regroupements de pays unis par des intérêts communs et souffrant de la conspiration d’un État précis demeure très importante pour exercer des pressions et adopter des positions au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, afin qu’il revoie ses calculs et fasse preuve d’un minimum d’équilibre et de neutralité dans la prise de ses décisions. Celles-ci sont en effet restées caractérisées dans bien des cas par un parti pris en faveur d’une partie au détriment de l’autre, lui faisant perdre sa capacité à remplir son rôle dans le maintien de la paix et de la sécurité dont il porte le nom et pour lequel il a été créé.